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près, ses tablettes à la main, et je lui dictai le quatrain que

voici;

« Un autre matin, soit en sortant d'un bain chaud, soit » lorsque la chasse échauffe le front, puisse le beau Phili» mathius trouver encore ce linge pour sécher son visage » tout mouillé , afin que l'eau passe de son front dans cette » toison comme dans le gosier d'un buveur ! »

A peinevotre Epiphanius avait-il écrit ces vers qu'on nous annonça que l'heure était venue, quel'évêque sortait de sa retraite; et nous nous levâmes aussitôt

Sidoine était alors évêque, et «ans doute plusieurs de ceux qui l'accompagnaient au tombeau de saint Justetà celui du consul Syagrius, qui participaient avec lui à la célébration de l'office divin et au jeu de paume, au chant des psaumes

et au goût des petits vers, étaient évêques comme lui.

Nous voilà, Messieurs, au terme de la première question que nous nous sommes posée : nous venons de considérer l'état social de la Gaule civile et religieuse, romaine et chrétienne; au V° siècle. Il nous reste à étudier l'état moral de la même époque, les idées, les croyances, les sentimens qui l'agitaient, en un mot la vie intérieure et intellectuelle des hommes. Ce sera l'objet de notre prochaine réunion.

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QUATRIÈME LEÇON.

Objet de la leçon. — Que faut-il entendre par l'état moral d'une société ? — Influence réciproque de l'état social sur l'état moral, et de l'état moral sur l'état social. — Au IVe siècle, la société civile gauloise possède seule des institutions favorables au développementintellectuel. — Des écoles gauloises.— De la situation légale des professeurs.— La société religieuse n'a d'autre moyen de développement et d'influence que ses idées. —Cependant l'une languit et l'autre prospère. — Décadence des écoles civiles. — Activité de la société chrétienne. —, Saint Jérôme, saint Augustin et saint Paulin de Noie. —Leur correspondance avec la Gaule. — Fondation et caractère des monastères dans la Gaule. —Causes de la différence de l'état moral des deux sociétés, — Tableau comparatif de la littérature civile et de la littérature chrétienne aux IVe et Ve siècles.—Inégalité de la liberté d'esprit dans les deux sociétés. — Nécessité que la Religion prêtât son appui aux études et aux lettres.

Messieurs,

Avant d'entrer dans l'examen de l'état moral de la société gauloise, à la fin du IVe et au com

4. H1ST. MOD , 1828, II

mencement du Ve siècle, permettez que je m'arrête un moment sur le but même de ce travail. Ces mots, état moral, ont, aux yeux de beaucoup de gens, une apparence un peu vague. Je voudrais les déterminer avec précision. On accuse aujourd'hui les sciences morales de manquer d'exactitude, de clarté, de certitude; on leur reproche de n'être pas des sciences. Elles peuvent, elles doivent être des sciences tout comme les sciences physiques , car elles s'exercent aussi sur des faits. Les faits moraux ne sont pas moins réels que les autres : l'homme ne les a point inventés, il les a aperçus et nommés; il les constate et en tient compte à toutes les minutes. de sa vie; il les étudie comme il étudie tout ce qui l'entoure, tout ce qui arrive à son intelligence par l'entremise de ses organes. Les sciences morales ont, s'il est permis de parlerainsi, la même matière que les autres sciences; elles ne sont donc nullement condamnées par leur nature à être moins précises ni moins certaines. 1l leur est plus difficile, j'en conviens, d'arriver à l'exactitude, à la clarté, à la précision. Les faits moraux sont, d'une part, plus étendus, plus vastes, et de l'autre, plus profondément cachés que les faits matériels; ils sont à la fois plus complexes dans leur développement et plus simples à leur origine. De là une plus grande difficulté de les observer, de les classer, de les réduire en science. C'est la véritable source des reproches dont les sciences morales ont été souvent l'objet. Remarquez, je vous prie, en passant, leur singulière destinée : ce sont évidemment les premières dont legenre humain se soit occupé; quand on remonte au berceau des sociétés , *on rencontre partout les faits moraux qui, sous le manteau de la religion ou dela poésie, attirent l'attention, agitent la pensée des hommes. Et cependant, pour réussir à les bien connaître , à les connaître scientifiquement, il faudra tout le savoir-faire, toute la pénétration, toute la prudence de la raison la plus exercée. Telle est donc la nature des sciences morales qu'elles sont à la fois, dans Tordre chronologique, les premières et les dernières; les premières dont le besoin tourmente l'esprit humain, les dernières qu'il parvienne à élever à ce degré de précision, de clarté et de certitude, qui est le caractère scientifique. ]Nenous étonnons donc pas et ne nous effrayons pas davantage des reproches qu'elles ont encourus; ils sont naturels et illégitimes : sachons bien que ni la certitude, ni la valeur des sciences morales n'en sont le moins du monde atteintes; et tirons-en cette utile leçon que, dans leur étude, dans l'observation et la

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