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il était ardent et fier; le décret de Maurice lui déplaisait; il voulait marquer sa désapprobation, tenter même peut-être quelque résistance ; il termine ainsi sa lettre :

Moi qui dis ces choses à mes seigneurs, que suis-je sinon poussière et ver de terre ? Cependant comme je pense que cette constitution va contre Dieu, auteur de toutes choses, je ne puis le taire à mes seigneurs : et voilà que le Christ y répondra en vous disant, par moi le dernier de ses serviteurs et des vôtres : « Je t'ai fait de secrétaire comte » des gardes, de comte des gardes César, de César em» pereur, et non-seulement empereur, mais encore père » d'empereur; j'ai confié mes prêtres entre tes mains, et toi » tu retires tes soldats de mon service. » Réponds, je t'en prie, très-pieux seigneur, à ton serviteur; que répondrastu au jour du jugement à ton Dieu qui viendra et te dira ces choses?

Pour moi, soumis à ton ordre, j'ai envoyé cette loi dans les diverses contrées de la terre; et j'ai dit à mes sérénissimes seigneurs, dans cette feuille où je dépose mes réflexions, que cette loi allait contre celle du Dieu toutpuissant; j'ai donc accompli ce que je devais des deux côtés; j'ai rendu obéissance à César, et ne me suis point tû sur ce qui m'a paru contre Dieu .

A coup sûr, de la part d'un tel homme, dans une telle situation, avec un tel dessein, le ton

* Greg. M. Epist. liv. 5, ep. 65, à l'empereur Maurice.

de cette lettre est d'une douceur et d'une modestie singulière. Quelques siècles plus tard, Grégoire eût tenu, au souverain le plus voisin et le plus redoutable, un bien autre langage. Celui qu'il prend ici ne peut avoir d'autre cause que les habitudes de subordination et de dépendance de l'Église envers les empereurs d'Orient, au milieu de la continuelle extension de ses immunités.

L'Eglise d'Occident offre, après l'invasion et sous les rois barbares, un autre spectacle. Ses nouveaux maîtres ne se mêlent en aucune façon de ses dogmes; ils la laissent, en matière de foi, agir et se gouverner comme il lui plaît. Ils n'interviennent guères non plus dans sa discipline proprement dite, dans les relations des clercs entre eux. Mais dans tout ce qui tient aux rapports de la société religieuse avec la société civile , dans tout ce qui peut intéresser le pouvoir temporel, l'Eglise perd de l'indépendance et des priviléges; elle est moins libre et moins bien traitée que sous les empereurs romains.

i" Vous avez vu qu'avant la chute de l'empire, les évêques étaient élus par le clergé et par le peuple. L'empereur n'y intervenait que dans des cas rares, pour les villes les plus considérables. Il n'en est plus ainsi en Gaule après l'établissenient des monarchies barbares. Les églises étaient riches; les rois barbares s'en font un moyen de récompenser leurs serviteurs, de s'enrichir euxmêmes. En mille occasions ils nomment directementles évêques. L'Eglise proteste ; elle réclame l'élection; elle n'y réussit pas toujours; beaucoup d'évêqués sont maintenus sur les siéges où les rois seuls les ont placés. Cependant le fait ne se change point en droit, et continue de passer pour un abus. Les rois eux-mêmes en conviennent à plusieurs reprises. L'Eglise regagne peu à peu l'élection; mais elle cède aussi à sou tour; elle accorde qu'après l'élection la confirmation du roi est nécessaire. Ainsi l'évoque, qui jadis prenait possession de son siége dès qu'il avait été sacré par le métropolitain, n'y monte plus qu'après avoir obtenu l'adhésion royale. Tel est non-seulement le fait, mais la loi religieuse et civile:

« Qu'il ne soit permis à personne , ordonne , en 549> 'e concile d'Orléans, d'acquérir l'épiscopat a prix d'argent; mais, qu'avec le consentement du roi, celui qui aura été élu par le clergé et le peuple soit consacré évêque par le métropolitain et ses suffragans.

» A la mort d'un évêque , dit Clotaire II, en 615 , que celui qui doit être ordonne à sa place par le métropolitain et ses suffragans, soit élu par le clergé et le peuple. et... ordonné d'après l'ordre du prince. »

La lutte entre l'élection et la nomination l oyale se reproduit souvent; mais, dans tous les cas, Ja nécessité de la confirmation est reconnue.

2" Comme sous l'empire romain, les conciles ne peuvent être convoqués que de l'aveu du prince, et il menace les évêques quand ils essaient de s'y soustraire:

Nous avons appris par le bruit public..., écrit, au VIP siècle, le roi Sigebert à Didier, évêque de. Cahors,

que vous avez été convoqués par l'évêque Vulf'o

leud pour tenir un concile dans notre royaume, le 1" de septembre , avec les autres évêques de votre province Quoique nous désirions maintenir l'observation

des canons et des règles ecclésiastiques , comme nos pères les ont conservées, cependant, parce qu'on ne nous a pas donné connaissance de la convocation de cette assemblée, nous sommes convenus ensemble, avec nos grands, de ne pas souffrir que ce concile se tienne à notre insu dans nos Etats, et qu'aucuns évêques de notre royaume s'assemblent aux prochaines calendes de septembre. Dans la suite, si on nous avertit â temps du sujet d'un concile, soit qu'il ait lieu pour régler la discipline de l'Église, ou pour le bien de l'État, ou pour d'autres affaires, nous ne nous refuserons point à ce qu'il s«

réunisse, à condition cependant qu'on nous en donne

auparavant connaissance. C'est pourquoi nous vous écrivons cette lettre pour vous défendre de vous trouvera

celle assemblée avant que vous sachiez notre volonté.

Les monumens ou les actes même de treize conciles, rassemblés dans les VI5 et Vil5 siècles, expriment formellement qu'ils ont été convoqués par l'ordre, ou tenus avec le consentement du roi.' Et ce consentement est nécessaire, nonseulement pour la convocation, mais souvent pour la mise en vigueur des canons une fois rendus.

Je ne doute pas cependant qu'en ceci le fait ne fût très souvent contraire au droit reconnu, et qu'une foule de conciles, surtout les simples conciles provinciaux, ne se réunissent et ne réglassent leurs affaires sans aucune autorisation.

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