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a joué un rôle actif dans les luttes entre le gouvernement badois et l'épiscopat; il mourut à Carlsbad, en 1861. Une partie de ses ouvrages appartient à la théologie; mais il a marqué une trace passagère dans la littérature par son Histoire de Gustave-Adolphe, roi de Suède *. Schiller avait dit de Gustave-Adolphe : « Une piété « vive, sincère, rehaussait la bravoure qui animait son grand « cœur. Également éloigné de l'incrédulité grossière, qui laisse « sans frein les passions fougueuses du barbare, et de la bigoterie « rampante d'un Ferdinand, qui s'abaissait devant Dieu comme « un ver de terre et qui foulait l'humanité sous ses pieds orgueil« leux, Gustave, même dans l'ivresse du bonheur, était toujours « homme et chrétien, mais toujours aussi, dans sa piété, héros « et roi *. » Gfrœrer fait du roi de Suède un politique habile, qui se sert de la religion comme d'un masque; il l'admire au même titre que Wallenstein et Machiavel. Un de ses derniers ouvrages est une Histoire du pape Grégoire VII *, qui devait faire pendant à l'histoire d'Innocent III de Hurter, mais qui n'est qu'un étalage prolixe de documents mal combinés. Le plus ardent champion de l'ultramontanisme et de la contrerévolution, le plus éloquent même, si on lui passe ses intempérances de langage et ses trivialités d'expression, c'est le professeur Henri Leo, mort à Halle en 1878. On peut à peine l'appeler un historien, quoiqu'il ait écrit beaucoup de livres d'histoire; il a même composé une histoire universelle, où naturellement le moyen âge tient la plus grande place. Il s'était livré d'abord à un libéralisme effréné, et avait été un des plus chauds partisans de Hegel, qu'il vilipenda plus tard. Il a dépensé beaucoup de talent pour faire oublier ce qu'il appelait ses péchés de jeunesse; mais son plus grand péché, et qu'il n'a jamais racheté, c'est son péché contre l'histoire. Il la tourne et la retourne à plaisir, la ploie et la martyrise au gré de sa passion, et ses argumentations cavalières rappellent parfois, à part la supériorité du style, les violentes apostrophes d'Abraham a Santa Clara *.

l. Geschichte Gustav Adolfs, Königs von Schweden und seiner Zeit, 2 vol., Stuttgart, 1835-1837.

2. Histoire de la guerre de Trente Ans, livre II.

3. Papst Gregor VII. und sein Zeitalter, 7 vol., Schaffhouse, 1859-1861.

4. Le meilleur ouvrage de Leo est son Histoire des Etats de l'Italie, résultat d'un voyage qu'il fit en 1823 : Geschichte der italienischen Staaten, 5 vol., Hambourg, 1829-1830. — Sur son caractère, voir son ouvrage posthume : Aus meiner Jugendzeit, Gotha, l880. — Léo était né à Rudolstadt en l799.

CHAPITRE IV

LES ÉTUDES ANTI QUEs APRÈs NIEBUHR

Influence de Wolf sur les études antiques; sa définition de la philologie. — 1. Otfried Müller; ses études sur la Grèce; le génie dorien. — 2. Curtius; l'Histoire grecque; la civilisation attique. — 3. Droysen; l'Histoire de l'Hellénisme; la théorie des grands empires. 4. Mommsen; l'Histoire romaine; le césarisme. — 5. Duncker; l'Histoire de l'Antiquité.

Les études sur l'antiquité classique s'appuyèrent, d'un côté, sur la méthode historique, telle qu'elle fut définie et appliquée par Niebuhr et par Ranke, et, de l'autre, sur la science philologique, renouvelée et agrandie par l'école de Wolf.

Lorsqu'on cite aujourd'hui le nom de Wolf, c'est surtout pour rappeler l'émotion que causa dans le monde savant la publication de ses Prolégomènes, et qui aboutit à une conception nouvelle de l'épopée grecque et, par contre-coup, de l'épopée germanique. Toucher à la vieille tradition sur Homère, qui avait traversé les siècles sans provoquer un doute, semblait, en effet, une entreprise téméraire et presque irrespectueuse vis-à-vis de l'antiquité. Mais Wolf réunissait précisément dans son caractère deux traits, en apparence opposés : une grande indépendance dans la recherche, et un vif sentiment de la beauté classique. On peut même dire que c'est la vivacité de ce sentiment qui a été la première cause de ses hardiesses critiques; il voulait avoir des raisons nouvelles et meilleures d'admirer. L'ancienne philologie, telle qu'elle était pratiquée par les érudits duxvIIe siècle, lui semblait une étude aride, souvent stérile, parce qu'elle s'enfermait dans des limites trop étroites. « Il y a, » dit-il dans un de ces nombreux opuscules qu'il écrivait pour les revues, « y il « a une science qu'on a appelée tour à tour philologie, érudition « classique, littérature ancienne, humanités ou belles-lettres; on « devrait dire la science de l'antiquité... Et si l'on me demande, » continue-t-il, « ce que cette science embrasse, je dirai que c'est tout l'ensemble des connaissances qui nous mettent en rapport avec les actions et les destinées des Grecs et des Romains, avec leur vie politique, scientifique, domestique, avec leur « langue, leurs mœurs, leur religion, leur caractère national, « leur civilisation tout entière ; un ensemble de connaissances qui « nous met à même de comprendre à fond et de goûter sans « réserve ceux de leurs ouvrages qui sont venus jusqu'à nous, et « d'établir une comparaison entre la vie d'autrefois et notre vie « actuelle !. » L'explication des textes n'est, dans ce programme, que la moindre tâche de la philologie classique; c'est le commencement, la clef. Ce qui importe le plus, c'est de retrouver, sous l'œuvre interprétée, le génie de l'écrivain, et, à l'aide des écrivains, rapprochés, confrontés, éclairés l'un par l'autre, de reconstituer le génie de la nation. Enfin, si les Grecs et les Romains ont été les pleuples civilisateurs par excellence, il faudra reconnaître, dans leurs monuments littéraires et artistiques, ce qui constitue la dignité morale de l'humanité. Dégager l'idéal humain de l'idéal antique, tel sera le dernier résultat de la philologie, qui deviendra ainsi une science historique d'une portée d'autant plus haute et plus sûre qu'elle se fonde sur les témoignages directs que les anciens nous ont laissés d'euxmêmes. Ce furent là les idées que Wolf fit prévaloir par ses écrits, par son enseignement, par son influence personnelle : Gœthe ne disait-il pas qu'une journée passée avec lui équivalait à une année d'études*.

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1, OTFRIED MÜLLER.

Otfried Müller a été un philologue dans le sens de Wolf, à la fois linguiste, archéologue, historien et géographe. Il a été, de plus, professeur et même éditeur. Nul ne fut jamais moins spécialiste que lui, ou, pour mieux dire, il a été spécialiste en beaucoup de choses, car il n'a rien touché sans l'approfondir. Né à Brieg, en Silésie, en 1797, il fit ses études à Breslau et ensuite à Berlin, où il eut Bœckh et Niebuhr pour maîtres. Il se fit remarquer dès lors par une rare capacité de travail, qui le mit bientôt en possession d'un savoir considérable. A vingt-deux ans, il fut appelé à la chaire d'archéologie de l'université de Gœttingue. Il écrivit alors, tout en enseignant, ses Histoires des tribus et des villes helléniques, ses Prolégomènes d'une mythologie scientifique, son Manuel d'archéologie de l'art, sans parler d'un grand nombre d'articles épars dans les revues et qui ont été recueillis après sa mort !. Il avait l'intention de résumer toutes ses études sur l'antiquité dans un ouvrage qui serait le couronnement de sa vie, une histoire complète du peuple grec, considéré dans tout l'ensemble de son développement matériel et moral, dans sa religion, dans son art, dans ses institutions et ses mœurs. Il rêvait depuis longtemps un voyage qui devait lui faire voir la terre classique autrement que par les yeux de l'imagination, et il y était tout préparé. « Je sais si bien mon Athènes, » disait-il, « que « je n'aurai pas besoin de guide. » Il partit enfin en 1839, accompagné d'un dessinateur que lui adjoignit le gouvernement hanovrien, passa trois mois à Rome, et parcourut ensuite à loisir et en tous sens l'Attique, la Béotie et le Péloponnèse. Ce qu'il dit de ses impressions en Grèce rappelle les lettres que Gœthe envoyait d'Italie à Weimar. « Les monuments d'Athènes, » écrit-il un jour à son frère, « et l'ensemble que forment ici l'art et la nature, tout « est si grand et remue tellement toutes les profondeurs de l'âme « qu'on ne peut, ni par la pensée ni par le sentiment, s'en faire « une idée complète. Jusqu'à présent, je n'ai été qu'yeux et « oreilles, et je n'ai de lèvres que pour dire : Athènes est indes« criptible, incomparable. » Hélas! il ne devait pas jouir longtemps de son bonheur. Il relevait, tête nue, les inscriptions du temple de Delphes, quand, selon l'expression d'un contemporain, il fut frappé par un trait perfide du dieu Apollon; il mourut à Athènes, le 1er août 1840, et il fut enterré à Colone.

1. Voir la dissertation qui ouvre le premier volume du Museum der Alterthumswissenschaft, publié par Wolf et Buttmann (Berlin, 1807) : Darstellung der Alterthumswissenschaft nach Begriff, Umfang, Zweck und Werth.

2. Gœthe, Annales, année 1802; voir aussi l'année 1805.

l. Geschichten hellenischer Stämme und Städte; tome I°r, Orchomenos und die Minyer, Breslau, 1820; tomes II, III, Die Dorier, Breslau, 1823-1824. — Prolegomena zu einer wissenschaftlichen Mythologie, Gœttingue, 1825. Handbuch der 4rchäologie der Kunst, Breslau, 1830. — Kleine deutsche Schriften, publiés par Édouard Muller, avec des souvenirs biographiques, 3 vol., Breslau, 1847-1848.

Otfried Müller réunit à un degré rare les qualités du savant et celles de l'artiste, la sagacité et l'imagination, le coup d'œil prompt et sûr et le sentiment exquis des nuances. Dans ses monographies, comme les Minyens, les Doriens, c'est un érudit, recueillant tous les renseignements de détail et les reliant par des vues générales. Mais il sait aussi, comme dans son ouvrage posthume sur la littérature grecque, ne donner que les résultats de ses recherches et dissimuler la science sous le naturel du style. Dans le champ spécial de ses études, c'est l'époque primitive qui l'attire le plus, l'époque où, dans la conscience nationale encore indécise, s'élèvent les premières notions de la religion et de l'État. De là sa préférence pour les Doriens, la plus conservatrice des tribus grecques, la plus attachée aux vieilles traditions et la plus stable dans son gouvernement, représentée, dans l'origine, par les peuplades guerrières descendues des montagnes de la Thessalie, et, dans les temps historiques, par l'aristocratique Lncédémone. Dans les Prolégomènes d'une mythologie scientifiq e, il aborde directement le problème de la formation des mythes reli-ieux. Il écarte les explications qui ont fait de ces mythes la création arbitraire des poètes ou des philosophes. Ce ne sont, dit-il, ni des symboles ni de pures métaphores, mais des formes sous lesquelles se traduisaient spontanément les premières intuitions d'un peuple, et le seul moyen de les comprendre, c'est de remonter par l'imagination au temps où ils ont pris naissance, « ce temps qui ne voyait et ne pouvait voir en « toutes choses que des êtres personnels et divins 1 ». Dans l'Archéologie de l'art, Otfried Müller s'appuie sur Winckelmann, mais il étudie surtout l'art dans les objets qu'il représente et qui marquent ses périodes successives, dans les dieux, les héros, les hommes et les créatures inférieures, qui lui servent de modèles. Le dernier ouvrage d'Otfried Müller, l'Histoire de la littérature grecque, fut écrit sur la demande de la Société britannique pour la diffusion des connaissances utiles *, et c'est ce qui en explique le

l. Les idées d'Otfried Müller ont été appliquées à la mythologie grecque et à la mythologie romaine par Louis Preller, professeur à l'université d'Iéna, et plus tard bibliothécaire à Weimar, où il mourut en l86l : Griechische Mythologie, 2 vol., Berlin, 1854-1855; Römische Mythologie, Berlin, 1858. Celle-ci a été traduite en français par L. Dietz : Les Dieux de l'ancienne Rome, 2° éd., Paris, 1866.

2. L'ouvrage fut d'abord traduit en anglais par Cornewall Lewis (History of the Literature of Ancient Greece, l" vol., Londres, l840), ensuite continué par Donaldson, d'après les cadres laissés par Otfried Müller (3 vol., Londres, 1856). Le ma

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