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doux, coulant, plein de graces naturelles, ni trop simple ni trop orné. Il est le premier, selon Cicéron , qui ait introduit dans la langue grecque ce nombre et cette cadence qui en fait la première des langues.

Le naturel distinguoit Démostbène comme Isocrate. Ce prince des orateurs avoit une éloquence rapide , forte, sublime; m :is ce qu'on remarquoit le plus dans ses harangues , c'est que toutes ses pensées paroissoient naître du sujet, et toutes ses expressions convenir à ses pensées. Eschine, plus abondant, plus fleuri que son rival, savoit cependant réunir le naturel à l'élégance; Cicéron excella sur-tout dans l'arrangement des mots et dans l'art de flatter l'oreille par la suspension des phrases artistement cadencées. Personne n'eut à un si haut degré le talent de relever les choses les plus communes, et d'embellir celles qui paroissoient le moins susceptibles d'ornemens ; mais tous ses discours sont marqués au coin de cette noble simplicité et de ce naturel sublime qui est le premier caractère ds l'éloquence et le trait distinctif des orateurs anciens.

Sénèque fut le premier qui accrédita le style recherché: à une grande délicatesse de sentimens, il unissoit beaucoup d'étendue dans l'esprit; mais le desir de donner le ton à son siècle le jeta dans des nouveautés qui corrompirent le goût. Il substitua à l'heureuse simplicité des anciens le fard et la parure de la cour de Néron. Un style semé de pointes, de sentences et de peintures brillantes , mais trop chargées; des expressions nouvelles, des tours ingénieux, mais peu naturels. Peu content de plaire , il voulut éblouir, et il y réussit. Concis, et néanmoins diffus, i! n'employa que le moins de termes possibles pour exprimer sa pensée; mais il employa trop de pensées particulières pour développer sa pensée principale. Il afficha l'art, et s'écarta de ce naturel qui est le premier charme du style. Cette qualité si précieuse est plus rare dans nos écrivains que dans ceux de l'antiquité. Nous avons cependant des auteurs qui peuvent servir de modèles dans ce genre. A leur tête, on. dbit placer Lafontaine; c'est le poète de la nature : sagesse du plan, ordonnance des tableaux, fraîcheur du coloris, choix des ornemens, richesse des détails, naturel des descriptions, vérité des caractères, finesse de morale, tout fait sentir dans ses .ouvrages une heureuse simplicité peu Connue avant lui. Nos jeunes écrivains ne sauroient trop étudier sa versification e,t son style.

Après Lafontaine, nous placerons Jean Racine. La poésie française, portée au plus haut point de noblesse, d'élégance et de pureté, a consacré son nom à une gloire immortelle. Aucun poète n'a mieux connu, mieux éprouvé , plus vivement exprimé le sentiment par cette heureuse facilité d'ammer tout ce qu'il dit , par l'heureux talent de parler intimement au cœur, de l'attendrir, de lui faire éprouver tous les mouvemens des passions ; il s'est rendu maître de la scène tragique, en maniant, avec une supériorité sans égale , le plus intéressant de ses ressorts, la pitié : qu'on parcoure ses tragédies; la sagesse et la vérité des caractères , le pathétique et la chaleur qui les vivifie, offrent sans cesse des traits qui émeuvent les spectateurs. Par-tout une poésie noble, tendre , harmonieuse , présente des charmes séduisans , et lui ouvre, par les sens , le chemin de l'ame; et l'on peut dire de lui:

Au flambeau de son cœur échauffant son esprit,
Il voit tout ce qu'il peint et sent tout ce qu'il dit.

Ce qui le distingue sur-tout, c'est le naturel; rien de forcé, point d'effort : je me trouve à mon aise en te lisant, disoit une femme de la cour : c'est peut-être le plus bel éloge que l'on puisse faire de ce poète, qui a rappelé parmi nous cette élégante simplicité que nous admirons dans les anciens.

Une pensée naturelle est nécessairement vraie; mais toute pensée vraie ne paroît pas toujours naturelle, parce que le rapport réel qui peut se trouver entre des idées n'est pas toujours sensible. Nous ne jugeons une pensée naturelle que lorsqu'elle se présente d'abord à l'esprit; si elle lui échappe , ou qu'elle ne se laisse qu'entrevoir, nous ne manquons pas de nous en prendre à l'auteur. Notre amour propre nous persuade aisément que ce que nous ne concevons par sans effort n'a pu être produit sans beaucoup de travail.

« Ce que je trouve de cruel dans quelques écrivains » modernes, dit élégamment un homme de génis, c'est » qu'ils ne veulent jamais être naturels. Un tour heureux » leur iparoît plat, parce qu'il n'a pas l'air d'avoir coût*: )) une idée mise galamment, mais en habit simple , ne » paroît pas piquante à ces messieurs; ils veulent lui don» ner des graces de leur façon; ils la tournent, ils la » serrent, et , enfin, après bien des soins , ils arrivent à » être entortillés, pour avoir voulu être délicats; et » obscurs, pour avoir eu envie d'être vifs. »

Une pensée peut n'être pas naturelle, ou parce que le rapport des idées n'est pas sensible, ou parce que l'expression manque d'une certaine convenance avec les idées. Le défaut de naturel dans une pensée vient aussi quelquefois du tour qu'on lui donne. Vous voulez faire naître une idée , et,»pour la présenter, vous l'envisagez sous un rapport vrai, mais un peu éloigné de la manière la plus ordinaire de concevoir ; vous avez dessein d'exprimer un sentiment, et, pour le rendre, vous vous servez d'une image étrangère; vous le faites deviner plutôt que vous ne le développez; cette manière de peindre vos idées et d'exposer vos sentimens , est fort différente de celle qui représenteroit les unes sous leur aspect le plus familier, et les autres d'une facon moins détournée. Or cas différentes manières de faire envisager une idée, d'exprimer un sentiment, c'est ce qu'on appelle quelquefois le tour d'une pensée; ce qui fait dire qu'elle est bien ou mal tournée. Si les idées de votre pensée se présentent sous un jour extrêmement commun, votre tour est simple. Si vous les offrez sous un aspect vrai et sensible, mais que l'esprit ne saisit pas d'abord, votre tour est fin. Si le rapport sous lequel vous les exposez est extrêmement subtil, si on ne fait que l'entrevoir, s'il échappe à la réflexion, ou s'il paroît moins vrai que faux, alors votre tour est forcé, contraint, et votre pensée est peu naturelle.

( M. l'abbé de La Serre.)

J-'ivre mortuaire, dans lequel on écrit le nom des morts. Les premiers chrétiens avoient, dans chaque église, leur nécrologe, où ils marquoient soigneusement le jour de la mort de leurs évoques. Les moines en,ont eu et en ont encore dans leurs monastères. On a donné aussi le nom de nécrologe aux catalogues des saints, où le jour de leur mort et de leur mémoire est marqué ; et, à parler exactement , ce nom leur convient mieux que celui de martyrologe qu'on donne communément à ces sortes de recueils , puisque tous Ceux dont il y est fait mention ne sont pas morts martyrs. Il faut cependant croire que la dénomination de martyrologe a prévalu, parce que, dans les premiers temps, les chrétiens n'inscrivoient sur ces registres que les noms de ceux qui étoient morts pour la foi, et que, dans la collection qui en a été faite depuis , on y a ajouté ceux des autres personnages qui s'étoient distingués par la sainteté de leur vie.

( M. l'abbé Mollet. )

Iviinistre chargé de traiter de paix, de guerre, d'alliance et de toute autre affaire d'état plus ou moins importante.

« Le négociateur ou le plénipotentiaire, dit la Bruyère,

» est un protée qui prend toutes sortes de formes : sem

». blable quelquefois à un joueur habile, il ne montre ni

i) humeur ni complexion , soit pour ne point donner

» lieu aux conjectures ou se laisser pénétrer , soit pour ne

i) rien laisser échapper de son secret par passion ou par

» foiblesse. Quelquefois aussi il sait feindre le caractère le

» plus conforme aux vues qu'il a et aux besoins où il se

». trouve, et paraître tel qu'il a intérêt que les autres

» croient qu'il est en effet. Il parle quelquefois en termes

» clairs et formels : il sait encore mieux parler ambigue

» ment, d'une manière enveloppée; user de tours ou de

» mots équivoques qu'il peut faire valoir ou diminuer

» dans les occasions et selon ses intérêts. Il demande peu

» quand il ne veut pas donner beaucoup; il demande

» beaucoup pour avoir peu et l'avoir plus sûrement; il

» demande trop pour être refusé, mais dans le dessein de

» se faire un droit ou une bienséance de refuser lui-même

» ce qu'il sait bien qu'on lui demandera et qu'il ne veut

» pas octroyer. Il prend directement ou indirectement

» l'intérêt d'un allié, s'il y trouve son utilité ou l'avance

» ment de ses prétentions. Il ne parle que de paix, que

» d'alliance , que d'intérêts publics; et en effet il ne songe

» qu'aux siens , c'est-à-dire à ceux de son maître. Il a son

» fait tout digéré par la cour, toutes ses démarches sont

» mesurées, les moindres avances qu'il fait lui sont pres

» crites; et il agit néanmoins dans les points difficiles et

» dans les articles contestés, comme s'il se relâchoit de

)i lui-même sur-le-champ, par un esprit d'accommodement

» et de déférence, promettant qu'il fera de son mieux

» pour n'être pas désavoué par sa cour. Il ne tend , par ses

ii intrigues, qu'au solide et à l'essentiel, toujours prêt à

)i leur sacrifier les points d'honneur imaginaires. Il prend

» conseil

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