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plus considérables : la première , au livre xm (ou xvii), dans la description des armes de Télémaque, est la dispute entre Neptune et Pallas pour la fondation de la ville d'Athènes , que l'auteur a substituée à l'histoire d'OEdipe, qu'on y lisoit auparavant. La seconde, de quatorze pages d'écriture, au livre xvii (ou xxiii), contient la réponse de Mentor à diverses questions d'Idoménée sur la religion et sur la politique, avec la description d'une partie de chasse où ce prince engage ses hôtes pour retarder leur départ. La dernière enfin, de quatre pages seulement, au milieu du dernier livre, est le récit fabuleux qu'un vieillard phéacien fait à Télémaque au sujet d'Ulysse, à qui Télémaque avoit parlé sans le connoître, et qui ne vouloit pas se découvrir. Ces deux derniers fragmens ont été séparés de la copie, avant qu'elle fût acquise par la Bibliothèque du Roi, et ils sont restés avec les autres manuscrits qui ont servi à notre édition des OEuvres de Fénelon.

Celte première copie, aussi bien que le manuscrit original, a été faite sans aucune division : mais l'auteur, dans la suite, partagea l'ouvrage en dix-huit livres, et écrivit de sa main, sur celte copie, les titres de chacun d'cux. On voit qu'il n'a pas marqué cette division sans y réfléchir; car il a effacé, en plusieurs endroits, le titre d'un livre, pour le reporter ailleurs. Cette copie a six cent trois pages, sans y comprendre les trois additions mentionnées cidessus. Elle est sur papier un peu plus grand que celui de l'original. La fin a souffert de l'humidité, et il y a deux lignes au haut d'une page qu'on ne peut plus lire, à cause de la pourriture; mais les éditions n'offrent aucune difl'crence sur ce qu'elles contiennent.

C'est pendant que Fénelon faisoit tirer cette copie, et avant qu'il l'eût entièrement revue, qu'on en fit une autre à la dérobéc pour la publier. Les éditions qui out paru depuis 1699 jusqu'en 1715, contiennent un petit nombre de corrections ajoutées sur cette première copie, et qu'on ne trouve pas dans l'original. Nous remarquerons même, en rendant compte des premières éditions , qu'il en est une où on lit plusieurs passages tirés de cette copie, qui ne sont pas dans les autres éditions de la même époque : ce qui fait présumer qu'il y a eu plusieurs copies faites sur celle-ci, à différens intervalles.

Quand l'auteur eut entièrement revu cette copie, il voulut avoir l'ouvrage mis au net; et il fit exécuter alors une seconde copie à pages pleines. Elle est de deux mains différentes, parce que la division en livres donnoit la facilité d'en copier plusieurs à la fois. Les livres 1, 11, vil, vil, ix, XIII, XIV et xy sont d'une même main ; et les jil, IV, V, VI, X, X, XII, Xvi, xvii et XVIII sont d'une autre main. Les deux écritures sont trèslisibles, sans être belles; et celle du premier copiste a quelque ressemblance avec l'écriture de Fénelon. Quoique ces deux copistes fussent plus habiles que celui qui a fait la première copie, en ce que du moins ils comprenoient ce qu'ils écrivoient, ils ont cependant tantôt omis des mots, et même des lignes entières; tantôt renversé l'ordre des périodes, et quelquefois substitué des termes à peu près équivalens (1); on peut en conjecturer qu'ils ont travaillé à la hâte. Ce manuscrit est sur

papier grand in-40, d’un format un peu plus grand que · les deux autres, et contient 577 pages.

L'original et la première copie n'ont point de titre; on a seulement laissé de la place pour l'écrire : mais on lit à la tête de la seconde copie, et de la même écriture que les deux premiers livres : LES AVANTURES DE TELEMAQUE. Cette copie a été revue par l'auteur, qui, outre plus de trente corrections de sa main, soit à la plume, soit au crayon, y a fait une addition de huit pages au livre x (ou xii). C'est le dernier de tous les morceaux qu'il a ajoutés au Télémaque. Son but est de défendre

(1) On verra la preuve de ceci dans les Variantes que nous avons mises au bas des pages.

Idoménée, et en sa personne les rois, « qu'on condamne » si souvent avec autant d'injustice que d'amertume. Il » excuse, avec autant de modération que d’équité, les » erreurs et les foiblesses qui sont le partage de l'hu» manité, et dont les rois ne peuvent pas être plus exempts » que les autres hommes (1). » Quand le manuscrit autographe fut donné à la Bibliothèque du Roi, la famille de Fénelon y joignit ce morceau, qui se trouve aujourd'hui relié dans l'original, comme nous l'avons déjà dit.

Le travail que nous avons fait sur le Télémaque nous démontre qu'il n'a jamais existé d'autres manuscrits revus par l'auteur, que les trois dont nous venons de parler. Les catalogues, dressés, il y a quarante ans et plus, de tous les manuscrits rassemblés pour l'édition des OEuvres complètes , chez Fr. Amb. Didot, et l'avertissement de l'édition du Télémaque, donnée en 1981 par ce même imprimeur, ne font mention que de l'original et des deux copies revues par l'auteur (a). Enfin la comparaison de la dernière copie avec l'édition du Télémaque de 1717, démontre qu'on l'a suivie en tout point, puisque l'on retrouve dans l'imprimé tant la plupart des fautes du copiste, que les changemens faits à dessein dans

(1) Hist. de Fén. liv. iv, n. 5 : tom. 111, pag. 63.

(2) Dans la note 4 à la suite de son Éloge de Fénelon, compose en 1771, l'abbé (depuis cardinal) Maury dit avoir vu sept manuscrits du Télémaque copies ou corrigés par Fenelon lui-mémo. Sa mémoire l'aura sans doute mal servi, comme lorsqu'il avance que l'on trouva dans le porte-feuille de Massillon, après sa mort, douze editions de ses sermons qu'il retouchoit sans cesse. (Voy. sou Disc. sur l'eloq. de la chaire , n. 44 : Paris, 1977.) Quand, vers 1780, on dressa des catalogues des manuscrits de Fénelon, on possédoit la plus grande partie de ceux qui avoient servi à imprimer ses ouvrages posthumes; ils existent encore aujourd'hui pour la plupart, et on a même des copies anciennes d'un grand nombre d'entre eux. Est-il possible que, dans l'espace de sept à huit ans, quatre manuscrits du Télémaque avec notes de l'auteur, aient tellement disparu, que personne n'en ait jamais entendu parler.

la copie, comme nous le dirons en rendant compte de notre travail. On peut bien croire qu'il y a eu d'autres copies furtives, peut-être en assez grand nombre, puisque l'ouvrage circuloit en manuscrit dès le mois d'octobre 1698 (1), comme le rapporte l'abbé Ledieu, secrétaire de Bossuet; mais ces copies n'ont aucune autorité. Il en existe encore une de ce genre à la Bibliothèque du Roi, en deux volumes petit in-4°; elle finit au xxie livre, dont il manque cependant les dernières lignes.

Après avoir rendu compte de l'état des manuscrits du Télémaque, venons maintenant aux éditions qui en ont été faites.

II. Des ÉDITIONS FURTIVES. Notre dessein n'est pas de décrire toutes les éditions qui parurent seulement dans la dernière moitié de l'année 1699. On en porte le nombre à plus de vingt (2); mais la plupart sont copiées les unes sur les autres. Nous ne ferons donc mention que de celles qui paroissent avoir été faites sur des manuscrits différens, ou qui méritent quelque attention particulière.

La première édition fut publiée au commencement de mai 1699 (3). L'impression en fut arrêtée lorsqu'on en étoit à la page 208; mais le reste ne tarda point à paroître. Cette édition forme cinq parties, ou volumes assez minces, que nous allons décrire.

La partie qui parut d'abord porte sur le faux titre : (1) Hist. de Fén. liv. iv, n. 2: tom. II, pag. 12.

(1) Telle étoit l'avidité avec laquelle on recherchoit ce livre, que Gueudeville, dans sa Critique generale, ( pag. 62) témoigne sa surprise « que Jans Paris, la source des lumières, le pays de l'intelli» gence, le centre du bon goût, on soit tellement affamé de Télé» maque, qu'on y jette les louis d'or à la tête des libraires, pour » enlever ce roman, »

(3) Bossuet en parle à son neveu, qui étoit pour lors à Rome, dans une lettre datée du 18 mai de celle année. Voyez ses OEuvr. tom. xlii, pag. 500.

LES AVANTURES DE TELEMAQUE FILS D'Ulysse. On lit sur
le frontispice : SUITE DU QUATRIEME LIVRE DE L'Odyssée
D'HOMERE, OU LES AVANTURES DE TELEMAQUE FILS D’ULYSSE.
A Paris, chez la veuve de Claude Barbin, au Palais , sur
le second perron de la Sainte-Chappelle. M. DC. XCIX.
Avec privilege du Roy. Le feuillet suivant contient l'avis
du libraire, ainsi conçu :

« LE LIBRAIRE AU LECTEUR.
» Comme cet ouvrage a été imprimé sur une copie

» peu correcle et très-mal écrite, quelques soins qu'aient

» pu prendre les correcteurs, il est échappé beaucoup

v de fautes à leur vigilance. Ce ne sont néanmoins que

v des fautes de clerc; le Lecteur aura agréable de les

v excuser, et de suppléer à celles qui ne sont pas mar-

» quées dans l'Errata qui suit. »

Cet Errata n'est que de dix lignes. Après, vient l'Ex-
trail du privilege du Roi , daté du 6 avril 1699. En tête
de la première page, et aux titres courans des pages ,
jusqu'à 120, on a mis Suite de lOdicée d'Homere. Après
la page 120, on a corrigé tantôt Odissée et tantôt Odyssée.
La page 208 finit par ces mots du livre v: Il marche
chancelant vers la ville en demandant son fils. L'ou-
vrage est imprimé en caractère dit cicéro; chaque page
contient vingt-trois lignes; le papier est blanc et fort.

On fit aussitôl une contrefaçon de ces 208 pages. Quoi-

qu'elle soit conforme en apparence à la première édition, il

est facile de la reconnoître à ces marques. Au frontispice,

on a corrigé Chapelle, au lieu de Chappelle ; pag. 17,

élevés, au lieu d'élevez; Telemaque, au lieu de Teme-

laque; et les titres courans portent d'un boul à l'autre

Odicée. Le papier de cette contrefaçon est moins fort

que celui de l'édition originale.

Le tome il est intitulé : SECONDE PARTIE DES AVANTURES

DE TELEMAQUE FILS D'ULYSSE. M. DC. XCIX. Ce titre est
répété en tête de la première page , qui commence ainsi :

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