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2" L'exempticn de certaines peines afflictives et infamantes réservées pour le menu peuple.

5° Après avoir parcouru toute la carrière des charges municipales, ceux qui avaient échappé à toutes les chances de ruine dont elle était semée, étaient exempts de rentrer dans les fonctions municipales, jouissaient de certains honneurs, et recevaient assez souvent le titre de comtes.

4° Les décurions tombés dans la misère étaient nourris aux dépens des municipes.

Je n'ai pas besoin d'insister pour faire sentir combien cette condition était dure et pesante, et dans quel état elle dut réduire la classe aisée des villes, la bourgeoisie. Aussi tout indique que cette classe devenait de jour en jour moins nombreuse. Quand on cherche à se faire une idée du nombre des curiales, les documens manquent. On dressait pourtant chaque année ce qu'on appelait le tableau des membres de la curie, album curia ; mais ces tableaux sont perdus : d'après les inscriptions de Fabretti, M. de Savigny en a cité un; c'est l'album de Canusium, Canosa, petite ville d'Italie; il est de l'an 225, et porte le nombre des curiales de cette ville à 148. A en juger d'après leur étendue et leur importance comparative, les grandes villes de la Gaule, Arles, Narbonne, Toulouse, Lyon, Nîmes, devaient en avoir bien davantage : nul doute en effet que primitivement.il n'en fût ainsi ; mais le nombre des curiales alla toujours diminuant; et, à l'époque qui nous occupe, on n'en comptait guères en genéral plus d'une centaine dans les plus grandes cités. La troisième classe de la société gauloise était le peuple proprement dit, ou plebs. Elle comprenait d'une part les petits propriétaires trop peu riches pour entrer dans la curie, de l'autre, les marchands et les artisans libres. Je n'ai rien à dire des petits propriétaires; ils étaient probablement fort peu nombreux; mais au sujet des artisans libres, j'ai besoin d'entrer dans quelques explications. Vous savez tous, Messieurs, que, sous la république et dans les premiers temps de l'empire, l'industrie était une profession domestique, exercée par les esclaves, au profit de leur maître. Tout propriétaire d'esclaves faisait fabriquer chez lui tout ce dont il avait besoin; il avait des esclaves forgerons, serruriers,menuisiers, cordonniers,etc. Et non-seulement il les faisait travailler pour lui, mais il vendait les produits de leur industrie aux hommes libres, ses cliens ou autres, qui ne possédaient point d'esclaves. · • · , Par une de ces révolutions lentes et cachées qu'on trouve accomplies à une certaine époque, 2. HIST. MoD., 1828. 6

mais dont on ne suit pas le cours, et jusqu'à l'origine desquelles on ne remonte jamais, il arriva que l'industrie sortit de la domesticité, et qu'au lieu d'artisans esclaves, il se forma des artisans libres qui travaillèrent, non pour un maître, mais pour le public et à leur profit. Ce fut un immense changement dans l'état de la société, surtout dans son avenir. Quand et comment il s'opéra au sein du monde romain, je ne le sais pas, et personne, je crois, ne l'a découvert; mais à l'époque où nous sommes, au commencement du V° siècle, ce pas était fait : il y avait dans toutes les grandes villes de la Gaule une classe assez nombreuse d'artisans libres; déjà même ils étaient constitués en corporations, en corps de métiers représentés par quelques-uns de leurs membres. La plupart des corporations, dont on a coutume d'attribuer l'origine au moyen âge, remontent, dans le midi de la Gaule surtout et en Italie, au monde romain. Depuis le V"siècle, on en aperçoit la trace, directe ou indirecte, à toutes les époques; et elles formaient déjà à cette époque, dans beaucoup de villes, une des principales et des plus importantes parties du peuple Enfin, la quatrième classe était celle des esclaves; il y en avait de deux sortes. Nous sommes trop accoutumés à attacher au mot

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esclave une idée simple, à nous figurer sous ce mot une condition pleinement identique ; il n'en était rien. Il faut distinguer avec soin, à l'époque qui nous occupe, les esclaves domestiques et les esclaves ruraux. Quant aux premiers, leur condition était en effet à peu près la même partout; mais pour ceux qui cultivaient les terres, on les trouve désignés sous une foule de noms divers; coloni, inquilini, rustici, agricola, aratores, tributarii, originarii, adscriptitii, et ces I1OI11S indiquent presque tous des conditions différentes. Quelquefois ce sont des esclaves domestiques, envoyés dans un domaine pour travailler aux champs, au lieu de travailler dans l'intérieur des maisons de ville. D'autres sont de vrais serfs de la glèbe, qui ne pouvaient être vendus qu'avec le domaine; ailleurs on reconnaît des métayers, qui cultivent à mi-fruit; ailleurs de vrais fermiers, qui paient leur redevance en argent; d'autres paraissent des ouvriers libres, des valets de ferme employés pour un salaire. Et tantôt ces conditions très-diverses semblent confondues sous la dénomination générale de coloni; tantôt elles sont désignées par des noms différens. Ainsi, Messieurs, à en juger d'après les mots et les apparences, une noblesse politique , une haute bourgeoisie ou noblesse municipale, le peuple proprement dit, les esclaves domestiques ou ruraux, et toutes les variétés de leur situation; telle était la société gauloise; telles étaient les forces qui subsistaient encore dans la Gaule. après la retraite de l'empire romain. Mais que valaient réellement ces apparences ? Que pouvaient effectivement ces forces ? Quelle société vivante et puissante devaient former, par leur concours, les classes diverses que IlOUIS VG nons de reconnaître ? On est accoutumé à donner à toute classe privilégiée le nom d'Aristocratie. Je ne pense pas que ce nom convienne à ces familles sénatoriales dont je viens de vous parler. C'était une collection hiérarchique de fonctionnaires, nullement une aristocratie. Ni le privilége, ni la richesse, ni même la possession du pouvoir ne suffisent à faire une aristocratie. Permettez-moi d'appeler un moment votre attention sur le véritable sens de ce terme; je n'irai pas le chercher bien loin ; je consulterai l'histoire du mot dans la langue à laquelle il est emprunté. Dans les plus anciens écrivains grecs, le mot dpeiov, cipia roç désigne ordinairement le plus fort, la supériorité de la force personnelle, physique, matérielle. On le trouve ainsi employé dans Homère, Hésiode, et même dans quelques

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