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» Engagé par votre ordre à cet assassinat, » Vient de ce triste exploit vous céder tout Téclat, >> Je ne m'attendois pas que le ciel en colere » Pût, fans perdre mon fils, accroître ma misere, » Et gardât à mes yeux quelque spectacle encor, * Qui fit couler mes pleurs pour un autre qu'Hector, » Vous avez trouvé feule une sanglante voie, » De suspendre en mon coeur le souvenir de Troye. »Plus barbare aujourd'hui qu'Achille & que son fils , » Vous me faites pleurer mes plus grands ennemis; » Et ce que n'avoient pu priere ni menace , » Pyrrhus de mon Hector semble avoir pris la place. >» Je n'ai que trop , Madame, éprouvé soft courroux; >> J'aurois plus de sujet de m'en plaindre que vous. >> Pour derniere rigueur, ton amitié cruelle, » Pyrrhus , à mon époux me rendoit infidelle; y> Je t'en allois punir : mais le ciel m'est témoin M Que je ne pouflbis pas ma vengeance si loin; » Et, fans verser ton sartg, rti causer tant d'allarirtés » » II ne t'en eût coûté peut-être que des larmes, &c. n t) II est mort ! ]

Cette exclamation sombre & ténébreuse rappelle l'endroií sublime de Bossuet, qui s'écrie, dans son oraison funebre d'Henriette d'Angleterre : Madame est morte,.... & peint de Tome IL K

Je vous l'avois promis ; &, quoique mon courage
Se fît de ce complot une funeste image,
J'ai couru vers le temple, où nos Grecs dispersés
Se sont jusqu'à l'autel dans la foule glissés.
Pyrrhus m'a reconnu : mais, sans changer de face, i)
II sembloit que ma vue excitât son audace;
Que tous les Grecs, bravés en leur ambassadeur,
Dussent de son hymen relever la splendeur.
Enfin, avec transport, prenant son diadême,
Sur le front d'Andromaque il l'a posé lui-même:
Je vous donne, a-t-il dit, ma couronne & ma soi,
Andromaque, régnes sur VÈpire & sur moi.
Je voue à votre fis une amitié de pere;
J'en attefe les dieux , je le jure à sa mere.
Pour tous mes ennemis je déclare les siens,
Et je le reconnois pour le roi des 1*royens.
A ces mots, qui du peuple attiroient le suffrage,
Nos Grecs n'ont répondu que par un cri de rage;

même une consternation profonde. Dans la premiere édition , Hermione disoit:

» Quoi ! Pyrrhus est donc mort?

O R E S T E.

» Oui, nos Grecs irrités , &c. »

i) Pyrrhus m'a reconnu: mais , sans changer de sace. ] Face ne se dit plus dans le genre noble ; nous ne sçavons

pas trop pourquoi. Notre langue n'est déjà pas assez riche i

fans chercher encore à l'appauvrir.

L'ìnfidelle s'est vu par-tout envelopper, i)
Et je n'ai pu trouver de place pour frapper.
Chacun se disputoit la gloire de l'abattre. ì)
Je l'ai vu dans leurs bras quelque temps se débattre;
Tout sanglant, à leurs coups vouloir se dérober;
Mais enfin à l'autel il est allé tomber. 3)
Du peuple épouvanté j'ai traversé la presse,
Pour venir de ces lieux enlever ma princesse;

i) L'ìnfidelle s est vu par-tout envelopper. ]

Ce n'est point Oreste qui va lâchement assassiner Pyrrhus qui est fans défense; ce sont les Grecs qui , indignés de l'outrage que Pyrrhus leur fait en épousant une Troyenne j veuve d'Hector & mere d'Astyanax, sondent sur lui & le percent de coups. L'adresse que le poète montre ici, rend Oreste plus excusable ; il n'est pourtant pas innocent de son meurtre ; car, comme il le dit lui-même:

» C'est moi, dont l'ardeur leur a servi d'exemple ».

a) Chacun se disputoit la gloire de l'abattre. ]

Racine a emprunté d'Euripide l'idée de ce morceau : il y a supprimé des détails, qui n'auroient été d'aucun effet.

3) Mais enfin à l'autel il ejl allé tomber. ] Racine a retranché ici les vers suivants: » Le Troyen est sauvé. Mais partons, le tems presse; » L'Épire tôt ou tard satisfera la Grece. » Cependant j'ai voulu qu'Andromaque aujourd'hui j> Honorât mon triomphe , & répondît de lui. » Du peuple épouvanté la foule fugitive n M'a laissé fans obstacle enlever ma captive,

Et regagner le port, où bientôt nos amis Viendront, couverts du sang que je vous ai promis.

Hermione. Qu'ont-ils fait!

O R E S T E.

Pardonnez à leur impatience, Ils ont, je le vois bien, trahi votre vengeance. Vous vouliez que ma main portât les premiers coups; Qu'il sentît, en mourant, qu'il expiroit pour vous. Mais c'est moi, dont l'ardeur leur a servi d'exemple; Je les ai, pour vous seule, entraînés dans le temple, Madame; & vous pouvez justement vous flatter D'une mort que leurs bras n'ont fait qu'exécuter. Vous seule avez poussé les coups

Hermione.

Tais-toi, perfide, Et n'impute qu'à toi ton lâçhe parricide. Va faire, chez tes Grecs, admirer ta fureur; Va, je la désavoue, & tu me fais horreur. Barbare , qu'as-tu fait? Avec quelle furie As-tu tranché le cours d'une si belle vie? Avez-vous pu , cruels, l'immoler aujourd'hui, Sans que tout votre sang se soulevât pour lui?

» Et regagner ces lieux, où bientôt nos amis

» Viendront, couverts du sang que je vous ai promis ».

Mais, parle : de son sort qui t'a rendu l'arbitre? Pourquoi l'assassiner? Qu'a-t-il fait ? A quel titre? i) Qui te Pa dit?

O R E S T E.

O Dieux ! Quoi ! ne m'avez-vous pas Vous-même ici tantôt ordonné son trépas?

H E R m I O N E.

Ah! falloit-il en croire une amante insensée?
Ne devois-tu pas lire au fond de ma pensée?
Et ne voyois-tu pas, dans mes emportements,
Que mon cœur démentoit ma bouche à tous moments?
Quand je l'aurois voulu, falloit-il y souscrire?
N'as-rú pas dû cent fois te le faire redire?
Toi-même, avant le coup, me venir consulter,
Y revenir encore, ou plutôt m'éviter?
Que ne me laissois-tu le soin de ma vengeance?
Qui t'amene en des lieux où l'on fuit ta présence?
Voilà de ton amour le détestable fruit;
Tu m'apportois, cruel, le malheur qui te suit.
C'est toi, dont l'ambassade, à tous les deux fatale ,
L'a fait, pour son malheur, pencher vers ma rivale.

i) Pourquoi l'ajsasjiner? Qu'a-t-il sait? A quel titre? &c. J Quelle vivacité! que d'interrogations entaflèes T Cette femme qui craignoit qu'on ne différât fa vengeance , qui vouloit elle-même l'exécuter , change tout à coup de pertfée lorsqu'on a accompli ses, desseins, & regarde comme un monstre celui qu'elle en a chargé.

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