Imágenes de página
PDF
ePub

Et, sans chercher ailleurs des titres empruntés,
Ne vous íuffit-il pas de ceux que vous portez?
Du vieux pere d'Hector la valeur abattue i)
Aux pieds de sa famille expirante à sa vue;
Tandis que dans son sein votre bras enfoncé,
Cherche un reste de sang que l'âge avoit glacé;
Dans des ruisseaux de sang, Troye ardente plongée;
De votre propre main Polyxene égorgée %)
Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous;
Que peut-on refuser à ces généreux coups?

i) Du vieux pere cCHettor la valeur abattue , &c. ] A ce morceau sublime de poésie, si l'on veut encore comparer quelques vers de Pradon qui paroissent imités de Racine , on croira en voir la parodie:

Mais, Seigneur, vous devez en sçavoir davantage:
Le meurtre de Priam fut votre apprentissage;
Et bien loin d'ignorer tout ce que nous sçavons,
Je parle à qui) pourroit m'en donner des leçons.

Troade, a8e II. scene ZIU a) Dans des ruisseaux de sang , Troye ardente plongée';

De votre propre main Polyxene égorgée. ] Quand Hermione a cru que Pyrrhus revenoit à elle , elle ne l'a peint que du côté le plus beau. Elle a dit plus haut: » Sçais-tu quel est Pyrrhus ? T'es-tu fait raconter » Le nombre des exploits ?... Mais qui les peut compter! » Intrépide , & par-tout suivi de la victoire , n Charmant, fidelle: enfin rien ne manque à sa gloire »• A présent ce n'est plus cela; Hermione vient à bout de réduire tous les exploits de Pyrrhus à deux ou trois lâchetés.

Pyrrhus.

Madame, je sçais trop à quels excès de rage
La vengeance d'Hélene emporta mon courage.
Je puis me plaindre à vous du fang que j'ai versé;
Mais enfin, je consens d'oublier le passé.
Je rends graces au ciel, que votre indifférence
De mes heureux soupirs m'apprenne l'innocence.
Mon cœur, je le vois bien, trop prompt à se gêner,
Devoit mieux vous connoître, & mieux s'examiner.
Mes remords vous faisoient une injure mortelle;
II faut se croire aimé, pour se croire infidelle.
Vous ne prétendiez point m'arrêter dans vos fers.
Je crains de vous trahir, peut-être je vous sers.
Nos cœurs n'étoient point faits dépendants l'un de
l'autre;

Je suivois mon devoir, & vous cédiez au vôtre.
Rien ne vous engageoit à m'aimer en effet.

Hermione.

Je ne t'ai point aimé, cruel? Qu'ai-je donc fait?
J'ai dédaigné, pour toi, les vceux de tous nos princes:
Je t'ai cherché moi-même au fond de tes provinces;
J'y fuis encor , malgré tes infidélités ,
Et malgré tous les Grecs, honteux de mes bontés.
Je leur ai commandé de cacher mon injure.
J'attendois en secret lë retour d'un parjure.
J'ai cru que tôt ou tard, à ton devoir rendu,

Tu me rapporterois un cœur qui m'étoit dû.
Je t'aimois inconstant, qu'aurois-je fait fidelle? i)
Et même, en ce moment, où ta bouche cruelle
Vient si tranquillement m'annoncer le trépas,
Ingrat, je doute encor si je ne t'aime pas.
Mais, Seigneur, s'il le faut, si le ciel en colere
Réserve à d'autres yeux la gloire de vous plaire,
Achevez votre hymen, j'y consens. Mais du moins,
Ne forcez pas mes yeux d'en être les témoins.
Pour la derniere fois je vous parle peut-être;
Différez-le d'un jour, demain vous serez maître.
Vous ne répondez point í Perfide, je le vois, i)
Tu comptes les moments que tu perds avec moi. 3)

i) Je t'aimois inconstant, quaurois-je sait fidelle ?]

On a toujours excusé cette inexactitude grammaticale, en faveur de la vivacité du sentiment & de l'énergie de l'expression. En effet, la phrase eût été languissante , s'il avoit fallu mettre , quaurois-je sait, / tu eujses été fidelle ? II est certain qu'on ne peut briser plus heureusement les entraves étroites dont la langue frar.çoise enchaîne la poésie.

2) Vous ne réponde^ point ! Perfide, je le vois. ]

Tantôt Hermione tutoyé Pyrrhus, tantôt elle lui dit vous; ces différentes variations donnent beaucoup de vivacité à fa passion.

3) Tu comptes les moments que tu perds avec moi. ] L'adieu de Médée à Jason, dans Euripide, est à peu près

semblable:

Va, dit-elle, retrouver ta nouvelle épouse ; je le vois, tu

Ton cœur, impatient de revoir ta Troyenne,
Ne souffre qu'à regret qu'une autre t'entretienne!
Tu lui parles du cœur i), tu la cherches des yeux.
Je ne te retiens plus, sauve-toi de ces lieux.
Va lui jurer la foi que tu m'avois jurée;
Va profaner des dieux la majesté sacrée.
Ces, dieux, ces justes dieux n'auront pas; oublié
Que les mêmes fèrments avec moi t'ont lié.
Porte aux pieds des autels ce cœur qui m'abandonne.
Va,cours. Mais crains encor d'y trouver Hermione.i)

languis en son absence , & je t''arrête trop. Va , cours à l'autel, , & hâte un hymen , qui, graces aux dieux, te coûtera plus d'u/i: repentir.

i) Tu lui parles du cœur. ]

Expression neuve & hardie , dont Racine a embelli là langue^

a) Va, cours. Mrif crains encor d'y trouver Hermione. ] La menace d'Hçrmione est assez positive pour engager Pyrrhus à se méfier d'une amante en fureur ; mais uniquement occupé d'Andromaque, il n'entend rien, il ne voit rien,.

[graphic]

SCENE VI.
PYRRHUS, PHŒNIX.

P H <E N I X.

Seigneur , vous l'entendez. Gardez de négliger
Une amante en fureur, qui cherche à se venger.
Elle n'est en ces lieux que trop bien appuyée;
La querelle des Grecs à la sienne est liée.
Oreste l'aime encore; & peut-être à ce prix...

Pyrrhus.
Andromaque m'attend. Phcenix, garde son fils, i)

j) Andromaque m'attend. Phœnix, garde son fils. ] Voilà le quatrieme acte fini. Ce que nous y admirons le plus, c'est la maniere avec laquelle le trouble va toujours croissant de scène en scene. Andromaque, à laquelle on s'intéresse , n'a consenti à donner sa main à Pyrrhus , que pour s'immoler aussi-tôt : Hermione a chargé Oreste du meurtre de Pyrrhus. Voilà deux acteurs dans le plus grand danger, que vont'ils devenir ì

Fin du quatrième acte.

[graphic]
« AnteriorContinuar »