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traduit, il baisse le ton du modèle. C'est ainsi que de la comédie d'Andrieux, le Vieux Fat ou les Deux Vieillards, il a fait les Deux Klingsberg 4. Les seules pièces où il ait essayé de s'élever au grand style versifié, la tragédie d'Octavie et le drame de Gustave Wasu (1801), méritent à peine d'être cités.

L'un des personnages de la Petite Ville allemande, le vice-marguillier Staar, exploite un cabinet de lecture; un autre, un prétendant de Sabine, est un mauvais poète : ce fut, pour Kotzebue, une occasion de semer dans sa pièce des épigrammes littéraires, dirigées spécialement contre les frères Schlegel. Gæthe usa de son droit de directeur pour les retrancher à la représentation. Kotzebue lui en garda rancune, et il organisa, pour se venger, une manifestation en l'honneur de Schiller, dont le but était moins de fêter Schiller que de diminuer le prestige de Gæthe. Il fallut l'intervention du duc de Weimar pour déjouer ses intrigues. Kotzebue, après un second voyage à Paris, s'établit à Berlin, où il fonda une revue, le Franc Parleur, revue « sérieuse et plai« sante », disait le titre, et qui contenait par occasion de brusques sorties contre Gæthe ou les Schlegel 2. Dans les années suivantes, on le trouve tour à tour en France, en Livonie et même en Italie. A Paris, il essaya vainement d'attirer sur lui l'attention de Napoléon. Lorsque la Prusse fut occupée par les armées françaises, il regagna la Russie, et, après la paix de Tilsitt, il fut chargé d'une mission secrète à Londres, dont le but paraît avoir été la reddition de la flotte russe à l’Angleterre. Il commença, en 1808, une publication trimestrielle, l'Abeille, mélange de récits et d'anecdotes, de tirades morales et politiques, et il la continua dans le Grillon, qui parut à intervalles inégaux en 1810 et 1811 3. Ce fut lui surtout qui, pendant les campagnes de 1812 et 1813, rédigea les notes diplomatiques et les manifestes de l'empereur Alexandre. Après 1815, il reçut la mission secrète de renseigner le gouvernement russe sur l'état des esprits dans l'Europe occidentale et spécialement sur les entreprises du parti libéral. Il

1. Die beiden Klingsberg, Lustspiel in rier Akten, Leipzig, 1801.

2. Der Freimüthige, oder Berlinische Zeitung für gebildete und unbefangene Leser, Berlin, 1803. Der Freimüthige, oder Ernst und Scherz, ein Unterhaltungsblatt, herausgegeben von Kotzebue und Merkel, Berlin, 1804-1807. -- Kotzebue prouvait dans un article « que Gæthe no savait pas l'allemand ». - Les doux collaborateurs ne s'entendirent pas longtemps, et Kotzebue garda seul la rédaction.

3. Die Biene, eine Quartalschrift, Konigsberg, 1808-1809. – Die Grille, in swang. losen Heften, Konigsberg, 1810-1811.

mit au service de la réaction politique une nouvelle feuille, la Gazette littéraire hebdomadaire, qu'il créa en 1818"; il y poursuivait de ses sarcasmes les associations d'étudiants, qui propageaient l'esprit révolutionnaire. Il avait d'abord demeuré à Weimar; mais le voisinage des universités d'Iéna et de Halle lui ayant paru dangereux, il s'établit à Manheim. Le 23 mars 1819, un étudiant nommé Sand se présenta chez lui, et le frappa d'un coup de poignard. Kotzebue était si impopulaire, que toutes les sympathies du public furent pour le meurtrier. Au reste, le crime de Sand, comme tous les crimes politiques, alla contre son but, et ne fit que donner une arme de plus à la réaction.

Kotzebue est le plus fécond des écrivains allemands; il a tant écrit, qu'il n'a jamais pu faire lui-même une édition complète de ses œuvres. Il a composé ou plutôt improvisé plus de deux cents pièces de théâtre. Il ne s'est jamais donné la peine de mûrir un plan, d'approfondir un caractère, et il n'avait qu'une superbe indifférence pour le style. Une seule qualité lui a valu tous ses triomphes, une qualité qui n'aurait pas paru suffisante à un auditoire français, mais qui manque souvent aux plus grands écrivains allemands, l'entente de la scène. Tout effet lui était bon, et, ce qui est caractéristique pour le public de son temps, les effets les plus vulgaires lui réussissaient le mieux. Il plaisait à la ville, il plaisait à la cour. Nulle différence, sous ce rapport, entre le goût de la bourgeoisie et celui de la noblesse. On acceptait Gæthe et Schiller, mais on redemandait Kotzebue 2.

La tradition de Kotzebue se continua dans un écrivain aussi fécond que lui et, s'il se peut, encore plus superficiel : c'est Ernest Raupach, né aux environs de Liegnitz, en Silésie, en 1784, mort à Berlin en 1852. Raupach enseigna, de 1816 à 1822, la philosophie et la littérature à Pétersbourg; il revint en Allemagne, quand ses opinions, alors libérales, déplurent au gouvernement russe. Plus tard, il se montra soumis à tous les pouvoirs, de même que, dans ses pièces, il se plia docilement à toutes les préférences du public. Raupach ne cherche, lui aussi, que l'effet scénique, et ses effets sont ordinairement du genre le plus banal. Le recueil de ses @uvres est très considérable, et ne contient pas tout ce qu'il a écrit 1. Il a traité, par exemple, toute l'histoire des Hohenstaufen dans une série de seize drames, où il se vantait d'avoir été un chroniqueur fidèle; et il parait que dix de ces drames purent être joués à la suite, dans dix soirées, devant le même public.

1. Litterarisches Wochenblatt, Weimar, 1818-1819.

2. Éditions. --- Les éditions les plus complètes des cuvres de Kotzebue sont : Sämmtliche dramatische Werke, 44 vol., Leipzig, 1827-1829; et Theater, 40 vol., Leipzig, 1840-1841. — Choix, 10 vol., Leipzig, 1867-1868. - Ausgewählte prosaische Schriften, 45 vol., Vienne, 1842-1813. -- A consulter : (Fr. Cramer), Leben August von Kotzebue's, Leipzig, 1820; — W. von Kotzebue, Auyust von Kotzebue, Urtheile der Zeitgenossen und der Gegenwart, Dresde, 1881 (essai de réhabilitation, qui contient des renseignements nouveaux); - Rabany, kot sebue, sa vie et son temps, Paris, 1893. -- Traductions : Une traduction de Misanthropie et Repentir et de la Petite Ville allemande se trouve dans : Théâtre choisi de Lessing et de Kotzebue, par De Barante et F. Frank, 2e éd., Paris, 1874.

1. Édition. Dramatische Werke komischer Gattung, 4 vol., Hambourg, 1829-1835; Dramatische Werke ernster Gattung, 16 vol., 1835-1843.

CHAPITRE VII

HISTORIENS ET VOYAGEURS

Les éléments constitutifs de l'historiographie; leur suite logique ; leur

ordre de succession dans la littérature. – 1. Schlazer; agrandissement du cadre de l'histoire générale. — 2. Jean de Müller; son style; son caractère; son érudition. - 3. Les successeurs de Schlazer à l'université de Gættingue ; Eichhorn, Spittler, Heeren. La Guerre de Sept Ans d’Archenholz. - 4. Les deux Forster et leurs voyages; le rôle politique de George Forster. Seume et sa Promenade à Syracuse.

L'histoire, telle que nous la comprenons aujourd'hui, est une @uvre multiple, à la fois scientifique et littéraire. Elle comprend d'abord une étude critique des sources; elle compare les documents dont elle dispose, et elle les classe d'après le degré de confiance qu'ils méritent. Elle recueille ensuite les faits que, sur la foi des témoignages, elle a reconnus comme vrais; elle établit leur succession, leur enchaînement. Enfin, comme derrière les faits il y a des hommes, c'est-à-dire des agents libres, elle s'applique à faire revivre le passé par la peinture des mæurs et des caractères. C'est ici que l'imagination entre en jeu : faculté dangereuse, qui dénature l'œuvre de l'historien lorsqu'elle lui fait voir le passé à travers le présent, mais qui la complète et la vivifie lorsqu'elle lui représente les hommes d'autrefois dans le cadre naturel de leur civilisation". Examen critique des documents, classement systématique des faits, exposition littéraire, tel est l'ordre logique dans lequel se succèdent les différentes parties du travail historique. Chose étrange, c'est plutôt dans l'ordre inverse qu'elles se sont produites dans la littérature. L'Allemagne avait eu, vers la fin du moyen âge et au temps de la Renaissance, des chroniqueurs qui, sans avoir de grands scrupules d'exactitude, savaient plaire par le charme naif de leurs récits. Elle a connu, au xviiie siècle, la forme littéraire et la forme philosophique de l'histoire. Mais elle attendra jusqu'au siècle suivant la science historique proprement dite, appuyée sur toutes les sciences auxiliaires qui lui servent de garantie, et ne dédaignant pas néanmoins les qualités du style.

1. Jean de Müller dit, dans un de ses opusculos : « Mein Hauptwerk ist, allen . Zoiten, die ich zu schildern habe, möglichst gegenwärtig zu sein, sie zu • schauen. »

SCHLOEZER.

Lessing disait, en 1760, dans les Lettres sur la littérature, que l'Allemagne n'avait pas encore eu un véritable historien, et il en indiquait la cause : « Nos beaux esprits sont rarement des < savants, et nos savants sont rarement des beaux esprits. Ceux« là ne veulent en aucune façon lire, consulter, s'orienter; bref, « ils ne veulent en aucune façon travailler. Ceux-ci ne veulent « faire que cela. Ce qui manque à ceux-là, ce sont les maté« riaux; ce qui manque à ceux-ci, c'est l'art de mettre les maté. « riaux en æuvre. En attendant, et à un point de vue général, « il est bon que ceux-là ne se mettent point à la besogne, et que « ceux-ci ne se laissent pas déranger dans leurs louables « efforts. Ainsi du moins ceux-là ne gâteront rien, tandis que ( ceux-ci auront fait d'utiles provisions, auront amené les « moëllons et préparé le mortier pour les Tite-Lives et les « Tacites à venir. » Parmi ces utiles auxiliaires dont parle Lessing, qui apportent modestement leur pierre à l'édifice, Auguste-Louis Schlazer mérite une mention spéciale. Il fut plus qu'un man@uvre, il a quelques-unes des qualités de l'architecte. Il enseigna l'histoire, pendant près de quarante ans (1767-1805), à l'université de Gættingue, et il forma de nombreux disciples, dont le plus illustre fut Jean de Müller. Dans sa jeunesse, il avait été précepteur à Stockholm et à Pétersbourg. Son premier ouvrage fut un Essai sur l'histoire du commerce (1758), en suédois. Il rapporta de Russie une Histoire générale du Nord. Il était ainsi tout préparé pour son Plan d'histoire universelle, qui était nouveau à bien des égards 1. Schlazer, l'un des premiers,

1. Allgemeine nordische Geschichte, 2 vol., Halle, 1772. – Vorstellung der Uni

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