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siastique, et elle y éclate d'autant plus qu'elle est en contradiction avec tout ce qui se passe d'ailleurs. Nous avons étudié, dans nos dernières réunions, la législation civile du V° au VIII siècle; et la diversité, une diversité de plus en plus croissante, nous en a paru le trait fondamental. La tendance de la société religieuse est bien différente; elle aspire à l'unité dans les lois ; elle y atteint. Et ce n'est pas qu'elle puise exclusivement ses lois dans les monumens primitifs de la religion, dans les livres saints, toujours et partout les mêmes : à mesure qu'elle se développe, des besoins nouveaux se manifestent; il faut des lois nouvelles, un nouveau législateur : quel sera-t-il? L'Orient s'est séparé de l'Occident, l'Occident se morcèle chaque jour en États distincts et indépendans. Y aura-t-il, pour l'Église ainsi dispersée, plusieurs législateurs ? Les conciles de la Gaule, de l'Espagne, de l'Italie, leur donneront - ils des lois religieuses? Non, Messieurs, au-dessus de la diversité des églises nationales, des conciles nationaux, au-dessus de toutes les différences qui s'introduisent nécessairement dans la discipline, le culte, les usages, il y aura, pour l'Église toute entière, une législation générale, unique. Les décrets des conciles généraux seront partout obligatoires et acceptés.

Il y a eu, du IV au VIII° siècle, six conciles oecuméniques ou généraux; ils ont tous été tenus en Orient , par les évêques d'Orient, sous l'influence des empereurs d'Orient; à peine quelques évêques d'Occident y ont-ils paru'. Eh bien, malgré tant de causes de mésintelligence et de séparation, malgré la diversité des langues, des gouvernemens, des moeurs, bien plus, malgré la rivalité des patriarches de Rome, de Constantinople et d'Alexandrie, la législation des conciles généraux est partout adoptée; l'Occident s'y soumet comme l'Orient; à peine quelques-uns des décrets du cinquième concile sont-ils momentanément contestés. Tant l'idée de l'unité

* TABLEAU des conciles généraux du IV° au VIII° siècle.

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est déjà puissante dans l'Église, tant le lien spirituel domine toutes choses ! Quant au second principe de la société spirituelle, la liberté des esprits, il faut faire, entre l'Orient et l'Occident, quelque distinction; l'état des faits n'était pas le même dans les deux contrées. En exposant l'état de l'Église aux lV°etV° siècles, je vous ai fait connaître quelles étaient, en matière d'hérésie, les dispositions de la législation et des esprits. Le principe de la persécution n'était pas, vous vous le rappelez, clairement établi , ni constamment dominant ; cependant il prévalait de plus en plus; malgré les généreuses protestations de quelques évêques, malgré la diversité des cas, les lois de Théodose, la persécution des Ariens, des Donatistes, des Pélagiens, le supplice des Priscillianistes ne permettent pas d'en douter. A partir du VI siècle, et dans l'empire d'Orient, vrai successeur et continuateur de l'empire romain, les choses et les idées suivirent le même cours; le principe de la persécution se développa; l'histoire des Monophysites, des Monothélites, de plusieurs autres hérésies, et la législation de Justinien en font foi. En Occident, l'invasion et toutes ses conséquences suspendirent quelque temps ses progrès,

et d'abord presque tout mouvement intellectuel s'arrêta ; au milieu du bouleversement continuel des existences, quelle place restait pour la contemplation et l'étude ? les hérésies furent rares; la lutte continua entre les Ariens et les Orthodoxes; mais on vit s'élever peu de doctrines nouvelles, et celles qui essayèrent de se produire ne furent guère qu'un faible retentissement des hérésies d'Orient. La persécution manqua donc, pour ainsi dire, de matière et d'occasion. Les évêques d'ailleurs ne la provoquaient point; des affaires plus pressantes les retenaient; la situation de l'Église était périlleuse; il fallaits'occuper nonseulement de ses intérêts temporels, mais de sa sûreté, de son existence; on s'inquiétait beaucoup moins de quelques variétés d'opinion. Cinquante-quatre conciles ont été tenus en Gaule dans le VI° siècle ; deux seulement, celui d'Orange et celui de Valence, en 529, se sont occupés de dogmes ; ils ont condamné l'hérésie des semi-pélagiens, que leur avait léguée le V° siècle. Les rois barbares enfin, les nouveaux maîtres du sol prenaient peu d'intérêt et rarement parti dans de tels débats. Les empereurs d'Orient étaient théologiens aussi bien que les évêques ;

ils avaient été élevés, nourris dans la théologie; 12. HIST. MoD., 1829. - - 35

ils avaient, sur ses problèmes et ses querelles, des opinions personnelles et arrêtées; Justinien, Héraclius s'engageaient volontairement et pour leur propre compte à la poursuite de l'hérésie. A moins qu'un grand motif politique ne les y poussât, Gondebaud, Chilpéric, Gontran ne s'en troublaient point. Il nous est parvenu, des rois Bourguignons, Goths, Francs, un grand nombre d'actions et de paroles qui prouvent combien ils étaient peu disposés à mettre leur force au service de tels intérêts : « Nous ne pouvons com» mander la religion, disait Théodoric, roi des » Ostrogoths; personne ne peut être forcé à croire » malgré lui'... Puisquela divinité souffre diverses » religions, disait le roi Théodahat, nous n'osons » en prescrire une seule. Nous nous souvenons » d'avoir lu qu'il faut sacrifier à Dieu volontaire» ment, et non par la contrainte d'un maître. » Celui - là donc qui tente de faire autrement » s'oppose évidemment aux ordres divins. » * Sans doute Cassiodore prête ici aux deux rois goths la supériorité de sa raison; mais enfin ils . adoptaient son langage; et dans beaucoup d'autres cas, soit ignorance, soit bon sens, on voit

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