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abbé-général de Prémontré, afin d'y tenir la chaire de philosophie, et, bientôt après, celle de théologie. Envoyé de nouveau à Paris pour y professer la théologie et préparer son cours de licence en Sorbonne, on l'y vit bientôt au premier rang parmi des rivaux d'un mérite distingué. Il avait attiré les regards protecteurs du général de son ordre; et dans une pièce de vers, que nous citerons plus bas, il témoigna sa reconnaissance à ses bienfaiteurs, surtout à M. de Vinay, qu'il appelait son Mécène. Mais M. de Vinay mourut en 1769 (1). Manoury, qui lui succéda la même année, sut comme lui, et peut-être plus que lui, apprécier un religieux si distingué et de si belle | espérance. Il le choisit pour son secrétaire, fonction que Lécuy exerça pendant dix années. Ce fut pour les deux prémontrés un temps de jouissance et de bonheur, que Lécuy a retracé dans ses vers, en rappelant leurs promenades et leurs entretiens littéraires sur les bords des ruisseaux du vallon ou dans les bois de l'abbaye. C'était au mois de janvier 1765 qu'il avait obtenu le grade de bachelier en théologie; cinq ans plus tard, en 1770, il reçut le bonnet de docteur de Sorbonne, et, cinq ans après (1775), il fut nommé prieur et maître des études au collège de l'ordre, à Paris. Un jour, accompagnant son général, en sa qualité de secrétaire, il fixa, en lisant un livre anglais, l'attention de l'évêque chargé de la feuille des bénéfices, et la faveur que cette circonstance lui concilia influa peut-être sur le choix qu'on fit de lui en 1780. Manoury (2) mourut cette année-là, et Lécuy fut élu, le 18 septembre, abbé général de Prémontré et chef de tout l'ordre. Il avait un frère, Nicolas Lécuy, religieux à Prémontré même. Son élection, faite à l'unanimité, eût été, à une autre époque, la position la plus brillante pour . lui, car elle le faisait chef d'un illustre institut dont les ramifications s'étendaient au delà de la France, lui donnait les titres honorifiques de conseiller et d'aumônier du roi, etc., le droit d'avoir à sa voiture six chevaux, dont il ne dételait que deux; et, avec tous ces avantages, il n'était chargé d'aucune pension. Cette élection eût été aussi, dans un autre temps, une fortune inappréciable pour son ordre, car il y introduisit d'utiles réformes et innovations. Mais ses honneurs, ses entreprises, tout devait bientôt s'engloutir dans l'abîme de la révolution, qui abolit tant d'institutions précieuses à la France! Cependant, dès son entrée au généralat, Lécuy mit la main à l'œuvre dont il sentait la nécessité. En 1782, 1785, 1788, il tint et présida les chapitres nationaux, dont les actes furent imprimés les mêmes années à Soissons. Il y fit décréter et exécuter l'amélioration des études, dont il établit des

(1) Pierre-Antoine Parchappe de Vinay, docteur de Sorbonne, einquante-cinquième abbé de Prémontré, né à Epernay, mourut à Prémontré le 4 mars 1769, âgé de 70 ans.

(2) Guillaume Manoury, né à Elbeuf, cinquante-sixième abbé de Prémontré, mort à Paris, le 18 juillet 1780, à l'âge de 68 ans, était un homme instruit et d'un jugement exquis.

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cours dans son abbaye; la réforme du bréviaire et autres livres liturgiques de l'ordre. Il établit aussi dans son monastère des conférences théologiques et des exercices pour les religieux appelés aux cures, car les prémontrés, comme chanoines réguliers, étaient aptes à posséder des prieurés-cures à charge d'âmes. Par les soins du nouveau général, la bibliothèque conventuelle de Prémontré était devenue l'une des plus considérables. Versé dans les sciences physiques, Lécuy avait formé, dans l'une des salles de cette bibliothèque, un cabinet richement pourvu de tous les instruments nécessaires à l'étude de la physique. La botanique charmait aussi les loisirs de Lécuy, qui avait réuni dans sa bibliothèque particulière les meilleurs ouvrages publiés sur cette science, et qui a lui-même recueilli dans les environs de Prémontré les plantes d'un herbier considérable qu'il composa et qui s'est trouvé au nombre de ses livres après sa mort. En 1787, il fut nommé, par le gouvernement, membre de l'assemblée provinciale du Soissonnais, et président de l'assemblée du district de Laon. L'année suivante, il traita avec le cardinal de Loménie, principal ministre, de l'introduction de ses chanoines réguliers dans l'école militaire de Brienne, pour y professer. La révolution ne permit pas d'exécuter ce projet. Forcé de quitter son abbaye en 1790, Lécuy se retira à Penancourt, retraite d'où l'on vint l'arracher, en 1793, pour l'incarcérer à Chauny. Mis en liberté après quelques jours de détention, il alla se réunir à son frère, retiré dans une maison solitaire, aux Grandes-Vallées, près de Melun. Il obtint, l'année suivante, la restitution de ses livres, déposés au district de Chauny; et, privé de tout revenu, le besoin de s'occuper le décida à se charger de l'instruction de quelques jeunes gens. Il eût pu trouver dans l'émigration une position moins pénible et presque heureuse; mais Lécuy préféra rester en France. Venu à Paris en 1801, il céda aux instances des amis qu'il retrouva dans cette capitale, et s'y fixa. Lié avec plusieurs rédacteurs du Journal des Débats, alors Journal de l'Empire, il rédigea un grand nombre d'articles littéraires, parmi lesquels on remarque ceux où il rendit compte des Martyrs et de l'Itinėraire de Jérusalem, par Chateaubriand; de l'Histoire de Fénelon et de l'Histoire de Bossuet, par le cardinal de Bausset, etc. Quand le culte fut rétabli, Lécuy, qu'on oublia trop alors, demanda et obtint, en 1803, du cardinal de Belloy, une mozette en qualité de chanoine honoraire de NotreDame. Pie VII étant venu à Paris en 1805, pour le sacre de Napoléon, accueillit avec une faveur marquée l'ex-général de Prémontré, et accepta l'hommage de quelques-uns de ses ouvrages. En 1806, Lécuy fut nommé aumônier de Marie-Julie, épouse de Joseph Bonaparte, et, en cette qualité, chargé de la distribution des sommes considérables que cette femme bienfaisante lui confiait pour des œuvres de charité. Les notes trouvées dans ses

papiers portent à plus de 200,000 francs l'argent, distribué par lui, en peu d'années, de cette manière. Aux fonctions d'aumônier, cette dame avait ajouté, en faveur de Lécuy, celles d'instituteur religieux de ses deux jeunes filles. C'est à l'occasion de ces fonctions qu'il composa l'Abrégé de la Bible et le Manuel d'une mère chrétienne. En décembre 1812, Lécuy fut chargé de prononcer un discours à Notre-Dame, pour l'anniversaire du couronnement de Napoléon; et, le 15 août 1813, il précha dans la même église le dernier sermon sur le rétablissement du culte. En 1818, il obtint du roi Louis XVIII une pension de 1,500 francs, et M. de Quélen le nomma, en 1824, chanoine titulaire de Paris, l'admit dans son conseil et lui donna des lettres de vicaire général honoraire. Il le chargea spécialement de l'examen des ouvrages soumis à son approbation. En 1827, il fit graver son portrait, et l'envoya à tous les prémontrés existant en France, accompagnant ce don qu'il leur faisait à la fête de St-Norbert, le 11 juillet, d'une traduction en vers du poëme de Werpen sur le saint patriarche. Il avait quatre-vingt-huit ans, quand, le 6 avril 1828, il fit une chute dans la sacristie de Notre Dame, et depuis ce moment il fut obligé de rester constamment chez lui. Il continua néanmoins de s'occuper de littérature, et sa mémoire avait conservé toute sa fraîcheur. Ce n'est que sur la fin de l'année 1855 que ses forces diminuèrent progressivement. Enfin, le 22 avril 1854, parvenu à sa 94 année, il s'éteignit au milieu du jour, après avoir reçu tous les secours de la religion. Ses obsèques eurent lieu à Notre-Dame, au milieu d'un concours d'ecclésiastiques, d'hommes de lettres et d'amis. L'abbé Lécuy était un bel homme, d'une santé robuste. Son caractère aimable le rendait accessible à tous et lui conciliait l'affection. Recu docteur de Sorbonne le 20 mars 1770, il occupait le quatrième rang dans la liste des docteurs de la même année, et se trouvait placé, par l'intervalle d'un collègue seulement, entre les célèbres Duvoisin et de la Luzerne, qui furent reçus à la même époque. Nous terminerons cet article par la liste de ses ouvrages: 1o OEuvres de Franklin, trad. de l'anglais, Paris, 1773, 2 vol. in-4°; 2o Discours pour la rosière de Salency. Soissons, 1776, in-8°; 3o Discours pour l'ouverture du chapitre de Prémontré, ibid., 1779, in-4o. Ce discours a été traduit en latin par le prélat Wenceslas, abbé de Strahow, Prague, 1781, in-4°. 4° Amintor et Theodora, suivi de l'Excursion, ou les Merveilles de la nature, trad. de l'anglais de David Mallet, Paris, 1797, 3 vol. in-12. Lécuy nous a dit avoir été obligé d'user de sa plume pour vivre; l'ouvrage que nous indiquons ici est sans doute une des productions que la nécessité lui demanda; nous en disons autant pour l'ouvrage suivant. 5° Nouveau Dictionnaire historique, biographique et bibliographique, trad. de l'anglais (de Watkins), Paris, 1803, 1 vol. in-8°; 6o Dictionnaire de poche, latin-français, 1805, vol. in-8 oblong, 2° édit.,

:

1851; 7° Abrégé de l'histoire de l'Ancien et du Noureau Testament, 1810, 2 vol. in-8, fig.; le même, sous le titre Bible de la jeunesse ; 8o Discours pour l'anniversaire du couronnement de Napoléon, 1813, broch. in-8°; 9o Discours pour l'Assomption, 1813, in-8°; 10° Partie ecclésiastique du Supplément au Dictionnaire historique de Feller, 1818 et 1819, in-8°; 11° Manuel d'une mère chrétienne, ou Courtes Homélies sur les épitres et évangiles des dimanches et fêtes, Paris, 1822, 2 vol. in-12, fig.; 12o Annales civiles et religieuses d'Yvois-Carignan et de Mouzon, 1822, in-8°. Lécuy ne fut que l'éditeur de cet ouvrage, composé par le chanoine prémontré Delahaut, qui mourut en 1774. 15° Recueil de pièces sur la prise de Constantinople, pour faire suite à l'Histoire bizantine, 1823, in-fol. Cet ouvrage ne fut tiré qu'à 60 exemplaires, aux frais de M. le baron de Vincent et de sir Charles Stuart, ambassadeurs d'Autriche et d'Angleterre en France. Lécuy était alors chapelain de l'ambassade de Vienne à Paris. 14° Strennæ Norbertine, avec trad. en vers français, 1827, in-8°, grand papier. C'est une élégie du jésuite Werpen sur la conversion de St-Norbert. 15° Histoire sacrée de l'Ancien et du Nouveau Testament, t. 8 de l'ouvrage publié sous ce titre, par Bassinet; 16° Essai sur la vie de Gerson, Paris, 1852, 2 vol. in-8o. Cet ouvrage, qui avait coûté des recherches étendues à l'auteur, devait rester en manuscrit dans la bibliothèque de l'archevêché de Paris; mais Lécuy, la voyant détruite en 1831, se décida à publier son travail. Il y dit peu de chose de l'imitation, et, quoiqu'il ne parle pas de sa conviction, il nous a dit formellement qu'il ne croyait pas que Gerson en fût l'auteur. Nous avons donné sur cette production importante un article dans la Revue encyclopédique, 1855. 17o Opuscula Norbertina, 1854, in-8°. C'est une reproduction des Strennæ, jointe aux vers sur Prémontré, franç.latin, et de la notice de St-Norbert extraite de la Biographie universelle, avec une lettre que les Prémontrés belges, à la veille de se rétablir, écrivaient, en 1855, à leur général, dont ils avaient appris la longue survivance à la révolution. 18 Nous devons joindre aux oeuvres de Lécuy l'édition du Bréviaire de Prémontré, imprimé à Nancy en 1786; le mandement qui le précède est de lui; et la nouvelle édition du Manuel pour l'administration des sacrements, imprimé de l'autorité de MM. J.-B. L'écuy (1),fabbé de Prémontré et du chapitre national, Charleville, 1788, in-8°. L'abbé Lécuy a de plus rédigé un grand nombre d'articles littéraires et biographiques dans le Journal de Paris, 1801-1811; dans la Biographie universelle, qui en a même imprimé bon nombre après sa mort, sur ses manuscrits autographes; dans le Journal des Débats, 1801 à 1828, et enfin dans l'Ami de la religion, t. 1 à 3. Lécuy a été inhumé

(1) C'est donc à tort qu'on a dit que son nom était L'Ecuyer et qu'il signait L'Ecuy pour se dérober aux recherches pendant la révolution. Il est ecrit L'écuy.

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pour avoir, dans le temps de sa faveur, abusé
d'une dame, sous promesse de sauver la vie du
mari, qu'il fit étrangler ensuite.
W-s.

LEDANOIS DE LA SOISIÈRE (ANDRÉ-BASILE), né le 8 mars 1750, était lieutenant général du bailliage d'Orbec et Bernay à l'époque où éclata la révolution. Il en adopta les principes avec modé

la garde nationale, et fut nommé, en 1791, président de l'administration du district de Bernay. Député par le département de l'Eure au conseil des Anciens, en septembre 1795, il travailla dans les bureaux, les commissions, et parut souvent occupé d'apporter des adoucissements au sort des ecclésiastiques. C'est donc à tort qu'on lui a imputé, dans d'autres biographies, sur la foi du Moniteur, une motion tendante à exciter contre eux l'indignation publique. Le 18 août 1797, Ledanois fut nommé secrétaire et fit adopter plusieurs résolutions concernant les rentes et les contributions. Il sortit du conseil en 1799, après la révolution du 18 brumaire, devint juge au tri

au cimetière de l'Ouest. Le docteur Martin a mis sur sa tombe l'épitaphe que Lécuy lui-même avait composée. Son cœur, suivant ses ordres, a été porté à Prague, et déposé derrière l'autel de l'abbaye de Strahow, sous les reliques de St-Norbert. Une notice, rédigée sur des notes de Lécuy, destinées et envoyées à la bibliothèque de Laon, a été publiée par le docteur Martin. Une autre précèderation, devint maire de sa commune, commanda le catalogue de la riche bibliothèque de ses livres, rédigé par M. Blanc. Lécuy a laissé plusieurs manuscrits autographes; nous citerons: 1° Mélanges sur divers sujets de théologie, de littérature et d'histoire, in-fol., 34 feuillets; 2o Fragments de l'histoire grecque, in-4o, 68 feuillets; 3° les Phénomènes de la nature, ou l'Excursion, poëme trad. de l'anglais, de David Mallet, 1796, in-4o, 30 feuillets; 4o Porsenna, roi de Russie, ou l'Ile de la Félicité, poëme, trad. de l'anglais du docteur Lisle, 1797, in-4°, 26 feuillets; 5o Henri et Emma, ou la Belle Brune, poëme, trad. de l'anglais de Matthieu Prior, 1798, in-4o, 24 feuillets; 6° il Tempio di Guido, translat, dal francese in italiano. The Temple Cnidus, transl. from the french, in-4°,|bunal d'appel de l'Eure, et fut élu en mars 1802 2 parties, 50 feuillets. Il faut croire que Lécuy ne fit ces deux traductions que comme exercice, et qu'il n'avait pas l'intention de les publier. 70 Analyse des ouvrages de Walter Scott, in-4°, 20 feuillets; 8o Extraits et analyses de divers ouvrages, notes biographiques, etc., in-fol. et in 4o, 36 feuillets. Enfin plusieurs additions et corrections destinées à une nouvelle édition de la Vie de Gerson.

B-D--E.

|

LEDAIN (OLIVIER), l'un des indignes favoris de Louis XI, était né dans la petite ville de Thielt, près de Courtrai. Il se nommait Olivier | le Mauvais ou le Diable; mais ce nom, qui donnait une idée assez juste de son caractère, lui déplut, et il le changea contre celui de Ledain. I devint barbier de Louis XI, et sut gagner la confiance de ce prince en lui persuadant que personne ne lui était plus sincèrement dévoué. Le roi l'anoblit, le fit gentilhomme de sa chambre et lui donna la capitainerie de Meulent. Olivier se fit appeler dès lors le comte de Meulent; il fut envoyé à Gand en 1477, avec la mission de pénétrer les projets de l'héritière de Bourgogne, et de lui persuader qu'elle devait se fier entièrement à la bienveillance du roi, son parrain (roy. Louis XI et MARIE DE BOURGOGNE). Olivier afficha, dans une ville où il était connu, un faste qui le rendit ridicule: il tomba dans le mépris, et s'enfuit à Tournai, dont il ouvrit les portes aux Français, aidé de quelques habitants séduits par ses promesses (roy. l'Histoire de Louis XI par Duclos). Cette preuve de zèle accrut encore l'interèt que le roi lui portait; il fut nommé capitaine du château de Loches, gouverneur de St-Quentin, etc. L'abus qu'il avait fait de son autorité l'ayant rendu odieux, il fut arrêté après la mort de Louis XI, par l'ordre du procureur général de Tours, et pendu en 1484,

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au corps législatif. Réélu par le sénat en 1807,
il en sortit au commencement de 1812, obtint du
roi en 1814 des lettres de noblesse, et fut
nommé en 1815, après le retour de l'ile d'Eibe,
membre de la chambre des représentants par le
département de l'Eure. Il y garda un silence pro-
fond, et après la seconde restauration, il rentra
dans la vie privée et mourut quelques années
plus tard dans un âge avancé. On a de lui:
1o Examen du livre intitulé Tableau des désordres
de l'administration de la justice, par Selves, et
Reflexions sur les moyens de faire cesser les abus
dénoncés, etc., Paris, 1813, in-8°; 2o Des vices
de la législation sur la contrainte par corps pour
délits, Paris, 1816, in-8°.
M-D j.

LEDÉAN (AIME-JEAN-LOUIS-NICOLAS-RENÉ), né à Quimper le 27 juin 1776, n'avait que dix-huit ans quand l'école polytechnique, qui venait d'être fondée, le reçut en 1794 au nombre des élèves qu'elle admettait pour la première fois. Il y fut le condisciple du général Bernard, de Biot, de Chabrol de Volvic, de Tupinier et de Boucher, l'un directeur des ports, l'autre inspecteur général du génie maritime, et d'une foule d'autres hommes dont les noms doivent être ajoutés à la liste de nos illustrations. Rappeler qu'à la promotion du 1er vendémiaire an 5 (21 novembre 1797), le jury d'examen le désigna le premier pour les constructions navales, c'est assez dire le rang qu'il occupait dans cette brillante élite de la jeunesse française. Ledéan parcourut tous les échelons de la carrière difficile et laborieuse où il était entré. Toujours à son poste au fond de la Bretagne, jamais solliciteur dans les bureaux, il ne dut tous ses grades qu'à son mérite et à l'assiduité de son travail, et mit vingt-six ans à s'élever du simple rang d'élève ingénieur à celui d'ingéInieur de première classe. Il gagna pourtant ce

Ledéan, dont la délicatesse répugnait à recevoir
le traitement d'un emploi qu'il ne pouvait plus
remplir qu'à des intervalles éloignés, demanda et
obtint sa retraite. Sa nouvelle situation n'apporta
aucun changement à sa conduite politique : fonc-
tionnaire salarié, il avait été député indépendant,
soutenant le pouvoir par conviction, parce que son
esprit éclairé et sa longue expérience l'éloignaient
d'une opposition qu'il jugeait plus propre à retar-
der qu'à avancer la consolidation de l'ordre social;
quand il eut quitté le service, les mêmes prin-
cipes dirigèrent toujours ses votes. On lui doit,
outre les opuscules que nous avons mentionnés,
une Note sur les feuilles de cuivre employées au
doublage des vaisseaux (Annales maritimes de 1838,
partie non officielle, t. 1er). Non content de favo-
riser de ses voeux et de ses démarches les progrès
des sciences nautiques, Ledéan les encourageait
à ses propres frais. C'est ainsi qu'en s'éloignant
d'un port qui avait été l'objet de sa constante
affection, il lui en laissa un souvenir en donnant
à sa bibliothèque, devenue le 1er février 1842 la
proie des flammes, une grande partie de ses pro-
pres livres, de ceux surtout qui traitaient des
sciences mécaniques. Ledéan mourut subitement,
le 6 juin 1841, aux eaux de Vichy, où il était allé
pour rétablir sa santé. Il était depuis longtemps
chevalier de St-Louis et officier de la Légion
d'honneur.
P. L—t.

dernier grade avec éclat. Frappé des dangers du déboisement de la France et de la pénurie qui pouvait en résulter pour notre marine, le ministère avait consulté les ports sur l'importante question de suppléer par l'assemblage des petits bois aux premières espèces dans la charpente des vaisseaux. Le mémoire envoyé par Ledéan fut distingué, et le 1er avril 1825, son auteur était nommé ingénieur de première classe: La question du déboisement était vitale pour nos arsenaux maritimes; aussi Ledéan se fit-il un devoir de l'examiner dans une série de lettres publiées dans les Annales maritimes coloniales, partie nonofficielle (t. 2 de 1823 et t. 1er et 2e de 1825), sous ce titre : Lettres sur la rareté toujours croissante des bois de construction. Nécessité de s'abstenir de toute consommation mal entendue des bois de grandes dimensions. Descriptions des nouvelles étuves propres à plier les bois, construites au port de Lorient. Destiné d'abord pour Brest, Ledéan fut définitivement attaché à Lorient dans le mois de décembre 1823, et depuis il appartint toujours à ce port. Il y donna bientôt la mesure de son talent en continuant la construction de la frégate la Surveillante, commencée sur les plans de Boucher; la coupe savante, les belles proportions de ce navire font honneur aux deux ingénieurs qui l'ont construit. Animé de l'esprit essentiellement pratique que les illustres fondateurs de l'école polytechnique avaient cherché à imprimer à leurs élèves, et qui produisit les prodiges de l'armée d'Égypte, Ledéan sentit que perfectionner l'outillage, c'était augmenter les moyens d'action, doubler les ressources et vivifier un arsenal naval. Il appliqua donc constamment ses facultés dans cette direction, et il a suffi de visiter, mème superficiellement, le port de Lorient pour être frappé du spectacle de toutes ces ingénieuses inventions qui simplifient le travail, en améliorent les résultats et en économisent la dépense. Entre autres améliorations qu'il réalisa, on remarque un étau à ployer les bordages, machine qui lui valut des témoignages tout particuliers de satisfaction. Une ordonnance du 28 mars 1850 avait créé à Lorient l'école d'application du génie maritime; une décision du 12 juin suivant appela Ledéan à la diriger. En 1834, le ministre consulta les ports militaires sur les avantages que pourraient offrir les mâtures du Canada, ainsi que sur leur durée et les moyens de les conserver; Ledéan, qui avait fait une étude approfondie des questions forestières, répondit à ces demandes par un rapport qui acheva de démontrer sa supériorité dans ces matières, et qui fut inséré dans les Annales maritimes de 1854 (partie non officielle, t. 2). La même année, les électeurs de Lorient le choisirent pour les représenter, et, en lui réitérant leur mandat en 1857 et en 1839, lui témoi-nique et de directeur du jardin des plantes. Biengnèrent qu'il avait bien mérité de leur confiance. Au mois d'août 1837, après plus de quarante ans de services non interrompus comme ingénieur,

LEDEBOUR (CHARLES-FRÉDÉRIC DE), naturaliste et voyageur allemand, né en Pomeranie le 8 juillet 1785. Son père, d'une ancienne familie du pays, était employé dans l'administration militaire de la Suède, alors en possession de cette province. Le jeune Ledebour montra de bonne heure des dispositions remarquables pour les sciences, et pour les mathématiques en particulier. Ses progrès furent si rapides, qu'à l'âge de quinze ans il était déjà en état de suivre les cours de l'université de Greifswald. Il s'attacha alors de préférence à l'histoire naturelle, et se mit sous la discipline scientifique du célèbre physiologiste K.-A. Rudolphi, en même temps qu'il se livrait aux études nécessaires pour obtenir une place dans l'administration suédoise. Lorsqu'il les eut terminées, il se rendit à Stockholm pour y passer ses examens. C'est alors qu'il fit connaissance avec deux des plus célèbres élèves de Linné, Thunberg et Olaf Schwatz, qui lui inspirèrent un goût vif pour la botanique. Il profita de son séjour en Suède pour faire un voyage scientifique dans les montagnes de la Norvége. En possession de ses diplômes, Ledebour revint à Greifswald y prendre le grade de docteur. Sa thèse a été publiée sous le titre de Dissertatio botanica sistens plantarum domigentium decadem. A vingt ans, il obtenait dans la même ville la place de démonstrateur de bota

tôt son mérite fut connu dans tout le nord de l'Allemagne, et l'université de Dorpat l'appela en qualité de professeur. Ledebour voulut d'abord

le vit se prononcer avec non moins de force pour la création des assignats; puis se renfermer, ou peu s'en faut, dans un silence absolu, mais en votant constamment avec le côté gauche, et il fut dès lors classé parmi les partisans de la révolution. Comme il ne pouvait être réélu pour la législative, il eut soin de se faire donner une nomination de capitaine au 34o régiment d'infanterie de l'armée de Lafayette. Quand ce général annonça des vues différentes de celles des meneurs de l'assemblée et de l'opinion parisienne, Ledeist se fit un des antagonistes plus ou moins patents dans sa propre armée, et peut-être fut-il un de ceux qui l'observèrent et rendirent compte de ce qui se passait autour de lui. On sait que cette armée, après le 20 juin (1792), envoya des adresses à l'assemblée législative, adresses où l'on protestait contre l'attentat, où l'on s'élevait contre l'illégale audace de ceux « qui avilissaient l'autorité consti<«tutionnelle du monarque et qui menaçaient sa personne »; l'on y invoquait, de la part des représentants de la nation, une répression effective et sévère. Ledeist ne voulut pas signer; et bientôt devenu, ainsi que quelques-uns de ses camarades qui avaient tenu la même conduite, le point de mire des provocations et chaque jour environné de désagréments nouveaux, il fut réduit à pro poser sa démission, qu'accepta le général. Mais immédiatement, il se rendit à Paris, et, après le

visiter Berlin; il s'y rendit en 1811, et y fit connaissance avec le botaniste Willdenow et le célèbre voyageur Pallas, qui se trouvait alors dans cette ville. Mais la guerre ayant éclaté, Ledebour se vit dans l'impossibilité de passer à Dorpat par terre. Il dut s'embarquer, et, dans son trajet de Dantzig à Koenigsberg, il faillit périr au milieu d'une tempête. Fixé à Dorpat, Ledebour se livra avec ardeur à ses études botaniques, améliora, agrandit et compléta la collection des plantes du jardin botanique de la ville. Il s'attacha particulièrement à la phytographie de l'empire russe. En 1826, il fut envoyé, aux frais de l'académie de St-Pétersbourg, dans l'Altay, se rendit à Barnaoul, la capitale du grand district minier de la Sibérie, et de là, étendit ses recherches jusque sur les frontières de la Chine, tandis que son ancien élève, l'académicien Ch.-Antoine Meyer, visitait les steppes des Kirghises, et que M. de Bunge, qui devait lui succéder dans la chaire de Dorpat, explorait la partie orientale de l'Altaï. La relation du voyage de Ledebour a été publiée en allemand, à Berlin, en 1829, 2 vol. in-8°, sous le titre de Voyage dans les monts Altaï et les steppes des Kirghises. La même année et les suivantes, la partie botanique de ce voyage paraissait sous le titre de Icones plantarum novarum floram rossicam imprimis Altaïcam illustrantes (Riga, in-4o). Mais le fruit le plus important de ce voyage fut un ouvrage plus étendu qui mit le sceau à la réputa-10 août, il vint expoer à la barre de l'assemblée tion de son auteur, la Flora rossica (Stuttgard, 1841 et années suivantes, 5 vol. in-8"), dans la quelle se trouve une description complète des plantes de la Russie. Nommé professeur émérite en 1836, Ledebour continua ses travaux jusqu'à sa mort, arrivée le 14 juillet 1851. A. M-Y.

LEDEIST DE BOTIDOUX, né vers 1750, à Uzel, gros bourg des Côtes-du-Nord, entre Loudéac et Quintin, appartenait à une des bonnes familles du pays, mais n'était pas noble, malgré le deuxième nom par lequel il voulut dissimuler son origine plébéienne. Il le portait déjà, du reste, et vivait la moitié de l'année dans ses terres, sans emploi militaire ni civil, quand la sénéchaussée de Ploërmel le choisit pour son représentant aux états généraux en 1789. Quoique député du tiers état, Ledeist de Bolidoux se montra favorable à la cause de la noblesse, et il se fit remarquer à la tribune par la véhémence de son opposition aux mesures financières de Necker. Il lui échappa même de qualifier les observations présentées par ce ministre d'insolences ministérielles. Il fit preuve de la même fermeté, et cette fois avec autant de convenance dans la forme que de sagesse pour le fond, en s'opposant, le 18 septembre 1790, au projet de loi portant que les émigrés seraient tenus de rentrer en France et de prêter le serment exigé par les lois. «< Il est « rationnel, il est juste, disait-il, que chacun puisse « librement quitter son pays et transporter sa « propriété où bon lui semble. » Mais bientôt on XXIII.

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les persécutions dont son patriotisme l'avait rendu victime, et dont il désignait comme l'instigateur principal Latour-Maubourg. L'assemblée ne manqua point d'accueillir une dénonciation contre l'ami de Lafayette, et Ledeist non-seulement fut réintégré dans son grade de capitaine (22 août), par un décret, mais ne tarda pas à devenir commissaire aux revues. Il fut ensuite commissaire ordonnateur en chef à l'armée des Alpes, et c'est là qu'il connut Kellermann. Justifiant la confiance de ses patrons, il dénonça le régiment des hussards de la liberté comme formant un plan contre-révolutionnaire. Mais bientôt ces patrons euxmêmes allaient être emportés par le torrent: les journées des 31 mai et 2 juin décidèrent contre les girondins et contre tout ce qui, voulant la république, l'aurait voulue sans massacres et sans terreur. Ledeist, qui jamais n'avait été ardent jacobin, fut compromis lui-même, perdit sa place et se réfugia en Normandie avec plusieurs des proscrits. Il demeura ainsi assez longtemps à Évreux et à Caen, et déploya toutes les ressources de son esprit et de son activité pour faciliter le salut des députés réfugiés en ce pays. Grâce à ses relations de famille, il put se mettre en communication avec les chefs royalistes de l'Ouest, MM. de Wimpfen et de Puisaye. Ceux-ci ne pouvaient complétement oublier que les proscrits de la veille avaient été en quelque sorte leurs proscripteurs, et qu'ils avaient de leurs mains déchaîné la tempête dont maintenant ils ne pouvaient plus être maîtres.

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