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cherchant un asyle digne d'elles , l'avoicnt trouvé chez Aristophane. Plutarque,qui vivoít plus de cinq íîecles après lui, en parle d'une maniere tout à fait différente ; il prétend que ses ouvrages font moins faits pour les honnêtes gens que pour la vile populace , ou des hommes fans mœurs de perdus de débauches. A ne juger du génie d'Aristophane que fur les ouvrages qui nous restent de lui, on peut très-bien assurer que son fiel est amer, que ses plaisanteries font sanglantes 6c indignes d'un honnête homme, que fes portraits font des satyres cruelles, & fes faillies des jeux de mots bas & burlesques. Ce qu'on peut dire pour fa justification, c'est qu'ayant écrit dans un temps où les loix avoient abandonné fa scene comique à la licence la plus effrénée, la nécessité où il se trouva de plaire à un peuple vain , jaloux, inconstant & railleur , doit faire excuser les moyens dont il s'est servi pour y réussir.

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PRÉCIS DES GUÊPES

D'ARISTOPHANE.

Philocléon est un juge à qui la manie de vouloir toujours juger , ôc fur-tout condamner, a fait tourner la tête. Ses folies ont déterminé Bdélycléon son fils à le faire garder par fes esclaves. Les autres juges, déguisés en guêpes , arrivent fur la scene dans l'attirail Je plus grotesque; surpris de ne point voir avec eux Philocléon, ils l'appellent par leurs cris. Ce juge insensé leur apprend , par les fentes de fa porte, qu'il est retenu prisonnier par son fils. Ses confreres lui conseillent de s'échapper pendant que son fils dort, ils Jui suggerent même des expédients dont il profite. Bdélycléon apprend que son pere est descendu par la fenêtre, il accourt après lui, suivi de ses esclaves. Ceci donne lieu à un combat risible entre les juges Sc les valets du fils de Philocléon, & à un très-grand nombre de traits fatyriques qui font tout le plaisant de cette scene. Bdélycléon est contraint de fe

justifier sur les violences qu'il fait à son pere; il prétend que c'est pour le rendre plus heureux qu'il veut Pempêcher d'aller juger. Cette discussion se convertit en une espece de plaidoyer; le pere exalte les avantages de fa profession , le fils combat ses raisons par des raisons plus fortes, enfin le chœur lui donne gain de cause. Philocléon, convaincu que sa profession n'est pas aussi excellente qu'il sc l'etoit persuadé, n'en est pas plus disposé à renoncera sa manie de juger. Le fils lui propose de la satisfaire fans sortir de chez lui ; le pere, après quelques éclairciíïèments , y consent. Dans le même instant on crie après un chien qui emporte un fromage de Sicile; Philocléon saisit cette occasion pour exercer l'office déjuge. Deux chiensparoiíTent, l'un est accusateur, l'autre se défend. Bdélycléon se fait l'avocat du chien accusé ; il commence par un exordesérieux & comique, & continue sur le même ton, en imitant sans doute quelqu'orateur du temps. Le juge demande les témoins; ce font les ustensiles de la cuisine; enfin on présente au juge les petits du coupable: Philocléon feint d'être attendri, il demande cependant le vase de condamnation; mais, trompé par celui qui le lui apporte, 6c qui lui donne l'un pour l'autre, il absout le coupable en croyant le condamner. Honteux & désespéré de cette méprise, il en demande pardon aux dieux, 8c renonce à sa profession. Philocléon s'abandonne ensuite aux excès de la débauche la plus crapuleuse , & devient enfin un criminel digne des châtiments qu'il prononçoit contre les autres.

Ce tiíTu n'est qu'une satyre allégorique contre le gouvernement d'Athenes. II n'y a pas un trait, presque pas un mot dans cette piece, qui ne soit une allusion aux plus illustres personnages de la Grece. La satyre qui n'est que personnelle , perd tout son mérite , lorsque ceux qui en sont l'objet n'existent plus. Racine n'a point imité cette licence d'Aristophane; il s'est contenté de prendre le caractère du juge entêté de fa profession : il a cru que ce caractere , présenté avec de certains ménagements, pourroit paroître aussi ridicule à Paris qu'il l'avoit paru à Athenes.

PRÉFACE

DE LAUTEUR.

C^uand je lus les Guêpes d'Aristophane, je ne íbngeois guere que j'en dusse faire les Plaideurs. J'avoue qu'elles me divertirent beaucoup, Sc fy trouvai quantité de plaisanteries qui me tenterent d'en faire part au public; mais c'étoit en les mettant dans la bouche des Italiens, à qui je les avois destinées , comme une chose qui leur appartenoit de plein droit. Le juge qui saute par les fenêtres, le chien criminel, & les larmes de sa famille , me sembloient autant d'incidents dignes de la gravité de Scaramouche. Le départ de cet acteur interrompit mon dessein, &c fit naître l'envie à quelques-uns de mes amis de voir sur notre théâtre un échantillon d'Aristophane. Je ne me rendis pas à la premiere proposition qu'ils m'en firent; je leur dis que, quelqu'esprit que je trouvasse dans cet auteur, mon inclination ne me porteroit pas à le prendre pour modele , si j'avois à faire une comédie ; & que j'aimerois beaucoup mieux imiter la régularité de Ménandre & de Térence , que la liberté de Plaute & d'Aristophane. On me répondit que ce n'étoit pas une comédie qu'on me demandoit, & qu'on vouloit

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