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Contre cette règle péche, dans l'Enéide, la fiction puérile et dégoûtante des harpies; et, dans le Paradis perdu , l'allégoriedu péché et de la mort. Le nuage qui, dans l'Iliade, couvre Jupiter et Junon sur le mont Ida, est, pour les poètes, une leçon et un modèle de bienséance.

Les décences d'un acteur à l'autre sont dans le rapport de leur rang, de leur situation respective. Un malheureux, qui, pour émouvoir la pitié, fait le récit de ses aventures, est réservé, timide et modeste, ménager du temps qu'on .. lui donne , et attentif à ne pas en abuser.

Mérope demande à Egiste quel est l'état, le rang , la fortune de ses parens : vous savez quelle est sa réponse.

Si la vertu suffit pour faire la noblesse ,
Ceux dont je tiens le jour , Policlète, Sirris,
Ne sont pas des mortels dignes de vos mépris.
Le sort les àvilit, mais leur sage constance
Fait respectér en eux l'honorable indigence ;
Sous ses rustiques toits, mon père vertueux
Fait le bien, suit les lois , et ne craint que les dieux.

Ainsi le style , le ton , le caractère de la narration, et tout ce qu'on appelle convenance, est dans le rapport de celui qui raconte , avec celui qui l'écoute. Si Virgile a une tempête à décrire, il est naturel qu'il emploie toutes les couleurs de la poésie à la rendre présente à l'esprit du le cteur.

Mais qu'Idoménée, dans la plus cruelle situation où puisse être réduit un père, fasse, à l'un de ses sujets , la confidence de son malheur, il ne s'amusera point à décrire la tempête qu'il a essuyée : son objet n'est pas d'effrayer celui qui l'entend, mais de lui confier sa peine. « Nous » allions périr , lui dira-t-il, j'invoquai les dieux; et, » pour les appaiser, je jurai d'immoler, en arrivant dans » mes états, le premier homme qui s'offrirait à moi. Piété » cruelle et funeste ! J'arrive ; et le premier objet qui se » présente à ma vue, c'est mon fils. » Voilà le langage de la douleur.

Il en est d'un personnage tranquille à peu près comme du poète : le sujet de la narration ne doit pas l'affecter assez pour lui faire négliger les détails : par exemple , il

est natnrel qu'Enée , racontant à Didon 'la mort de Laocoon et de ses enfans , décrive la figure des serpens qui: fendant la mer, vinrent les étouffer. Didon est disposée à l'entendre ; au lieu que dans le récit de la mort d'Hypolite, ni la situation de Théramène, ni celle de Thésće , ne comportent ces riches détails : . . . .

Cependant sur le dos de la plaine liquide
S'élève à gros bouillons une montagne humide.
L'onde approche , se brise, et vomit, à nos yeux ,"
Parmi des flots d’écume, un monstre furieux.
Sop front large est armé de cornes menaçantes ; Bois
Tout son corps est couvert d'écailles jaunissantes,
ludomptable taureau , dragon impétueux,
Sa croupe se recourbe en 'replis tortuens;
Ses longs mugissemens font frenibler le rivage 'e n
Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage ; 1 :;
La terre s'en émeut, l'air en est infesté;

s
1 Le flot qui l'apporta recule épouvanté. ..,1, cartu

Ces vers sont très-beaux, mais ils sont déplacés. Si le sentiment, dont Théramène est saisi , étoit la frayeur, il seroit naturel qu'il en eût l'objet présent, et qu'il le décrivát comme il l'auroit vu; mais peu importe à sa douleur et à celle de Thésée que le front du dragon fût armé de corpes, et que son corps fût couvert d’écailles. Si Racine eût, dans ce moment, interrogé la nature, lui qui la connoissoit si bien , j'ose croire qu'après ces deux vers,

L'onde approche , se brise , et vomit', à nos yeux,
Parmi des flots d’écume, un, monstre furieux,

il eût passé rapidement à ceux-ci:

Tout fait; et, sans s'armer d'un courage inutile, 1. .
Dans le temple voisin chacun cherche un asyle.,!...',
Ilypolite , lui seul, etc.

Il est dans la nature que la même chose racontée par différens personnages, se présente sous des traits différens, soit qu'ils ne l'aient pas vu de même , soit qu'ils ne se rappellent de ce qu'ils ont vu que ce qui les a vivement frappés, soit que le sentiment qui les domine, ou le dessein * modernes, dit élégamment un homme de génie, c'est >> qu'ils ne veulent jamais être naturels. Un tour heureux » leur paroît plat, parce qu'il n'a pas l'air d'avoir coûté : » une idée mise galamment, mais en habit simple, ne » paroît pas piquante à ces messieurs; ils veulent lui don» ner des graces de leur façon ; ils la tournent, ils la » serrent, et, enfin, après bien des soins , ils arrivent à » être entortillés, pour avoir voulu être délicats; et » obscurs, pour avoir eu envie d'être vifs. »

Une pensée peut n'être pas naturelle, ou parce que le rapport des idées n'est pas sensible, ou parce que l'expression manque d'une certaine convenance avec les idées. Le défaut de naturel dans une pensée vient aussi quelquefois du tour qu'on lui donne. Vous voulez faire naître une idée, et, pour la présenter, vous l'envisagez sous un rapport vrai, mais un peu éloigné de la manière la plus ordinaire de concevoir ; vous avez dessein d'exprimer un sentiment, et, pour le rendre, vous vous servez d'une image étrangère; vous le faites deviner plutôt que vous ne le développez; cette manière de peindre vos idées et d'exposer vos sentimens, est fort différente de celle qui représenteroit les unes sous leur aspect le plus familier, et les autres d'une façon moins détournée. Or ces différentes manières de faire envisager une idée, d'exprimer un sentiment, c'est ce qu'on appelle quelquefois le tour d'une pensée; ce qui fait dire qu'elle est bien ou mal tournée. Si les idées de votre pensée se présentent sous un jour extrêmement commun, votre tour est simple. Si vous les offrez sous un aspect vrai et sensible, mais que l'esprit ne saisit pas d'abord, votre tour est fin. Si le rapport sous lequel vous les exposez est extrêmement subtil, si on ne fait que l'entrevoir, s'il échappe à la réflexion, ou s'il paroît moins vrai que faux, alors votre tour est forcé, contraint, et votre pensée est peu naturelle.

(M. l'abbé de LA SERRE.)

LIVRE mortuaire, dans lequel on écrit le nom des morts. Les premiers chrétiens avoient, dans chaque église, leur nécrologe, où ils marquoient soigneusement le jour de la mort de leurs évêques. Les moines en, ont eu et en ont encore dans leurs monastères. On a donné aussi le nom de nécrologe aux catalogues des saints, où le jour de leur mort et de leur mémoire est marqué; et, à parler exactement, ce nom leur convient mieux que celui de martyrologe qu'on donne communément à ces sortes de recueils , puisque tous ceux dont il y est fait mention ne sont pas morts martyrs. Il faut cependant croire que la dénomination de martyrologe a prévalu , parce que, dans les premiers temps, les chrétiens n'inscrivoient sur ces registres que les noms de ceux qui étoient morts pour la foi, et que, dans la collection qui en a été faite depuis , on y a ajouté ceux des autres personnages qui s'étoient distingués par la sainteté de leur vie.

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M INISTRE chargé de traiter de paix, de guerre, d'alliance et de toute autre affaire d'état plus ou moins importante.

ů Le nézociateur ou le plénipotentiaire, dit la Bruyère, » est un protée qui prend toutes sortes de formes : sem» blable quelquefois à un joueur habile, il ne montre ni » humeur ni complexion , soit pour ne point: donner » lieu aux conjectures ou se laisser pénétrer , soit pour ne » rien laisser échapper de son secret par passion ou par » foiblesse. Quelquefois aussi il sait feindre le caractère le » plus conforme aux vues qu'il a et aux besoins où il se » trouve, et paroître tel qu'il a intérêt que les autres » croient qu'il est en effet. Il parle quelquefois en termes » clairs et formels : il sait encore mieux parler ambigue» ment, d'une manière enveloppée; user de tours ou de » mots équivoques qu'il peut faire valoir ou diminuer » dans les occasions et selon ses intérêts. Il demande peu » quand il ne veut pas donner beaucoup; il demande » beaucoup pour avoir peu et l'avoir plus sûrement; il » demande trop pour être refusé, mais dans le dessein de » se faire un droit ou une bienséance de refuser lui-même » ce qu'il sait bien qu'on lui demandera et qu'il ne veut » pas octroyér. Il prend directement ou indirectement » l'intérêt d'un allié, s'il y trouve son utilité ou l'avance» ment de ses prétentions. Il ne parle que de paix, que » d'alliance, que d'intérêts publics; et en effet il ne songe » qu'aux siens, c'est-à-dire à ceux de son maître. Il a son » fait tout digéré par la cour, toutes ses démarches sont » mesurées, les moindres avances qu'il fait lui sont pres» crites; et il agit néanmoins dans les points difficiles et » dans les articles contestés, comme s'il se relâchoit de » lui-même sur-le-champ, par un esprit d'accommodement » et de déférence, promettant qu'il fera de son mieux » pour n'être pas désavoué par sa cour. Il ne tend, par ses » intrigues, qu'au solide et à l'essentiel, toujours prêt à » leur sacrifier les points d'honneur imaginaires. Il prend

» conseil

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