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des temps de contentement et de bonne fortune pour les hommes. Quand l'état social devient difficile, rude, malheureux , quand les hommes souffrent beaucoup et long-temps , l'étude court grand risque d'être négligée et de décliner. Le goût de la vérité pure, le sentiment du beau séparé de tout autre besoin, sont des plantes délicates autant que nobles; il leur faut un ciel pur, un soleil brillant, une atmosphère douce ; elles courbent la tête et se flétrissent au milieu des orages. Le développement intellectuel, le travail des esprits pour atteindre à la vérité s'arrêteraient alors, s'ils ne se placaient à la suite et sous l'égide de quelqu'un des intérêts actuels, immédiats, puissans de l'humanité. C'est ce qui arriva à la chûte de l'empire romain : l'étude, les lettres, la pure activité intellectuelle n'auraient pu résister seules aux désastres, aux souffrances, au découragement universel; il fallait qu'elles se pussent rattacher aux sentimens et aux intérêts populaires; qu'elles cessassent de paraître un luxe, et devinssent un besoin. La religion chrétienne leur en fournit le moyen ; ce fut en s'alliant avec elle que la philosophie et les lettres se sauvèrent de la ruine qui les menaçait; leur activité eut alors des résultats directs, pratiques; elles se montrèrent appliquées à diriger les hommes dans leur conduite, vers leur salut. On peut le dire sans exagération : l'esprit humain proscrit, battu de la tourmente, se réfugia dans l'asile des églises et des monastères; il embrassa en suppliant les autels, pour vivre sous leur abri et à leur service jusqu'à ce que des temps meilleurs lui permissent de reparaître dans le monde et de respirer en plein air. Je ne pousserai pas plusloin, Messieurs, cette comparaison de l'état moral des deux sociétés au V* siècle; nous en savons assez, je pense, pour nous les représenter nettement l'une et l'autre. Il faut maintenant entrer plus avant dans l'examen de la société religieuse, seule vivante et féconde; il faut rechercher quelles questions l'occupaient, quelles solutions on lui en donnait, quelles controverses étaient puissantes et populaires, quelle devait être leur influence sur la vie et les actions des hommes. Ce sera l'objet de nos prochaines réunions.

CINQUIÈME LEçoN.

Des principales questions débattues en Gaule au V° siècle. — Du pélagianisme.—De la méthode à suivre dans son histoire.—Des faits moraux qui ont donné lieu à cette

, controverse : 1° De la liberté humaine ; 2° de l'impuissance de la liberté et de la nécessité d'un secours extérieur; 5° de l'influence des circonstances extérieures sur la liberté; 4° des changemens moraux qui surviennent dans l'âme humaine sans que l'homme les attribue à sa volonté. — Des questions qui naissent naturellement de ces faits. — Du point de vue spécial sous lequel on a dû les considérer dans l'église chrétienne au V° siècle. — Histoire du pélagianisme à Rome, en Afrique, en Orient et dans la Gaule.—Pélage.—Célestius.—St. Augustin. —Histoire du semi-pélagianisme. —Cassien.— Fauste. —St. Prosper d'Aquitaine.—Des prédestinatiens.—Influence et résultats généraux de cette controverse.

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Dans notre dernière réunion, j'ai essayé de vous peindre, mais uniquement sous ses traits

généraux, l'état moral comparatif de la société 5. HIST. MoD., 1829. 14

civile et de la société religieuse en Gaule, au V° siècle. Entrons plus avant dans l'examen de la société religieuse, la seule qui fournisse, à l'étude et à la réflexion, une ample matière. Les principales questions qui aient occupé au V° siècle la société chrétienne gauloise, sont : 1° le pélagianisme, ou hérésie de Pélage, combattu surtout par saint Augustin ; 2° la nature de l'âme, agitée dans le midi de la Gaule, entre l'évêque Fauste et le clerc Mamert Claudien; 5° quelques points de culte et de discipline, plutôt que de doctrine, comme le culte des martyrs, le mérite des jeûnes, des austérités, le célibat, etc.; c'était, vous l'avez vu, l'objet des écrits de Vigilance ; 4° enfin, la prolongation de la lutte du christianisme contre le paganisme et le judaïsme ; elle a encore inspiré les deux dialogues du moine Evagre, entre le juifSimon et le chrétien Théophile, le chrétien Zachée et le philosophe Apollonius. De ces questions, le pélagianisme est de beaucoup la plus importante : il a été la grande affaire intellectuelle de l'Eglise au V° siècle, comme l'arianisme l'avait été au IV°. C'est de son · histoire que nous nous occuperons spécialement aujourd'hui. • . ' Personne n'ignore qu'il s'agit, dans cette con

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