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de gloire de l'auteur de Faust d'avoir été en même temps le précurseur de Geoffroy Saint-Hilaire 1.

1. A consulter. – Helmholtz, Veber Gæthes naturwissenschaftliche Arbeiten, dans Populäre wissenschaftliche Vorträge, I, Brunswick, 1865; Ueber Gothes Vorahnung wissenschaftlicher Ideen (Deutsche Rundschau, 1894). – Virchow, Gæthe als Naturforscher, Berlin, 1861. -- Kalischer, Gothes Verhältniss zur Naturwissenschaft (extrait de l'éd. de Hempel), Berlin, 1878. — Steiner, Grundlinien einer Erkenntnistheorie der Gotheschen Weltanschauung, Berlin et Stuttgart, 1886. – Faivre, Euvres scientifiques de Gæthe, analysées et appréciées (contient une traduction complète du traité de la Métamorphose des plantes), Paris, 1862.

CHAPITRE V

SCHILLER

Nature subjective de Schiller, par comparaison avec Goethe. — 1. Schiller

dans la période Sturm-und-Drang. Stuttgart, Manheim, Bauerbach. Les Brigands, la Conjuration de Fiesque, l'Intrigue et l'Amour; caractère commun des trois pièces. Schiller à Leipzig et à Dresde; Don Carlos. - 2. Études historiques; la Révolte des Pays-Bas; la Guerre de Trente Ans. Études philosophiques; le traité De la Grâce et de la Dignité; les Lettres sur l'éducation esthélique; la Poésie naïce et la Poésie de sentiment. Union avec Gathe. Les Xénies. Le Chant de la Cloche. — 3. Chefs-d'ouvre dramatiques. Wallenstein, Marie Stuart, la Pucelle d'Orléans, la Fiancée de Messine; effort pour se rapprocher de la tragédie antique; l'idée du Destin. Guillaume Tell; retour au réalisme. Caractère philosophique du théâtre de Schiller. A-t-il créé un théâtre national?

L'histoire littéraire aime à associer les noms de Gæthe et de Schiller, non seulement parce qu'ils furent unis dans la vie, mais encore parce qu'ils se complètent par leurs qualités opposées. Gæthe se donnait pour un génie objectif, sachant observer et peindre, voir les choses en elles-mêmes et se multiplier dans le spectacle du monde. Schiller est une nature plus subjective, plus repliée sur elle-même, plus portée à l'expression des sentiments personnels, moins épique et plus lyrique. Il dit, dans une petite pièce de vers adressée à son ami : « Tous deux nous cherchons « le vrai : toi au dehors, dans la vie; moi au dedans, au fond du « caur; et ainsi chacun est sûr de le trouver. Si l'œil est sain, « il rencontre au dehors le Créateur; si le cour est sain, il « réfléchit intérieurement le monde 1. »

1.

« Wahrheit suchen wir beide, du aussen im Leben, ich innen

« In dem Herzen, und so findet sie jeder gewiss.
« Ist das Auge gesund, so begegnet es aussen dem Schöpfer;
« Ist es das Herz, dann gewiss spiegelt es innen die Welt. »

Tablettes votives (dans les Poésies), 1797.

Leur dernier idéal fut le même. Nul, plus que Schiller, ne disserta sur le beau et sur les règles de la poésie; et, ne trouvant pas à ce sujet de tradition bien établie en Allemagne, il finit par revenir, lui aussi, à la Grèce ; mais il tâtonna plus longtemps que Gœthe. Il voulut être, lui aussi, un classique, mais il ne fut jamais bien sûr d'y avoir réussi. Gœthe, qui avait le don naturel de la mesure et du goût, effaça sans peine la tache originelle de sa naissance septentrionale, et le séjour qu'il fit en Italie le rendit à sa vraie patrie. « Si vous étiez né Grec, ou seulement « Italien », dit Schiller dans une des premières lettres qu'il lui adressa, « si, dès le berceau, vous aviez vécu au milieu d'une « nature exquise, entouré des productions d'un art idéal, votre « route se serait trouvée infiniment abrégée; peut-être même « n'auriez-vous eu aucun chemin à faire. Vous auriez dès l'abord « vu et conçu les objets sous leur forme la plus parfaite, et vos

· « premières expériences auraient déjà développé en vous le grand

« style. Mais, étant né Allemand, et votre génie grec ayant été « jeté dans cette nature boréale, il ne vous restait d'autre alterna« tive que d'être un artiste du Nord, ou de rendre à votre imagina« tion, par un effort de la pensée, ce que la réalité lui avait refusé, « et d'enfanter ainsi, du fond de vous-même et par voie ration« nelle, une nouvelle Grèce. » Schiller n'avait rien de grec dans sa nature. Toujours débordé par son imagination, il n'atteignit que rarement ce parfait équilibre des facultés poétiques, cet accord intime entre l'invention et le style, dont Gœthe lui offrait le modèle !.

l. Éditions. — Le premier recueil des œuvres de Schiller a été fait, en 1812, par Christian Gottfried Kœrner (12 vol., Stuttgart et Tubingue, 1812-1815). Les meilleures éditions modernes sont celles de Gœdeke (Sämmtliche Werke mit Einleitungen, 12 vol., Stuttgart, 1865-1867 ; Historisch-kritische Ausgabe, 15 vol., Stuttgart, 18671876), de Boxberger et Maltzahn (16 vol., Berlin, chez Hempel, 1868-1874), de Bellermann (14 vol., Leipzig, Bibliographisches Institut) et de Boxberger et Birlinger (l2 vol., dans la collection : Deutsche National-Litteratur, de Kürschner).

Correspondance. — Schillers Briefe, Kritische Gesammtausgabe, par Fritz Jonas, 7 vol., Stuttgart, 1891-1896. — Schillers Briefwechsel mit Körner, 4 vol., Berlin, 1847 , nouv. éd. (comprenant la correspondance avec Huber), par L. Geiger, 4 vol., Stuttgart, 1897. - Briefwechsel zwischen Schiller und Wilhelm von Humboldt (avec une introduction de Humboldt, Ueber Schiller und den Gang seiner Geistesentwicklung), Stuttgart et Tubingue, 1830; 3° éd., par A. Leitzmann, Stuttgart, 1900.

A consulter - Caroline von Wolzogen, Schillers Leben, Stuttgart et Tubingue, 1830 : nouv. éd., 1884. - K. Hoffmeister, Schillers Leben. Geistesentwicklung und Werke, 5 vol., Stuttgart, 1838-1842. — H. Viehoff, Schillers Leben, auf Grundlage der Hoffmeisterschen Schriften neu bearbeitet, 3 vol., Stuttgart, 1875 ; nouv. éd, l888. - Palleske, Schillers Leben und Werke, 2 vol., Berlin, 1858; nouv. éd., l89l. - Düntzer, Schillers Leben, Leipzig, l88l. — Otto Brahm, Schiller, I, II-1,

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1. — sCHILLER DANs LA PÉRIODE « sTURM-UND-DRANG. »

Tandis que Gœthe avait grandi au milieu d'un concours de circonstances où tout favorisait son développement, il fallut à Schiller toute sa foi en lui-même pour triompher des obstacles qui entravèrent ses débuts. Il était né le 10 novembre 1759, à Marbach, sur le Neckar. Son père était chirurgien militaire, et devint plus tard directeur des parcs et jardins de la résidence ducale de Ludwigsbourg; c'était un caractère ferme et rigide, mais « reconnaissant les hautes qualités de son fils comme un « don du ciel ». La mère, fille du bourgmestre de Marbach, était une nature délicate et douce, ayant du goût pour la musique et la poésie; « elle avait la bonté du cœur, l'amour qui se sacrifie; « elle était toujours active pour les siens, et ne manquait jamais « d'intervenir par une parole conciliante, quand les déboires de la « vie menaçaient d'aigrir l'humeur de son mari*. » Le jeune Frédéric fut destiné à la théologie, qui semblait convenir à la tournure de son esprit. Mais, le duc Charles-Eugène ayant fondé à Stuttgart un établissement où il voulait former à la fois des officiers pour son armée et des fonctionnaires pour son administration, le désir des parents dut céder devant un ordre du souverain. Schiller entra, en 1773, à l'École de Charles (Karlsschule); il y étudia successivement, sans goût, le droit et la médecine. A ses heures perdues, il lisait les drames de Gœthe et de Klinger et quelques écrits de Voltaire et de Rousseau. Il se forma même, entre lui et quelques-uns de ses condisciples, une sorte d'association littéraire. « On rêvait déjà de se faire imprimer, » dit l'un d'eux, « et chacun devait produire quelque chose. Quand nos « ouvrages furent terminés, nous nous jugeâmes réciproquement, « et, comme on le pense bien, le plus favorablement possible. « Mais notre littérature ne valait pas le diable, et l'on y aurait « trouvé difficilement un trait digne d'être conservé, sans doute « parce que le tout devait produire beaucoup d'effet. En général, « Gœthe était notre dieu *. »

Berlin, 1888-1892. - Minor, Schiller, sein Leben und seine Werke, I, II, Berlin,
1890. — Harnack, Schiller (dans la collection : Geisteshelden), Berlin, 1898. —
R. Weltrich, Friedrich Schiller, I, Stuttgart, 1899. - Bellermann, Schiller, Leip-
zig, 1901.
1. Schillers Beziehungen zu Eltern, Geschwistern und der Familie von Wolzogen,
stuttgart, 1859. - A consulter : E. Müller, Schillers Mutter, Leipzig, 1894.
2. Scharffenstein, dans le Morgenblatt, année 1837.

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446 LA LITTÉRATURE CLASSIQUE.

Il ne s'agit encore que du premier Gœthe, celui de Gœtz de Berlichingen. Schiller sortit de l'école, en 1780, comme aide-chirurgien. Il y avait composé son drame des Brigands, dont les tirades enflammées passionnaient ses amis. La représentation de ce drame à Manheim, en 1782, à laquelle il assista sans permission, le brouilla tout à fait avec son protecteur, que ses ambitions littéraires avaient déjà fortement indisposé contre lui; et, craignant le sort du poète Schubart, il prit la fuite. Il erra pendant deux mois, à peu près sans ressources, de Manheim à Francfort, passa près d'une année dans le château de Mme de Wolzogen, à Bauerbach en Franconie !, et revint à Manheim, dans le chimérique espoir de trouver un emploi durable au théâtre. Dans l'intervalle, il termina la Conjuration de Fiesque et l'Intrigue et l'Amour, qui achèvent le cycle dramatique commencé par les Brigands.

Les trois pièces procèdent, en effet, d'un même esprit, et ne sont, sous une forme différente, qu'un même réquisitoire contre la société; ce sont trois documents de la période Sturm-und-Drang. Charles Moor est le type de ces bandits vertueux qui ont longtemps défrayé la scène et le roman, et qui savent unir des sentiments nobles à des procédés violents. Expulsé de la maison paternelle et dépouillé de son héritage par son frère, il se crée une existence libre au fond des bois, une sorte de république spartiate dont il est le roi. Il se charge de tenir la balance égale entre le riche et le pauvre, et il vient généreusement en aide aux imperfections de la loi humaine et aux lenteurs de la Providence divine. « La loi, » dit-il, « n'a pas encore formé un grand homme, « mais la liberté enfante des colosses. » Il est vrai qu'à la fin de sa carrière il est contraint d'avouer que deux hommes comme lui renverseraient tout l'édifice du monde moral. La hardiesse des allusions, jointe au mouvement du style, gagna les spectateurs, et le succès fut très grand. Nul ne fut choqué de l'invraisemblance des caractères et de l'exagération des sentiments. Schiller, le premier, se rendit compte des défauts de son œuvre, et il montra, par la manière dont il se jugea lui-même, combien il était déjà supérieur à son public. Au sortir de la représentation, il écrivit, dans un article anonyme : « Si vous voulez que je dise

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l. Mme de Wolzogen était la mère d'un condisciple de Schiller à l'École de Charles, qui s'était lié d'amitié avec lui.

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