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Nous le verrions encor nous partager ses foins;
II m'aimeroit peut-être , il le feindroit du moins, i)
Adieu. Tu peux partir. Je demeure en Épire;
Je renonce à la Grece, à Sparte, à son empire;
A toute ma famille. Et c'est assez pour moi,
Traître , qu'elle ait produit un monstre tel que toi. i)

i) // m'aimeroit peut-être, il le seindroit du moins. J

On trouve ce même vers dans le Mari sans femme , comédie de Montfleury, représentée en i663.

2) Et c'est affii pour moi , Traître , qu'elle ait produit un monstre tel que toi. ]

Racine a encore supprimé quelques vers en cet endroit. On lisoit d'abord:

» Et c'est assez pour moi,

» Traître, qu'elle ait produit un monstre comme toi. Hermione ajoutoit:

» Allons, Madame, allons; c'est moi qui vous délivre. » Pyrrhus ainsi l'ordonne , & vous pouvez me suivre; J> De nos derniers devoirs allons nous dégager; » Montrons qui de nous deux sçaura mieux le venger ». Ces vers font mieux sentir le désaut de cette scene, en ce que la situation d'Andromaque sorçoit Hermione d'avoir pour elle un procédé totalement contraire à la fierté, à la haine & à la jalousie de la fille d'Hélene.

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SCENE IV.

O R E s T E seul.

^^ue vois-je? Est-ce Hermione? Et que vîens-je d'entendre?

Pour qui coule le sang que je viens de répandre?
Je fuis , si je l'en crois, un traître , un assassin.
Est-ce Pyrrhus qui meurt ? Et íuis-je Oreste enfin?
Quoi ! j'étouffe en mon cœur la raison qui m'éclaire;
J'assassine à regret un roi que je révere;
Je viole en un jour les droits des souverains,
Ceux des ambassadeurs & tous ceux des humains;
Ceux même des autels , où ma fureur l'assiege;
Je deviens parricide, assassin , sacrilège: i)
Pour qui? Pour une ingrate à qui je le promets,
Qui même, s'il ne meurt, ne me verra jamais,
Dont j'épouse la rage. Et, quand je l'ai servie >
Elle me redemande & son sang & sa vie!
Elle l'aime, & je suis un monstre furieux!
Je la vois pour jamais s'éloigner de mes yeux!
Et l'ingrate , en fuyant, me laisse, pour salaire,
Tous les noms odieux que j'ai pris pour lui plaire.

i) Je deviens parricide , ajfajjln, sacrilège. ]

L'épithete d'ajsajfin est moins odieuse que celle de parricide; ainsi ce vers, qui renferme une accumulation d'images, peche contre la regle ordinaire des gradations.

SCENE DERNIERE.

PYLADE, ORES TE, Soldats d'Ore/te.

P Y l A D E.

Il faut partir, Seigneur. Sortons de ce palais,
Ou bien résolvons-nous de n'en sortir jamais.
Nos Grecs, pour un moment, en défendent la porte,
Tout le peuple assemblé nous poursuit à main forte.
Aux ordres d'Andromaque içi tout est soumis,
11s la traitent en reine, & nous comme ennemis.
Andromaque elle-même , à Pyrrhus si rebelle ,
Lui rend tous les devoirs d'une veuve fidelle,
Commande qu'on le venge; & peut-être qu'encor
Elle poursuit sur nous la vengeance d'Hector, i)
Allons. N'attendons pas que l'on nous environne;
Nos Grecs nous rejoindront. Et, tandis qu'Hermione.
Tient encore le peuple autour d'elle arrêté,
Voilà notre chemin, marchons de ce côté.

ï) Commande qu'on le venge; & peut-être qu'encor Elle poursuit sur nous la vengeance tfHetfor. } On lit dans quelques éditions: » Commande qu'on le venge; & peut-être stir nous p Veut venger Troye encore , & son premier époux »,

O R E S T E.

Non, non, c'est Hermione, amis, que je veux suivre, A son dernier arrêt je ne puis plus survivre. i) Partez; j'ai fait le crime, & je vais l'expier.

t P Y l A D E.

Hermione, Seigneur, il la saut oublier.
Quoi ! toujours l'instrument & l'objet de fa rage,
Cherchez-vous chez les morts quelque nouvel outrage?
Et, parce qu'elle meurt, faut-il que vous mouriez?

O R E S T E.

Elle meurt ! Dieux ! qu'entends-je?

P Y l A D E.

Hé quoi, vous l'ignoriez? En rentrant dans ces lieux, nous l'avons rencontrée , Qui couroit vers le temple, inquiete, égarée. Elle a trouvé Pyrrhus, porté par des soldats , Que son sang excitoit à venger son trépas. Sans doute, à cet objet fa rage s'est émue; Mais, du haut de la porte, enfin nous l'avons vue,

i)Non, non, c'est Hermione, amis, que je veux suivre, A son dernier arrêt je ne puis plus survivre. ] VA Riante. n Non, non, c'est Hermione, amis, que je veux suivre, >? A son dernier courroux je ne puis plus survivre ».

Un poignard à la main, sur Pyrrhus se courber, i)

Lever les yeux au ciel, se frapper, & tomber.

O R E S T E.

Grace aux dieux, mon malheur passe mon eípéranceb)
Oui, je te loue, ô ciel ! de ta persévérance.
Appliqué sans relâche au soin de me punir,
Au comble des douleurs tu m'as-fait parvenir.
Ta haine a pris plaisir à former ma misere;
J'étois né pour servir d'exemple à ta colere ,
Pour être du malheur un modele accompli.
Hé bien, je meurs content, & mon sort est rempli.
Où sont ces deux amants ? Pour couronner ma joie,
Dans leur sang, dans le mien, il faut que je me noie;
L'un & l'autre, en mourant, je les veux regarder.

Réunissons trois cœurs qui n'ont pu s'accorder

Mais quelle épaisse nuit tout à coup m'environhe ! 3)

i) Un poignard à la main, sur Pyrrhus se courber , &c] La maniere dont Racine fait mourir Hermione est imitée

des Phéniciennes d'Euripide, comme on l'a observé dans

les remarques fur la Thébaïde.

a) Grace aux dieux, mon malheur passe mon espérance! Espérance est mis ici pour attente. Le mot d'espérance ne se prend jamais en mauvaise part.

3) Mais quelle épaisse nuit tout à coup m environne ! ] Virgile avoit dit:

Furiis agitants Orestes.

Voilà ce qui a donné lieu à ce morceau de Racine. Les

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