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ACTE PREMIER.

SCENE PRE MIE R E. PETIT-JEAN, traînant un gros sac de proces.

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W t. A foi, sur l'avenir bien fou qui se fiera: 1)
Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.
Un juge, l'an passé, me prit à son service;
Il m'avoit fait venir d'Amiens, pour être fuiffe.

1) Ma foi, sur l'avenir bien fou qui se fiera : &c.] . Le ridicule des gens qui ne parlent que par proverbes , n'étoit point échappé à Cervantes, non plus qu'à Moliere. Ce style est assez commun parmi le petit peuple , chez qui les proverbes tiennent lieu d'érudition. Les Picards , sur. tout , sont pour l'ordinaire entêtés & fententieux. Tome II.

M

Tous ces Normands vouloient se divertir de nous;
On apprend à hurler, dit l'autre, avec les loups.
Tout Picard que j'étois , j'étois un bon apôtre,
Et je faisois claquer mon fouet tout comme un autre.
Tout les plus gros Monsieurs me parloient chapeau bas.
Monsieur de Petit-Jean , ah ! gros comme le bras.
Mais, fans argent, l'honneur n'est qu'une maladie.
Ma foi, j'étois un franc portier de comédie;
On avoit beau heurter , & m'ôter son chapeau ,
On n'entroit point chez nous, sans graisser le marteau,
Point d'argent, point de suisse , &ma porte étoit close.
Il est vrai qu'à Monsieur s'en rendois quelque chose.
Nous comptions quelquefois. On me donnoit le soin
De fournir la maison de chandelle & de foin ;
Mais je n'y perdois rien. Enfin, vaille que vaille,
J'aurois, sur le marché, fort bien fourni la paille.
C'est dommage : il avoit le cæur trop au métier ;
Tous les jours le premier aux plaids,& le dernier; 1)
Et bien souvent, tout seul, si l'on l'eût voulut croire,

1) Tous les jours le premier aux plaids, & le dernier ; &c.]

Aux plaids. Vieux mots qui se disoit pour audiences , & dont on se sert encore dans quelques provinces.

Dans les Guêpes d'Aristophane , Xanthias , l'un des esclaves de Bdélycléon , rend le même compte du caractere de son maître : il a tellement , dit-il, la manie de juger , qu'il est désolé s'il n'est pas arrivé le premier au tribunal.

Tin

Il s'y seroit couché sans manger & sans boire. I)
Je lui disois par fois : Monsieur Perrin Dandin,
Tout franc, vous vous levez tous les jours trop matin,
Qui veut voyager loin ménage fa monture ;
Buvez, mangez, dormez, & faisons feu qui dure,
Il n'en a tenu compte. Il a fi bien veillé,
Et fi bien fait, qu'on dit que son timbre est brouillé.
Il nous veut tous juger les uns après les autres.
Il marmote toujours certaines patenôtres
Où je ne comprends rien. Il veut, bon gré, malgré,
Ne se coucher qu'en robe, & qu'en bonnet quarré. 2)

-1) Il s'y seroit couché sans manger & sans boire. ]

Dans toutes les éditions antérieures à celle de 1760, on trouve :

» Il y feroit couché sans manger & sans boire ». Il y feroit couché n'est pas françois , pour signifier, il y auroit passé la nuit. On dit en des sens très-différents, coucher & fe coucher. Le premier est tantôt actif, tantôt neutre , & prend toujours l'auxiliaire avoir. Le second est réciproque, ou neutre, ou palif, & prend l'auxiliaire être.

Cette note de M. l'abbé d'Olivet porte sur un principe très-vrai, mais nous croyons qu'ici la faute regarde plutôt l'imprimeur que le poëte.

"Il veut , bon gré, malgré, Ne fe coucher qu'en robe , & qu'en bonnet quarré.] Xanthias dit de même de Philocléon, qu'il s'étoit plusieurs fois endormi contre les colonnes se rendoient les jugements, & qu'il y restoit attaché comme l'huître à sa roche.

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Il fit couper la tête à son coq, de colere, 1.) .
Pour l'avoir éveillé plus tard qu'à l'ordinaire ;
Il disoit qu'un plaideur , dont l'affaire alloit mal,
Avoit graissé la patte à ce pauvre animal.
Depuis ce bel arrêt, le pauvre homme a beau faire,
Son fils ne souffre plus qu'on lui parle d'affaire.
Il nous le fait garder jour & nuit , & de près ;
Autrement serviteur, & mon homme est aux plaids.
Pour s'échapper de nous, Dieu sçait s'il est alegre. 2)
Pour moi, je ne dors plus. Aussi je deviens maigre,
C'est pitié. Je m'étends, & ne fais que bâiller.
Mais veille qui voudra, voici mon oreiller.

TIO

1) Il fit couper la tête à son coq, de colere, &c.]

Cette plaisanterie est prise mot pour mot d’Aristophane : mais elle est ici rendue fi naturellement, qu'on la croit originale:

N'ayant entendu chanter for com que sur le foir, il foutine qu'un coupable avoit féduit cet animal pour l'éveiller plus tard que de coutume. Guêpes d'Aristophane.

2) Pour s'échapper de nous, Dieu sçait s'il est alegre. ]

Aristophane fait faire à Xanthias le récit le plus plaisant des moyens que Philocléon a mis en oeuvre pour tromper la vigilance de ses surveillants. Il lui fait dire que Philocléon a fait entrer dans la muraille des especes de piquets , & qu'il faute de l'un à l'autre comme un geai. Cette idée reparoît ailleurs sous une autre forme; le poëte suppose ce vieillard attaché sous le ventre d'un âne , & fufpendu , comme Ulysse au bélier du Cyclope.

Ma foi , pour cette nuit, il faut que je m'en donne. Pour dormir dans la rue, on n'offense personne. Dormons. 1) (Il se couche par terre.)

S CE N E I I.
L’INTIMÉ, PETIT-JE A N.

L'INTIMÉ.

A y... Petit-Jean , Petit-Jean.
PETIT-JE A N.

L'Intimé ! n a déjà bien peur de me voir enrhumé.

. L'INTIM É. Que diable ! Si matin que fais-tu dans la rue ?

PETIT-JE A N. Est-ce qu'il faut toujours faire le pied de grue? Garder toujours un homme , & l'entendre crier ? Quelle gueule ! Pour moi, je crois qu'il est sorcier.

L' INTIMÉ. Bon!

· 1) Dormons.]

Ce monologue paroît trop fait pour instruire le spectateur; il n'est point natürel que Petit - Jean tienne seul tous ces discours.

міїj

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