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de leurs souffrances. Cette lettre, qui nous a été transmise par Eusébe, est l'un des monuments les plus précieux de cette époque. M. Egger dit de cette relation : « On a de graves raisons de croire que le récit du martyre des premiers chrétiens lyonnais, conservé sous forme épistolaire dans l'Histoire ecclésiastique d'Eusébe, était primitivement écrit en grec (').»

Il faut sans doute mettre au nombre de ces raisons la tournure grecque des noms de plusieurs martyrs, Pothin, Tobervós, (Désiré), l'origine incontestable de ces premiers apôtres, et le soin qu'on prend d'avertir le lecteur quand les martyrs se servent de la langue latine. Ainsi, il est dit que le diacre Sanctus répondit en latin à toutes les questions qu'on lui faisait sur son nom, sa nation, sa ville, sa condition : «Je suis chrétien.» Ainsi, Attale de Pergame, que le gouverneur se crut obligé d'épargner jusqu'au retour d'une lettre de l'empereur, parce qu'il était citoyen romain, fut promené dans l'amphithéâtre avec un écriteau devant lui où était en latin : « C'est le chrétien Attale (3). »

Ampère n'hésite pas à dire : « La lettre des martyrs de Lyon est écrite en grec. » Et il ajoute : « Il est quelques passages où, à la grâce de certains détails, on reconnaît qu'une main grecque tenait la plume. Dans la description de cette effroyable boucherie, on rencontre une phrase comme celle-ci : « Les martyrs offraient à Dieu une couronne nuancée de différentes couleurs, et où toutes sortes de fleurs brillaient assorties (8). »

Saint Irénée était fort instruit dans la littérature de l'antiquité. Il cite Homère, Hesiode, et fait allusion à la fable de Pandore; il cite Pindare; il affirme que ce poète a dit très-sagement ; il compare ceux qui sont coupa(1) L'Hellenisme en France. t. 1, p. 37. (3) Eusébe. Histoire ecclés. liv. V, ch. 2, p. 130. (3) T. I, p. 166.

bles d'un aveuglement volontaire à l'Edipe tragique s'aveuglant lui-même ('). Ainsi, l'on peut bien dire avec M. Egger (?), que le christianisme fut, pour nos ancêtres, une occasion nouvelle de cultiver les lettres grecques. Le saint évêque n'est pas tout-à-fait dépourvu des préoccupations littéraires, il s'excuse sur son style; il dit que, s'il n'écrit pas assez purement, il faut s'en prendre à la résidence qu'il faisait au milieu des Gaulois avec lesquels il était obligé de parler un langage barbare (3).

Il serait faux de dire que tout le peuple de ces contrées parlât le grec. Il y a grande apparence qu'il conservait l'usage de son idiome national, qu'il parlait plus communément le latin, et le grec concurremment dans certaines contrées. Ces deux dernières langues surtout devaient se trouver souvent mêlées ensemble, comme on les voit unies dans une inscription trouvée à Ainay, qui constate en deux langues la prospérité d'un grec de Syrie qui avait de riches entrepôts en Aquitaine et à Lyon et qui est mort dans cette dernière ville (4). Curieux rapprochement, dit M. Egger, qui atteste dans l'ancien monde, un esprit d'active sociabilité ().

La prédication chrétienne, les offices divins, la discussion des affaires ecclésiastiques, maintenaient donc autour de Marseille, dans toute la vallée du Rhône ), l'usage de la langue grecque, au milieu de populations qui parlaient des langues différentes. Un hérétique, comme Marc, natif d'Egypte, disciple de Valentin, chef de l'hérésie des Valentiniens, trouvait dans ces contrées des oreilles toutes prètes à recevoir ses enseignements qu'il prodiguait dans la langue de Saint Irénée ( ).

(1) Ibid. 167.
(3) Ibid. 37.
(3) Histoire littéraire de la France. t. I, p. 230.

(*) Cette inscription a été publiée par M. Almer, dans les Mémoires de la Société impériale des Antiquaires. t. XXVII.

(6) T. I. p. 37.

(6) Une inscription grecque, de onze vers, récemment découverte à Autun, expose, ou tout au moins mentionne assez clairement le sacrement principal de l'église chrétienne. Egger. Ibid. p. 37.

En dehors de l'église et de son action, l'hellénisme des écoles était toujours florissant. Dans toutes celles de la Gaule, il n'y avait pas d'études sans la connaissance du grec. Il y avait en chacune d'elles quelque homme profondément versé dans les lettres helléniques, et quelquefois c'était un professeur issu de parents grecs ou venu directement de la Grèce. Le grand père d'Eumène était né dans Athènes ; il avait passé à Rome pour y enseigner la rhétorique, et il était venu à Autun pour y continuer les leçons de cette science (). Les grands maîtres d'éloquence que les Gaules produisirent au troisième siècle, les deux Mamertius, Nazaire, Arbore, Patère, Minerve, Alcime, Delphide, Drépane, n'étaient autre chose que des disciples des grecs. N'oublions pas que Lucien, dans un voyage en Gaule, rassemblait autour de lui des auditeurs avides d'entendre sa parole spirituelle; il ne s'en étonnait pas dans un pays où les habitants avaient symbolisé, sous la figure d'Hercules Ogmius, l'éloquence et sa force. « Pendant longtemps, dit le rhéteur grec, je regardai cette image avec un mélange de surprise, de doute et d'indignation. Alors, un Gaulois qui se trouvait là m'adressa la parole « il n'était pas étranger à notre littérature, comme je le vis, il parlait bien la langue grecque : c'était un philosophe, je crois, dans le genre du pays. » Lucien ne croyait pas blesser la vraisemblance en prêtant à son philosophe les paroles que voici : « L'éloquence, pour nous autres Gaulois, n'est pas, comme chez vous, l'attribut de Mercure : pour nous, Hercule la représente, parce qu'il est beaucoup plus fort que Mercure. » Qu'on

(1) Histoire litt. t. I. p. 242. () Histoire litt. Ibid. p. 243.

le peigne vieux, cela n'est pas étonnant ; l'éloquence seule peut déployer dans la vieillesse sa perfection. Vos poètes n'ont-ils pas dit : « L'esprit du jeune homme est flottant, » et encore : « Le vieillard parle mieux que le jeune homme. » Chez vous aussi, le miel decoule de la langue de Nestor (). „Faisons la part de la fiction, il reste encore l'expression d'une assez haute estime de l'esprit gaulois et des lumières dont il était capable.

Fronton n'en pensait pas plus mal. Nul, mieux que lui, ne savait peser la valeur de ses éloges. Instruit à parler et à écrire la langue de l'Italie, aussi bien que celle de la Grèce, il décernait le titre d'Athènes des Gaules à la capitale des Rémois, c'est-à-dire à Durocortorum, dont le rude nom ne rappelle que trop l'ancienne barbarie gauloise. N'est-il pas probable que cette gracieuse flatterie s'adresse à une ville qui renfermait des écoles grecques ? () »

Favorinus était d'Arles. Il vivait entre le milieu et la fin du premier siècle de l'église. Philostrate (3) nous a raconté sa vie. Il nous le donne pour très-habile dans le grec. Il visita l'Asie, Athènes, Ephèse, et finit par se fixer à Rome. Il se fit partout admirer, et passa pour le plus célèbre sophiste de son temps. On lui éleva une statue dans Athènes. Il s'étonnait de trois choses, dont nous ne rapporterons que la première; c'est qu'étant gaulois, il se servait de la langue grecque. A Rome, il excita un empressement extraordinaire pour venir l'entendre. Ceux-mêmes qui n'avaient aucune connaissance

(1) Ταύτ' εγώ μεν επί πολύ ειστήκειν ορών και θαυμάζων και απορών και αγανακτών» – Κέλτός δέ τις παρεστώς ουκ απαίδευτος τα ημέτερα, ως έδειξεν, áxpıbūs Eldboa quvny aquels, qułócoços, olua!, tà êncyóplc • Eyú gol, épn, ώ ξένε, λύσω της γραφής το αίνιγμα πάνυ γάρ ταραττομένω έoικας προς authv..., a

(3) Egger. Ibid. 36.
(3) Soph. vit. I, p. 496.

de la langue grecque ne laissaient pas d'assister à ses leçons et à ses discours. Ils y étaient attirés par l'harmonie de sa voix et le langage de ses yeux, qui savaient à leur manière animer ce qu'il exprimait ('). Nous avons sur lui le témoignage d'un auditeur qui rapporte un fragment de l'un de ses discours et ajoute : Hæc Favorinum dicentem audivi Græca oratione (1).

Il n'y avait, dit Philostrate, que Plutarque qui lui fût comparable par le grand nombre d'écrits qu'il donnait au public. S'il faut en croire les auteurs de l'Histoire Nittéraire de la France (3), Phrynicus Arabius, qui fleurissait sous Commode, disait de lui : « óvre dóyou

Eros, c'est un homme fait pour l'éloquence et qui éclipse tous les Grecs. » Nous avons le titre de quelques-uns de ses écrits : Ilavtodáren 'Iotoplà. — Atounuoveúuxta. – Περί της Ακαδημικής διαθέσεως.- Περί Πυρρωνικών τρόπων. — llepi ideôv, Tepi łux ñs (1).

Le IIIe siècle est rempli dans les Gaules par la littérature païenne, et l'on y trouve les traces les moins contestables d'une culture hellénique.Eumène, à Autun, continue la tradition grecque, quoiqu'il n'ait écrit qu'en

atin; on trouve auprès de lui des hommes veni d'Athènes. Trèves conserve encore ses chaires de grec; mais, au milieu du IVe siècle, un rescrit de Valentinien II et de Gratien fixent les honoraires des professeurs de littérature latine et de littérature grecque dans des termes tels qu'il semblait alors ditficile de trouver des professeurs de grec...«Item Viginti (annonæ) Gram

(") Histoire litt. t. I, p. 265-268.
(2) Aul. Gel. Noct. Attic. XIII.
( T. I, p. 270.
(1) Philostrate cité par les auteurs de l'Hist. litt, de la France.

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