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Pelage à Diospolis , et, le 21 septembre 417, Zosime informa, par trois lettres, les évêques d'Afrique qu'il s'était scrupuleusement occupé de cette affaire, qu'il avait entendu Célestius lui-même, dans une réunion de prêtres, tenue dans l'église de Saint-Clément, que Pelage lui avait écrit, pour se justifier, qu'il était satisfait de leurs explications et les avait réintégrés dans la communion de l'Église.

A peine ces lettres étaient arrivées en Afrique qu'un rouveau concile se réunit à Carthage, (en mai 418 ); deux cent trois évêques' y étaient présens; il condamna en huit canons explicites les doctrines de Pelage, et s'adressa å l'empereur Honorius pour en obtenir, contre les hérétiques, des mesures qui missent l'Église à l'abri du péril.

De 418 à 421, paraissent en effet plusieurs édits et lettres des empereurs Honorius, Théodose llet Constance, qui bannissent de Rome, et de toutes les villes où ils tenteront de

propager leurs fatales erreurs, Pélage, Célestius et leurs partisans. Le pape Zo

Zosime de résista pas long-temps à l'autorité des conciles et des empereurs : il con

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voqua une nouvelle assemblée , pour y entendre de nouveau Célestius; mais Célestius avait quitté Rome, et Zosime écrivit, aux évêques d'Afrique, qu'il avait condamné les pelagiens.

La querelle continua quelque temps encore; dix-huit évêques d'Italie refusèrent de souscrire la condamnation de Pelage ; ils furent dépossédes de leurs siéges, et exilés en Orient. Le triplearrêt du concile, du pape et de l'empereuravait porté à cette cause un coup mortel. Depuis l'année 418, on ne découvre plus, dans l'histoire , aucune trace de Pelage. Le nom de Célestius se rencontre encore quelquefois , jusque vers 427; il disparaît alors. Ces deux hommes une fois hors de la scène, leur école décline rapidement. L'opinion de saint Augustin, adoptée par les conciles, par les papes, par l'autorité civile, devient la doctrine générale de l'Église. Mais la victoire devait lui coûter encore quelques combats : le pélagianisme mourant laissait un héritier; les sémi-pélagiens rengagèrent aussitôt la lutte qu'il ne pouvait plus soutenir.

Dans le midi de la Gaule, au sein des monastères de Lérins et de St.-Victor, alors le refuge des hardiesses de la pensée, il parut à quelques hommes, entre autres au moine Cassien, dont je vous ai déjà parlé, que le tort de Pelage

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avait été d'être trop exclusif, et de ne pas tenir assez de compte de tous les faits relatifs à la liberté humaine et à son rapport avec la puissance divine. L'insuffisance de la volonté de l'homme, par exemple, la nécessité d'un secours extérieur, les révolutions morales qui s'opèrent dans l'âme et ne sont pas son ouvrage, étaient des faits réels, importans , et qu'il ne fallait ni contester, ni seulement négliger. Cassien les admit pleinement, hautement, rendant ainsi, à la doctrine du libre arbitre, quelque chose de ce caractère religieux que Pélage et Célestius avaient tant affaibli. Mais, en même temps, il contesta, plus ou moins ouvertement, plusieurs des idées de saint Augustin, entre autres son explication de la réforme morale et de la sanctification progressive de l'homme. Saint Augustin les attribuait à l'action directe, immédiate, spéciale de Dieu sur l'ame, à la grâce proprement dite, grâce à laquelle l'homme n'avait, par lui-même, aucun titre, et qui provenait du don absolument gratuit, du libre choix de la Divinité. Cassien accorda plus d'efficacité aux mérites de l'homme même, et soutint que son amélioration morale était en partie l'oeuvre de sa propre volonté, qui attirait sur lui le secours divin, et produisait, par un

enchainement naturel bien que souvent inaperçu, les changemens intérieurs auxquels se faisait reconnaître le progrès de la sanctification.

Tel fut, entre les semi-pelagiens et leur redoutable adversaire, le principal sujet de la controverse : elle commenca vers 428, à la suite des lettres de Prosper d’Aquitaine et d’Hilaire , qui s'étaient bâtés d'informer saint Augustin que le pelagianisme renaissait sous une nouvelle forme. L'évêque d'Hippone écrivit sur-le-champ un nouveau traité intitulé : De prædestinatione sanctorum et de dono perseverantiæ; Prosper publia son poème contre les ingrats; et la guerre des pamphlets et des lettres reprit toute son activité.

Saint Augustin mourut en 430; saint Prosper et Hilaire restèrent seuls chargés de poursuivre son oeuvre. Ils allèrent à Rome et firent condamner les semi-pélagiens par le pape Célestin. Quelque modifiée que fût cette doctrine, elle était peu favorable dans l'Église; elle reproduisait une hérésie déjà vaincue ; elle affaiblissait, bien qu'à un moindre degré, le ressort religieux de la morale et du gouvernement; elle était en désaccord avec le cours général des idées qui tendait à faire, en toute occasion, à l'intervention divine, la plus large part; elle serait tombée presque sans résistance, si une doctrine directement contraire, celle des Prédestinatiens; n'était venue lui prêter quelques momensde force et de crédit.

Des écrits de saint Augustin sur l'impuissance de la volonté humaine, la nullité de ses mérites et la nature parfaitement libre et gratuite de la grâce divine, quelques logiciens intraitables déduisirent la prédestination de tous les hommes et l'irrévocabilité des décrets de Dieu sur le sort eternel de chacun. Les premières manifestations de cette doctrine au V° siècle sont obscures et douteuses; mais dès qu'elle parut, elle choqua le bon sens et l'équité morale de la plupart des chrétiens. Aussi les semi-pélagiens s'empresa sèrent-ils de la combattre et de présenter leurs idées comme le contrepoison naturel d'une telle erreur. Tel fut surtout le caractère que s'efforca d'imprimer au semi-pélagianisme, vers l'an 445, l'évêque de Riez, Fauste, que j'ai déjà nommé et dont je parlerai plus tard avec détail. Il se presenta comme une sorte de miédiateur entre les pelagiens et les prédestinatiens; il faut, disait-il, dans la question de la grâce de Dieu et de l'obéissance de l'homme, tenir la voie moyenue, et n'incliner ni à droite ni à gauche, selon lui, Pelage et saint Augustin avaient été l'un et l'autre trop exclusifs; l'un

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