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religier La mélancolie était contagieuse dans cette Allemagne du ité : senile siècle formée à l'école de Klopstock, et Hælty ne resta pas aires, uns imitateurs. Matthisson, Salis et Tiedge se rattachent plus ou sta catoins directement à lui. la par Matthisson, que Schiller a trop loué, est un peintre de paysage sit bora poésie. Il s'attache de préférence aux moments caractérises prques du jour et de l'année, au crépuscule du matin et du soir, e: ell-u déclin de l'automne; mais il oublie trop souvent que des vre, pinages juxtaposées ne forment pas encore un tableau. Certaines je á ve ses élégies ou de ses odes sont de fastidieuses énumérations, ductiue ne relève pas suffisamment la grâce musicale du style. de vicependant Matthisson a été considéré longtemps comme un Frédérand poète; il a été comblé de témoignages d'estime par ses cerlaontemporains. Après avoir voyagé en Allemagne, en Suisse et ll chasin Italie, soit comme précepteur d'un gentilhomme livonien, soit y'un homme lecteur de la princesse d'Anhalt-Dessau, il entra au in jouervice du roi Frédéric Jer de Wurtemberg, qui l'avait déjà anobli. sede I se retira, dans sa vieillesse, à Wærlitz, près de Dessau, où il s, panourut en 1831 1. ziched Jean-Gaudenz, seigneur de Salis-Seewis, n'a pas le style châtié

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de Matthisson, mais il est plus sobre dans ses descriptions, il sait se borner au trait essentiel. Né à Malans, dans le pays des Grisons, en 1762, il entra comme officier dans les gardes suisses de Louis XVI; il servit plus tard sous le général Montesquiou en Savoie, et sous Masséna dans la campagne de Zurich. Après le rétablissement de la paix, il se retira dans ses domaines, où il mourut en 1834. Salis semble avoir été assez indifférent au succès de ses poésies; ce fut Matthisson qui se chargea de les recueillir. Son langage a une certaine grâce austère, comme le paysage qu'il aime à évoquer devant son esprit. Salis nous a rendu Hœlty, écrivait Voss en 1789. Chez tous les deux, en effet, une pensée triste se mêle au spectacle de la nature : pour l'un, c'est la proximité de la mort; c'est, pour l'autre, le souvenir des lieux qu'il a quittés. « Adieu, vallées de ma patrie, Alpes sacrées !» s'écrie Salis dans une de ses élégies, datée de Paris. « Mon chant vous bénit « de loin et voudrait vous apporter la paix. Sois heureux et « reste libre, ô pays de l'innocence et de la fidélité! Que les « mânes de tes libérateurs planent sur toi ! ! » La mélancolie de Salis est plus touchante que celle de Matthisson, parce qu'elle procède du cœur et non de l'imagination; elle a aussi des dehors moins apprêtés. Tiedge se rapproche davantage de la manière large, ou plutôt diffuse, que Matthisson avait mise en vogue. Il eut une existence précaire, jusqu'au jour où il connut la baronne Élise Von der Recke, dont il publia les œuvres. Il demeura chez elle, à Berlin et ensuite à Dresde, et elle lui légua une partie de sa fortune. Tiedge a été, lui aussi, trop fêté par ses contemporains. « Il y a eu un temps, » dit Gœthe, « où l'on « ne chantait, où l'on ne déclamait que l'Uranie, Uranie était sur « toutes les tables *. » Uranie, poème lyrico-didactique en six chants, sur Dieu, l'immortalité et la liberté, qu'on ne lit plus aujourd'hui, a eu huit éditions, avant de reparaître dans les œuvres complètes de l'auteur. C'est une suite de dissertations métaphysiques, où se détachent çà et là quelques beaux vers. Avant de publier ce

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Gedichte ron J. G. Salis, gesammelt von seinem Freunde Matthusson, Zurich, 1793; l2° éd., 1869. — Choix (avec Gessner et Haller), par Ad. Frey (collection Kirschner). 2. Conversations d'Eckermann, 25 février 1824.

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poème, Tiedge s'était fait connaître par des poésies lyriques, où il prenait tantôt Gleim, tantôt Matthisson pour guides. Même l'influence de Klopstock se retrouve dans ses élégies et dans ses odes. La nature, la religion, l'amitié, ces trois mots qui résument pour Klopstock l'inspiration poétique, se rencontrent souvent aussi sous la plume de Tiedge. Mais comme les accents du maître, répétés d’école en école, se sont affaiblis dans la bouche des derniers disciples!!

4.:- SCHUBART.

L'école de Gættingue n'a pas de limites bien précises; c'est même un de ses côtés intéressants que la variété des talents qu'elle réunit dans son sein ou qu'elle groupe autour d'elle. On peut y rattacher encore, d'un peu loin, un poète qui se forma sur Klopstock, mais qui se fit une originalité par un certain genre d'éloquence populaire, passionnée et frondeuse : c'est Schubart. Né à Obersontheim, en Souabe, en 1739, d'abord maître d'école comme son père, puis organiste à Ludwigsburg, Schubart avait un égal talent pour la parole, pour la poésie et pour la musique; mais il n'était en tout qu'un brillant improvisateur; tout travail suivi lui répugnait. La liberté avec laquelle il exprimait ses opinions hétérodoxes lui aliéna le clergé; son humeur indépendante déplaisait aux grands; et il faut ajouter que, par son insouciance et sa dissipation, il donnait contre lui des armes à ses ennemis. Il perdit sa charge, et fut même banni des États de Wurtemberg. Il vécut successivement à Heilbronn, à Heidelberg, à Manheim, à Wurzbourg, partout accueilli, même traité avec distinction, puis abandonné ou persécuté. A Augsbourg, il fonda un journal, la Chronique allemande, qui fut aussitôt populaire, et ses concerts de lecture attirèrent un nombreux auditoire; ce fut la Messiade qui lui valut ses plus beaux succès. Mais le duc CharlesEugène de Wurtemberg, qui ne pouvait lui pardonner la fran

1. Christophe-Auguste Tiedge, né à Gardelegen, dans la Vieille-Marcho do Prusse, en 1752, mourut à Dresde, en 1811.

Éditions. -- Uranie parut d'abord en 1801. -- Première édition complète des cuvres, 8 vol., Halle, 1823-1829; 4. éd., 10 vol., Leipzig, 1811. -- Vie et æuvres posthumes, par Falkenstein, 4 vol., Leipzig, 1841. -- Choix dans : Lyriker und Epiker der klassischen Periode, par Mendheim (collection Kürschner). - A consulter : R. Kern, Beiträge zu einer Charakteristik des Dichters Tiedge, Berlin, 1896.

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chise de sa parole, et dont le gouvernement et la vie privée donnaient prise à la critique, l'attira dans un village près de la frontière, et le fit enfermer à Hohenasperg, où il resta dix ans. L'opinion publique se souleva contre cet acte tyrannique. La liberté fut rendue au pauvre poète, dont les forces étaient brisées et le courage abattu. Pour lui fermer la bouche, on lui confia la direction du théâtre de la cour; on l'autorisa même à reprendre son journal, dont le revenu était attribué en partie à la caisse du souverain. Schubart ne jouit que quatre ans de sa nouvelle faveur, et mourut le 10 novembre 1791. Le premier recueil de ses poésies est daté de sa prison !. Ce qui frappe le plus chez lui, c'est le mouvement oratoire. Lorsqu'il veut être simple, comme dans ses chansons, il n est que trivial et plat. Mais, dans l'ode, dans l'hymne, dans l'élégie, où il peut se donner carrière, il touche au sublime, quand il ne déborde pas dans l'emphase. On a dit de lui qu'il était né tribun. Aussi il n'appartient qu'à demi à cette paisible école de Gœttingue, éprise de vague patriotisme et d'idéal antique, et il tient déjà de l'âge suivant, plus hardi dans ses théories et plus exigeant dans ses revendications.

l. Christian Friedrich Daniel Schubarts Gedichte aus dem Kerker, Zurich, l785. Gesammelte Schriften, 8 vol., Stuttgart, 1839-1840. — Choix (avec le Peintre Müller) dans : Stürmer und Dränger, III, par A. Sauer (collection Kürschner). — A consulter : D. Fr. Strauss, Schubart's Leben in seinen Briefen (Gesammelte Schriften, VIII-DX, Bonn, 1878); — E. Naegcle, Aus Schubart's Leben und Wirken, Stuttgart, l888.

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DEUXIÈME SECTION

HERDER, GETHE ET SCHILLER

CHAPITRE PREMIER

. STURM-UND-DRANG.

Période révolutionnaire de la littéralure allemande. Les génies ori

ginaux; ardeur des convictions; incertitude des principes. 1. La poésie et le théâtre. Klinger; ses drames désordonnés; ses romans; ses Répexions et l'ensées. Lenz et Wagner. Le Peintre Müller; ses idylles; son Faust; sa Niobé. – 2. La philosophie, Influence de Rousseau. Hamann, Frédéric-Henri Jacobi. – 3. La pédagogie. Application des idées de l'Emile. Basedow. Pestalozzi. - 4. Point de vue nouveau. Goût de la poésie primitive; étude historique des littératures; esprit cosmopolite.

On a dit et répété que la littérature allemande a commencé par la critique, tandis que la plupart des littératures finissent par là, et la remarque est juste, si l'on date la littérature allemande des réformes de Lessing. Il ne faut pas oublier cependant que Klopstock avait précédé, et, si l'influence de Lessing a été plus durable, celle de Klopstock a été plus puissante sur les contemporains. C'est lui, en réalité, qui domine tout le premier âge classique, et qui a donné l'éveil au génie poétique de l'Allemagne.

Ce qui frappe surtout, lorsque l'on considère ces premières années fécondes du milieu du siècle, c'est l'effort qui s'y déploie. Ailleurs, la poésie naît, pour ainsi dire, d'elle-même, quand son heure est venue; elle marque un degré précis du développement d'une nation; elle est comme une fleur dont rien ne peut avancer ni retarder la saison, et qui ne s'ouvre que sous certaines

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