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REVUE

DE

L'ACADÉMIE DE TOULOUSE

ET DES AUTRES ACADÉMIES DE L'EMPIRE.

GÉOLOGIE.

Esquisse géognostique des Pyrénées de la Hnutc

Garonne (Suite) (1).

Terrains crétacé et éplcrétacé.

Notions générales.

Tout le monde connaît sous le nom de craie cette roche blanche traçante dont on fait le blanc d'Espagne. Elle constitue des régions considérables en Angleterre, dans le nord de la France et particulièrement dans le bassin de Paris, et, pendant longtemps, on l'a inscrite seule et sans intermédiaire, dans les tableauxgéognostiques, au-dessus des calcaires du Jura. Les géologues anglais sont les premiers qui aient remarqué, au-dessous de la craie, une suite de couches caractérisées particulièrement par des grés de couleur verte et qui se rapprochaient beaucoup de la craie par leurs fossiles (greensand, ou grès vert); plus récemment enfin, on a été conduit à rattacher encore au même terrain un autre étage plus inférieur qu'on a appelé néocomien, parce qu'il a été signalé

(1) Voir les articles précédents publiés dans la Revue , t. I, p. 517 ; t. IV, p. 81» et t. V, p. 13.

pour la première fois près de la ville de Neuchdtel (Neocomium), en Suisse.

De la réunion de ces trois étages, qui offrent entre eux une grande analogie paléoniologique, il résulte un excellent type géognostique qu'on nomme terrain crétacé et qui est très-distinct du terrain jurassique, auquel il succède immédiatement dans la série générale des terrains.

Dans la Haute-Garonne, et l'on pourrait dire généralement dans toutes les Pyrénées proprement dites, le terrain néocomien paraît manquer. On n'y trouve rien non plus qui corresponde à la partie moyenne du greensand (gault) ni au grès vert inférieur; mais le grès vert supérieur et la craie proprement dite y sont représentés par les étages inférieur et supérieur de notre tableau général. Ces étages se trouvent réunis sur la carte géologique de France et sont indiqués par la couleur verte destinée au terrain crétacé inférieur. L'épicrétacé, que l'on voit dans le même tableau succéder immédiatement au groupe précédent, se confond avec la craie sur la môme carte; mais il constitue cependant un ordre de choses distinct, ainsi que je l'ai démontré dans un mémoire sur le terrain à nummulites (épicrétacé) des Corbières et de la Montagne-Noire (1). Il accompagne partout le terrain crétacé dans les Pyrénées, partage tous ses relèvements et perturbations, et s'y trouve lié d'une manière étroite. D'un autre côté, il renferme une assise à Nummulites, fossile qui ne se montre jamais dans le terrain inférieur; enfin, il offre, avec beaucoup de coquilles qui lui appartiennent en propre, un certain nombre d'espèces du calcaire grossier parisien. Il semble donc former un passage entre la craie et le terrain tertiaire. Ce type est trèsimportant dans la géologie des contrées qui se coordonnent à la Méditerranée, et il est indispensable suivant nous, malgré ses analogies avec le terrain éocéne du bassin de Paris, qui n'a relativement qu'une importance très-restreinte, de lui conserver son individualité. C'est immédiatement après son dépôt qu'a eu lieu la grande catastrophe qui a donné à notre chaîne son relief actuel.

Terrain crétacé inférieur.

L'étage inférieur du terrain crétacé ne joue qu'un rôle accessoire dans la géologie de la Haute-Garonne et semble se ranger plutôt du côté du terrain jurassique que du côté du terrain crétacé supérieur. Il forme, sur

(1) Mémoitcs de la Société géolorjique de France, 2- série, t. I".

la rive droite de la Garonne entre la Neste et le Ger, en face de SaintGaudens, une partie des petites montagnes arrondies qui bordent les Pyrénées de ce côté et qui constituent le côté S. du fossé que nous avons déjà signalé entre les montagnes et la plaine. Il consiste en brèches polygéniqucs sombres à petits et à gros éléments souvent très-volumineux, associées à des schistes terreux ou arénacés de couleur sombre, et renferme, surtout vers la partie supérieure, des bancs et assises subordonnés de calcaire gris-clair ou gris-noirâtre quo caractérisent particulièrement de nombreux linéaments courbes, de couleur noire, qui ne sont autre chose que des fragments de test ayant appartenu à des ostracées ou à des rudistes du genre réquiénie. On y trouve aussi des orbitolites concaves. C'est le calcaire à dicérates de M. Dufrénoy. Ce calcaire paraît ôtre très-irrégulier et inégal dans son développement; il n'offre qu'une assise assez restreinte et subordonnée au S. do SaintGaudens, et ce n'est qu'à la limite occidentale du département, dans l'angle formé par la Garonne et la Neste, qu'il se développe pour former le petit massif à trois cimes coniques que l'on désigne habituellement par le nom du village de Gourdan, qui est situé à sa base.

Les brèches et les schistes sombres peuvent s'observer surtout derrière Miramont. La route d'Aspet, qui serpente sur le flanc des basses montagnes au pied desquelles est bâti es village, est constamment entaillée dans cette formation et offre des tranches vives où il est facile de l'étudier. A Miramont même, elle renferme une faible assise de calcaire compacte gris qui est exploité au bout du pont. On y trouve des orbitolites concaves très-bien conservées et de nombreuses traces de polypiers, d'oursins, de peignes et de quelques autres coquilles. Ces couches sont régulièrement stratifiées et offrent une direction et une inclinaison louià-fait normales. Ce terrain se fait remarquer aussi aux environs do Pointis, et la petite montagne de Montespan en est composée.

La présence des réquiénies semblerait indiquer, au premier abord, un rapprochement entre ce calcaire et celui que l'on désigne en Provence par celui de calcaire à chama (Requicnia), et qui forme dans cette contrée l'assise supérieure du terrain néocomien; mais les orbitolites concaves qu'on y trouve dans la Haute-Garonne, le Spherulites foliacea ou ogariciformis que nous y avons signalé dans les Pyrénées de l'arrondissement de Bayonne, la superposition d'ailleurs de ce calcaire aux couches aptiennes de la Clape, près Narbonne, signalée par M. d'Archiac, nous déterminent à regarder notre calcaire à réquiénies comme un reprdsentant du grès vert du Mans, auquel d'ailleurs le genre rôquiénie; n'est pas étranger.

Terrain crétacé supérieur cl terrain éjtiorélacé.

L'étage supérieur du terrain crétacé et l'épicrétacé son compagnon presque inséparable, auxquels les généralités suivantes vont exclusivement s'appliquer, se développent à l'extérieur des Pyrénées dont ils font cependant partie. Ce sont eux, et eux seuls , qui constituent au N. de Saint-Martory une bande parallèle à la direction générale de la chaîne, dont les couches, après avoir été momentanément relevées, s'enfoncent au N. définitivement, comme des racines, sous le sol tertiaire du bassin sous-pyrénéen.

Cette bande, dont la largeur moyenne dépasse 12 kilomètres, a pour limite, au S. et au N., deux lignes parallèles dont l'une passe par Salies, Lestelle, Castillon, Lieoux: l'autre se trouve jalonnée par les villages du Plan , de Marignac-las-Peyres et de Montoulieu.

La vallée de la Garonne la coupe transversalement et la divise en deux régions. La région de droite ou orientale consiste principalement dans le petit groupe des montagnes d'Ausseing et accessoirement dans le gîte de Salies et de Montsaunès. La région occidentale, moins protubérante que la première, s'étend à 10. du fleuve jusqu'à la Louge, vers Aurignac et Saint-Marcet.

Dans ces relèvements avancés des terrains pyrénéens, non-seulement les couches se trouvent inclinées et redressées jusqu'à la verticale, mais encore elles sont assez souvent renversées et se trouvent fracturées et déplacées par des failles, perturbations qui rendent l'étude de cette contrée très-difficile et qui expliquent pourquoi la détermination des terrains qui la composent s'est fait attendre pendant si longtemps.

Nous allons signaler maintenant les caractères géognostiques les plus saillants de ces deux régions.

Région orientale : massif d'Ausseing.

Cette région consiste principalement dans le petit groupe des montagnes d'Ausseing, où les terrains que nous devons étudier offrent des caractères stratigraphiques et des perturbations très-remarquables.

Ce massif est limité au N. par le ruisseau du Volp, au S. par la rivière du Salât, et à YO. par la Garonne. Du côté oriental, il se prolonge dans l'Ariége. Bien qu'il n'offre pas ai très-grandes altituJes, puisque la plus

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