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envoyés plusieurs notables chevaliers et écuyers de son hôtel, pour faire déterrer et reconnoître ledit duc, lesquels, venus là, comme ordonné leur avoit été, le firent mettre dehors. Mais pour vrai c'étoit piteuse chose de le voir; et avoit encore son pourpoint et ses houseaux, et brièvement il n'étoit homme là étant qui se pût abstenir de pleurer. Finablement, en tel état, fut de nouvel remis en un cercueil de plomb, plein de sel et d'épices; et fut porté en Bourgogne, enterrer en une église de chartreux, dehors Dijon, que jadis avoit fait fonder le duc Philippe son père; et là fut mis emprès lui, par l'ordonnance du duc Philippe son fils. Durant ledit siége de Montereau, Charles, roi de France, et son conseil, envoyèrent le traité de la paix ci-dessus écrit à Paris, et par tous les bailliages et sénéchaussées, prévôtés, et autres lieux de son royaume étant en son obéissance, pour icelles prononcer et publier par tout où il étoit accoutumé de faire proclamation en tel cas.

Et, après la prise de Montereau, le roi d'Angleterre et sa puissance, avec lui le duc de Bourgo gne, se délogèrent dont ils étoient; et, par un pont qui nouvellement étoit fait sur Seine, allèrent loger entre deux rivières, c'est à savoir Seine et Yonne; et derechef firent de tous côtés approcher de la forteresse plusieurs gros engins pour icelle confondre et abattre. Et avec ce, le roi d'Angleterre envoya en bonne sûreté les dessusdits prisonniers, qui avoient été pris en la ville, parler CHRONIQUES DE MONSTRELET. T. IV.

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sur les fossés du châtel à leur capitaine, afin qu'ilà venus, celui le voulsît rendre au roi. Et eux, s'agenouillèrent, en priant piteusement à leur capitaine, qu'il fît la reddition dudit châtel, disant qu'en ce faisant, leur sauveroit la vie; et aussi qu'il pouvoit bien voir et savoir qu'il ne la pouvoit longuement tenir, attendu la grand' puissance qui étoit dedans devant lui. Auxquels fut répondu par ledit capitaine, qu'ils fissent du mieux qu'ils pourroient, et qu'il ne la rendroit pas. Et adonc, lesdits prisonniers, non ayaut espérance de leurs vies, requirent les aucuns de parler à leurs fenimes étant léans, les autres à leurs prochains et amis, lesquels on fit venir parler à eux ; el lors, en grands larmes et tristesses, prirent congé l'un à l'autre ; et après furent remenés à l'ost. Auquel lieu le roi d'Angleterre fit dresser un gibet, où les dessusdits prisonniers furent tous pendus, voyant ceux dudit châtel. Et avec eux fit le dessusdit roi pendre son valet de pied, qui chacun jour étoit près de son frein quand il chevauchoit, et moult l'aimoit, Mais la cause de sa mort fut pource que le valet, par soudain débat, avoit tué un chevalier d'Angleterre: si en fut ainsi puni.

Et après les choses dessusdites, ceux dudit châtel se tinrent environ huit jours, au bout desquels firent traité avec le roi d'Angleterre de lui rendre le châtel, par si qu'ils s'en iroient saufs leurs corps et leurs biens, sinon qu'il y en eût aucuns coupables de la mort du duc Jean de Bourgogne, lesquels

demeureroient en la volonté du roi. Et ainsi, comme dit est, se départirent sous bonne sûreté.

Pour laquelle reddition le seigneur de Guitri, leur capitaine, fut fort blâme, tant de son parti comme d'autres, pour tant qu'il avoit laissé, ainsi que dit est dessus, mourir ses gens pour si peu lui tenir après. Et avec ce, lui fut imposé qu'il étoit coupable de la mort du duc Jean de Bourgogne ; et sur ce offrit de combattre un gentilhomme de l'hòtel dudit duc de Bourgogne, nommé Guillaume de Bière; mais, en conclusion, ledit de Guitri s'excusa, et n'en fut plus avant procédé ; et, comme dit est, emmena ses gens devers le dauphin.

Et tantôt le roi anglois garnit la ville et forteresse de Montereau de vivres et d'habillements, et y mit grand' garnison de ses Anglois ; et puis fit préparer son ost, pour bref en suivant mettre le siége devant la ville de Melun. Et entre temps que ces choses se faisoient, le roi de France et la reine sa femme, et la reine d'Angleterre se tenoient à Braysur-Seine, atout (avec) leur état.

CHAPITRE CCXXXV.

Comment Ville-Neuve-le-Roi fut prise et échelée ; le siége du PontSaint-Esprit; la croiserie que fit faire notre saint père le pape, et autres matières.

EN ces jours fut prise et échelée secrètement Ville-Neuve-le-Roi, séant sur la rivière d'Yonne, par aucuns des gens dudit duc de Bourgogne ; dedans laquelle furent morts et pris plusieurs des Dauphinois qui la tenoient. Et adonc vint devers le roi Henri d'Angleterre le duc de Bedford, son frère, atout (avec) huit cents hommes d'armes, et deux mille archers. Si furent reçus dudit roi et de ses autres frères, en grand' liesse, et aussi du duc de Bourgogne. Pour la venue duquel la puissance dudit roi Henri d'Angleterre fut grandement enforcée. Durant lequel temps, Charles, duc de Touraine, dauphin de Viennois, passa à grand' puissance les parties de Languedoc, et alla mettre le siége devant la ville du Pont-Saint-Esprit sur le Rhône, dedans laquelle étoient les gens du prince d'Orange, tenant le parti du duc de Bourgogne. Et là fit dresser plusieurs engins et instruments de guerre, que lui avoient envoyés ceux de la cité d'Avignon et de Provence, pour icelle subjuguer ;

et tant continua ledit siége, que la ville lui fut rendue.

Et pareillement se mirent en son obéissance la plus grand' partie des villes et forteresses du pays de Languedoc, qui aucune espace avoient tenu le parti du duc de Bourgogne, par le moyen dudit prince d'Orange; dedans lesquelles icelui dauphin mit suffisantes garnisons et gouverneurs de par lui; et ce fait, retourna à Bourges en Berri, et assembla de toutes parts grand' puissance de gens d'armes, en intention de résister contre les efforcements du roi Henri d'Angleterre, et du duc de Bourgogne, lesquels il savoit être prêts, comme dessus est dit, pour conquerre et subjuguer les villes et pays qui se tenoient à lui.

Auquel temps fut par notre saint père le pape ordonné une croiserie sur les Pragois'; de laquelle furent conducteurs l'archevêque de Cologne, l'évêque de Liége, l'archevêque de Trèves, l'évêque de Mayence, le comte Louis du Rhin,et plusieurs autres grands seigneurs de la Haute Allemagne, et des marches à l'environ. Si entrèrent au pays desdits Pragois, qui fut par eux moult exilé (ravagé), et prirent un fort châtel nommé Nasone, et la forte ville de Caldes', avec aucunes autres. Toutefois aucuns

1. Il s'agit de la croisade contre les Hussites.

2. Je ne puis retrouver les véritables noms de ces deux villes.

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