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distinguer une enfance marquée, c'est-à-dire une augmentation de radotage.

La dernière année de sa vie il avoit peine à se soutenir: il paroissoit accablé par le poids des années; il ne pouvoit supporter l'air extérieur que par un temps chaud: on le promenoit au soleil, mais il se trouvoit fatigué dès qu'il avoit fait cent pas. Une petite indigestion, suivie d'un rhume avec un peu de fièvre, l'a fait tomber dans une espèce de léthargie, d'où il revenoit quelques momens, mais sans pouvoir parler. Il a cependant lutté contre la mort pendant trois jours , et ne s'est éteint que lorsque la nature , absolument épuisée, s'est arrêtée d'eHe-même.

Voici son épitaphe faite par M. le comte de Tressan , pour être placée dans une église.

Cygît NicolaîFerry, Lorrain, jeu de la nature; merveilleux par la petitesse de sa structure, chéri du nouvel Antonin , vieux dans t'âge de sa jeunesse. Cinq lustres furent uu siècle pour lui. Il est mort le 9 juin 1764. s

Le nain de madame Humiecska, nommé M. Borwilaski, gentilhomme polonais , est bien different de celui du roi Stanislas; et ce jeune gentilhomme peut être regardé, comme un être fort singulier dans la nature.

lia aujourd'hui ( 1760 ) vingt-deux ans, sa hauteur est de vingt-huit pouces; il est bien formé dans sa taille; sa tête est bien proportionnée; ses yeux sont assez beaux; sa physionomie est douce; ses genoux, ses jambes et ses pieds sont dans toutes les proportions naturelles : on assure qu'il est en pleine puberté.

Il ne boit que de l'eau, mange peu, dort bien, résiste à la fatigue, et jouit en un mot d'une bonne santé.

Il joint à des manières gracieuses des réparties spirituelles; sa mémoire est bonne; son jugement est sain; son cœur est sensible et capable d'attachement.

Le père et la mère de M. Borwilaski sont d'une taille au dessus de la médiocre ; ils ont six enfans; l'aîné n'a que trente-quatre pouces, et est bien fait; le second, nommé' Joseph, et qui est celui dont nous parlons ici, n'en a que vingt-huit ; trois frères cadets de celui-ci, et qui le suivent tous à un an les uns des autres, ont tous les trois environ

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cinq pieds six pouces, et.sont forts et bien faits. Le sixième des enfans est une fille âgée de près de six ans , que l'on dit être jolie de taille et de visage, et qui n'a que vingt à vingt-un pouces; elle marche aussi librement que les autres enfans de cet âge, et annonce autant d'esprit que le second de ses frères.

M. Joseph Borwilaski est néanmoins demeuré long-temps sans éducation; ce n'est que depuis deux ans que madame Humiecska en a pris soin. Présentement il sait lire, écrire, l'arithmétique, un peu d'allemand et do francais; enfin il est d'une grande adresse pour tous les ouvrages qu'il entreprend.

A l'âge de vingt ans, il devint amoureux d'une jeune demoiselle, aimable et belle, qu'il épousa : deux enfans ont été le fruit de cette union. Sa famille se trouvant ruinée, il se rendit à Londres en 1782, où il recut des présens de plusieurs personnes de distinction; et il fut enfin obligé, pour subsister, de se faire voir à prix d'argent. C'est ainsi qu'il s'est entretenu décemment pendant les six années qu'il a vécu en Angleterre. Toutes les personnes qui l'ont connu parlent avantageusement de son esprit, de son affabilité et de sa conversation engageante.

Les singularités assez remarquables sur la naissance des enfans de madame de Borwilaski sont qu'elle est toujours accouchée à terme de ses six enfans; mais, dans l'accouchement des trois nains, chacun d'eux, en venant au monde, avoit à peine une figure humaine : la tête entre les deux épaules, qui l'égaloient en hauteur, donnoit, dans la partie supérieure, une forme carrée à l'enfant; ses cuisses et ses jambes , croisées et rapprochées de l'os sacrum et du pubis , donnoient une forme ovale à la partie inférieure; le tout ensemble représentoit une masse informe presque aussi large que longue, qui n'avoit rien d'humain que les traits du visage. Ces trois enfans ne se sont deployés que par degrés; cependant aucun d'eux n'est resté difforme, et sont au contraire bie:i proportionnés; ils n'ont jamais porté de corps, et nul art n'a été employé pour rectifier la nature.

On conçoit que les Eskimaux, les Groëlandois, les Lapons et les Samoyèdes, qui vivent au-delà du soixantecinquième degré de latitude - nord, doivent rester au dessous de la stature médiccre, par l'impression constante d'un froid rigoureux; et on s'en rapporte sans peine au récit des voyageurs, qui assurent qu'on ne trouve guère parmi ces peuples que des hommes de quatre pieds de haut. On sait en effet que les végétaux y éprouvent la même dégénération; que les bouleaux, les saules et les aulnes, ne font que ramper sur un-sol gelé; qu'en un mot, on n'y voit pas un seul végétal de plus de six pieds de hauteur. Le renard y est aussi beaucoup plus petit que celui qui habite sous nos climats tempérés. Biais le phénomène de deux rtains, dont les trois autres frères étoient au dessus de la taille moyenne -de l'homme, paroît bien difficile à expliquer. Il est d'autant plus étonnant que ces individus , qui sont restés-, pour la stature , au dessous du type général de l'espèce humaine, n'aient point été distingués d'ailleurs par une organisation vicieuse et imparfaite , et que toutes leurs facultés , soit physiques, soit morales, aient "obtenu leur entier développement. Ces déviations légères de la marche de la nature seront toujours pour nous autant un mystère que le modèle général qu'elle paroit suivre dans tous se§ ouvrages.

Au mois d'octobre 1686, Louis XIV étant à Fontainebleau , on lui présenta un petit homme dans un plat d'argent , couvert d'une serviette : ce petit homme se leva et fit son compliment au roi, disant qu'il ètoit le plus petit de tous ses serviteurs, mais qu'il étoit aussi le plus humble et le plus obéissant; il avoit de la barbe et seize pouces de hauteur : il étoit alors âgé de trenttvsix ans. • Il s'est fait, en 1766, près d'Herdford, dans le comté de Galwai , un mariage assez singulier, entre le sieur Jean Ford et la demoiselle Bidd-Carr, personnages remarquables par la petitesse de leur structure. Le sieur Ford, âgé de vingt ans, avoit quarante-deux pouces de haut; et la demoiselle Carr, qui touchoit à sa vingt-troisième année, n'avoit pas plus de trente-neuf pouces.

Je trouve dans l'histoire d'Angleterre l'opposé de ces deux naim:. En 1781, un paysan du comté de Berks amena à Londres son fils, âgé de six ans, qui avoit près de cinq pieds d'Angleterre de haut, robuste, fort, et à peu près de la grosseur d'un homme fait.

Les nains sont recherchés en Turquie pour les amusemens du grand-seigneurj ils tâchent de le divertir par leurs singeries, et ce prince les honore souvent de quelques coups de pied. Lorsqu'il se trouve un nain qui est né sourd, et par conséquent muet, il est regardé comme le phénix du palais; on l'admire plus qu'on ne feroit le plus bel homme du monde, sur-tout si ce magot est eunuque : cependant ces trois défauts, qui devroient rendre un homme méprisable, forment, à ce que dit M. Tournefort , la plus parfaite de toutes les créatures, aux yeux et au jugement des Turcs.

(M. deJAUcoURt.)

NAISSANCE.

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Ace, extraction illustre et noble; c'est un heureux présent de la fortune, qu'on doit considérer et respecter dans les personnes qui en jouissent, non seulement par un principe de reconnoissance envers ceux qui ont rendu de grands services à l'état, mais aussi pour encourager leurs descendans à suivre leurs exemples. On doit prendre les intérêts des gens de naissance, parce qu'il est utile à la république qu'il y ait des hommes dignes de leurs ancêtres. Les droits de la naissance doivent encore être révérés , parce qu'elle est le soutien du trône. Si l'on abat les colonnes , que deviendra l'édifice qu'elles appuyoient? De plus, la naissance paroît être un rempart entre le peuple et le prince, et un rempart qui les défend contre les entreprises mutuelles de l'un sir l'autre; enfin la naissant* donne avec raison des privilèges distinctifs et un grand ascendant sur les membres d'un état qui sont d'une exfraction moins élevée. Aussi ceux qui jouissent de ce bonheur n'ont qu'à ne rien gâter par leur conduite, pour être sûrs d'obtenir légitimement de justes préférences sur les autres citoyens.

Biais ceux que la naissance démêle heureusemeut d'avec le peuple, et qu'elle expose davantage à la louange ou à la censure, ne sont-ils pas obligés en conséquence de soutenir dignement leur nom? Quand on se pare des armes de ses. pères, ne doit-os pas songer à hériter des vertus qu'ils peuvent avoir eues ? Autrement, ceux qui vantent leurs ancêtres sans imiter leurs belles actions disposent les autres hommes à faire des comparaisons qui tournent au désavantage de telles personnes , et qui déshonorent leur nom. Le peuple est si porté à respecter les gens de naissance, qu'il ne tient qu'à eux d'entretenir ce favorable préjugé. En voyant le jour, ils entrent en possession des honneurs : les grands emplois , les dignités, le maniement des affaires , le commandement des armées, tombent naturellement dans leurs mains. De quoi peuventils se plaindre que d'eux-mêmes, quand l'enyie et la malignité les attaquent? Sans doute qu'alors ils ne sont pas

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