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La páleur est une nuance de la blancheur; on l'attribue à tout ce qui est blanc, à tout ce qui tient à cette couleur, et qui ne devroit pas l'être, ou qui devroit l'être, ou en tenir moins. Des roses páles ; un rouge pâle; un visage påle ; le soleil est påle ; ce bleu est pále. La páleur est donc presque toujours la marque d'un défaut, excepte en amour, s'il en faut croire M. de Montcrif. On lit dans une de ses romances les vers suivans, pleins de grace et de délicatesse :

En lui toute fleur de jeunesse

Apparoissoit;
Mais longue barbe , air de tristesse

Les ternissoit.
Si de jeunesse on doit attendre

Beau coloris,
Páleur qui marque une ame tendre

A bien son prix.

Les passions qui viennent presque toutes se peindre sur le visage y produisent des effets si différens, qu'il ne nous manque que plus d'expérience et de meilleurs yeux pour les y reconnoître comme dans un miroir fidèle, et lire sur le front de l'homme l'histoire de son ame, à mesure que les passions se forment: on y verroit ses desirs, ses haines, ses aversions, la colère, la peur, l'illcertitnde , etc.

La honte fait rougir ; la crainte fait pâlir.

ANONYME.

DISCOURS par lequel on rétracte ce que l'on avoit avancé dans un discours précédent. De là vient cette phrase : Chanter la palinodie, c'est-à-dire faire une rétractation, ce qui signifie proprement un désaveu de ce qu'on avoit dit : c'est pourquoi tout poème, et en général toute pièce qui contient une rétractation de quelqu'offense faite par un poète à qui que ce soit, s'appelle palinodie.

On en attribue l'origine au poète Stésichore, voici à quelle occasion : il avoit maltraité Hélène dans un poème fait à dessein contre elle. Castor et Pollux, au rapport de Platon, vengèrent leur sæur outragée, en frappant d'aveuglement le poète satyrique ; et, pour recouvrer la vue, Stésichore fut obligé de chanter la palinodie. Il composa en effet un poème dans lequel il soutenoit qu'Hélène n'avoit jamais abordé en Phrygie. Il louoit également ses charmes et sa vertu , et félicitoit Ménélas d'avoir obtenu la préférence sur ses rivaux.

Les premiers défenseurs de la religion chrétienne, saint Justin , saint Clément et Eusébe, ont cité sous ce titre une hymne qu'ils attribuent à Orphée : elle est fort belle pour le fond des choses et pour la grandeur des images ; le lecteur en va juger , même par une foible traduction.

« Tel est l'Être-Suprême, que le ciel tout entier ne » fait que sa couronne ; il est assis sur un trône d'or, et, » entouré d'anges infatigables; ses pieds touchent la terre; » de sa droite il atteint jusqu'aux extrémités de l'Océan; » à son aspect , les plus hautes montagnes tremblent , et » les mers frissonnent dans leurs plus profonds abîmes. »

Mais il est difficile de se persuader qu'Orphée, qui avoit établi dans la Grèce jusqu'à trois cents divinités , ait pu

changer ainsi de sentiment et chanter une semblable palinodie ; aussi la critique range-t-elle celle-ci parmi les fraudes pieuses qui ne furent pas inconnues aux premiers siècles du christianisme.

La sixième ode du premier livre des odes d'Horace, qui commence par ces mots : O matre pulchra filia pulchrior, est une vraie palinodie , mais la plus mignone et la plus délicate.

(ANONYME.)

N om de la première femme, selon Hesiode. On ne lit point sans plaisir, dans sa Théogonie et dans son Traité des

@uvres et des Jours, tout ce que son imagination lui a suggéré sur les graces de cette première femme et sur les maux qu'elle a causés dans le monde.

Jupiter, dit-il, voulant se venger du vol que Prométhée avoit fait du feu, résolut d'envoyer aux hommes un mal qu'ils aimassent, et auquel ils fussent inséparablement aitachés. Tous les dieux secondèrent son dessein. Vulcain forma , avec de la terre et de l'eau pétries ensemble, une femme semblable aux déesses immortelles ; Minerve la vêtit, et lui apprit les arts qui conviennent à son sexe, celui , entre autres, de faire de la toile; Vénus répandit l'agrément autour de sa tête , avec le desir inquiet et les soins fatigans. Les Graces et la déesse de la Persuasion ornèrent sa gorge d'un collier d'or; les Heures lui mirent sur la tête des couronnes de fleurs ; Mercure lui donna la parole avec l'art des mensonges, et celui d'engager les cœurs par des discours insinuans et perfides. Enfin toutes les divinités de l'Olympe lui ayant fait des dons pour le malheur des hommes , elle reçut le nom de Pandore , composé de deux mots grecs , dont l'un signifie tout, et l'autre veut dire présent.

Le poète ajoute que Jupiter dit à Mercure d'aller présenter Pandore à Epiméthée, qui la vit avec des transports d'admiration. En vain Prométhée, son frère, lui avoit recommandé de ne point recevoir de présens de la part de Jupiter , de crainte qu'il n'y eût caché quelque chose de funeste aux hommes. La vue de cette beauté lui fit oublier un avis de cette importance; et, quand il s'en ressouvint, il n'étoit plus temps. Jusque là, les mortels avoient vécu exempts des inquiétudes et des maladies qu’amène la vieillesse. Mais Pandore ayant levé le couvercle du vase où étoient renfermés les présens des dieux, tous les maux en sortirent en foule, et se répandirent sur la face de la terre. A la vue de ce terrible spectacle, elle se hâta de refermer le vase ; mais il étoit trop tard , et elle ne put y retenir que la seule espérance qui elle-même étoit prête à s'envoler, et qui demeura sur les bords. C'est donc là le seul bien qui reste aux malheureux mortels.!

(M. de JAUCOURT.)

UN VIA

PANIQUE (terreur). C'est ainsi, dit Pausanias , qu'on appelle ces frayeurs qui n'ont aucun fondement réel, parce qu'on les croit inspirées par le dieu Pan. Brennus, ayant fait une irruption dans la Grèce à la tête d'une nombreuse armée de Gaulois, s'avança jusqu'à Delphes ; les habitans consternés recoururent à l'oracle ; le dieu leur déclara qn'ils n'avoient rien à craindre, et les assura de sa puissante protection. En effet , continue l'historien, on vit tout-à-coup des signes évidens de la vengeance du ciel contre les barbares : le terrain qu'occupoit leur armée fut agité de violens tremblemens de terre ; des tonnerres et des éclairs continuels , non seulement les effrayoient sans cesse , et les empêchoient d'entendre les ordres de leurs généraux ; la foudre tomboit sur leur stêtes, et des exhalaisons enflammées les réduisoient en poudre eux et leurs armes ; mais la nuit leur fut encore plus funeste, car l'horreur des ténèbres les agita d'une terreur panique, et leur sit prendre de fausses alarmes. La crainte s'empara de tous leurs sens,et l'épouvante fut si grande que, se divisant en plusieurs pelotons, ils s'entre-tuoient les uns les autres, croyant se battre contre les Grecs. Cette erreur qui ne pouyoit être qu'un effet de la colère des dieux, dit encore Pausanias , dura jusqu'au jour, et causa à ces barbares une perte de plus de dix mille hommes ; le reste périt en se sauvant.

( M. de JAUCOURT.)

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