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Qu'il ait de ses aïeux un souvenir modeste;
II est du fang d'Hector, mais il en est le reste;
Et pour ce reste enfin, j'ai moi-même, en un jour
Sacrifié mon fang, ma haine & mon amour.
C É p H i s E.

Hélas î

Andromaque.

Ne me suis point, si ton cœur, en allarmes, Prévois qu'il ne pourra commander à tes larmes. On vient. Cache tes pleurs, Céphise; & souviens-toi Que le fort d'Andromaque est commis à ta foi. C'est Hermione. Allons, fuyons fa violence.

SCENE I I.i)

HERMIONE, CLÉONE.

C t É O N E.

ÌSÍ o N, je ne puis assez admirer ce silence. Vous vous taisez, Madame; & ce cruel mépris N'a pas du moindre trouble agité vos esprits!

1) II est à remarquer que la scene ne reste point vuide, quoique les acteurs sortent & viennent fans se parler, parce que la sortie d'Andromaque est motivée & forcée par l'arrivée d'Hermione.

Vous soutenez, en paix, une si rude attaque,
Vous qu'on voy oit frémir au seul nom d'Andromaque I
Vous qui, sans désespoir, ne pouviez endurer
Que Pyrrhus d'un regard la voulût honorer!
II l'épouse. II lui donne, avec son diadême,
La foi que vous veniez de recevoir vous-même;
Et votre bouche, encor muette à tant d'ennui, i)
N'a pas daigné s'ouvrir pour se plaindre de lui?
Ah ! que je crains , Madame, un calme si funeste ! i)
Et qu'il vaudroit bien mieux

Hermione.

Fais-tu venir Oreste ? 3)

i) Et votre bouche, encor muette à tant d'ennui. ]

Muette à tant d'ennui. Le poète a voulu dire , qui garde

le silence apres tant de malheurs; mais son expression ne rend

point son idée assez clairement.

a) Ah ! que je crains , Madame , un calme si sunejle ! ] C'est une répétition du sentiment déjà exprimé dans la

troisieme scene du troisieme acte , où le poete fait dire par

Cléone:

» La douleur qui se tait n'en est que plus funeste ». M. de Voltaire a appliqué avec génie cette même pensée à la politique , dans ce beau vers:

Rien n'est si dangereux que César qui se tait.

trait caractéristique & sublime , qui prouve à quel point ort peut être original en imitant.

3) Fais-tu venir Orefle?

Cette femme si emportée, si jalouse, qui, sur les moindres

C l É O N E.

II vient, Madame, il vient; & vous pouvez juger
Que bientôt à vos pieds il alloit se ranger,
Prêt à servir toujours sans espoir de salaire.
Vos yeux ne sont que trop assurés de lui plaire.
Mais il entre.

SCENE III. ORESTE, HERMIONE, CLÉONE.

O R E S T E.

.Á. H , Madame ! est-il vrai qu'une fois, Oreste, en vous cherchant, obéisse à vos loix? Ne m'a-t-on point flatté d'une fausse espérance ì Avez-vous, en effet, souhaité ma présence? Croirai-je que vos yeux, à la fin désarmés > Veulent

Hermione.

Je veux sçavoir, Seigneur, si vous m'aimez.

soupçons, éclatoit en reproches contre Pyrrhus; qui triomphent avec tant d'audace lorsqu'elle se flattoit de l'épouser, garde un morne silence lorsqu'il s'apprête à s'unir pour jamais avec Andromaque. Mais que son silence est éloquent t c'est le comble de la douleur & de la rage.

, O R E S T E.

Si je vous aime? O Dieux! Mes serments, mes parjures,

Ma fuite, mon retour, mes respects, mes injures, Mon désespoir, mes yeux de pleurs toujours noyés; Quels témoins croirez-vous, si vous ne les croyez?

H E R M i o N E. Vengez-moi, je crois tout, i)

O R E S T E.

Hé bien, allons, Madame. Mettons encore un coup toute la Grece en flamme, 2) Prenons, en signalant mon bras & votre nom, Vous, la place d'Hélene, & moi, d'Agamemnon. De Troye en ce pays réveillons les miseres; Et qu'on parle de nous ainsi que de nos peres. Partons, je suis tout prêt.

l) Venge^-mol, je crois tout. ]

.Ce discours vif & coupé convient parfaitement à l'agitation d'Hermione,

a.) Mettons encore un coup toute la Grece en flamme. ] Encore un coup ne s'emploie plus guere que d'une maniéré absolue & par forme de parenthese, pour signifierai vous le répete, je vous le dis encore. Ici cette expression signifie une seconde sois, & ne forme point de sens à part dans la phrase; ensorte que le sens grammatical de ce vers est, m; tin la Grece en flamme encore un coup, ce qui ne se dit poim.

H E R m I O N E.

Non, Seigneur, demeurons. Je ne veux pas si loin porter de tels affronts. Quoi i de mes ennemis couronnant l'insolence , J'irois attendre ailleurs une lente vengeance? Et je m'en remettrois au destin des combats, Qui peut-être, à la fin, ne me vengeroit pas? Je veux qu'à mon départ toute l'Épire pleure : i) Mais, si vous me venger, vengez-moi dans une heure. Tous vos retardements sont pour moi des refus. Courez au temple. II faut immoler

O R E s T E.

Qui?

Hermione.

Pyrrhus.

O R E S T E.

Pyrrhus, Madame?

Hermione.

Hé quoi, votre haine chancelle? Ah ! courez, & craignez que je ne vous rappelle. N'alléguez point des droits que je veux oublier; Et ce n'est pas à vous à le justifier.

i) Je veux qu'à mon départ toute l'Épire pleure. ] Ce vers n'est point harmonieux. Quel poete cependant l'est plus que Racine l

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