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ce débat, il apporte des témoignages qui avaient été négligés avant lui.

Ainsi, dit-il, Chalcondyle qui, le premier, a parlé des Abbanais, les rattache aux Macédoniens : « 'A2Cavous γαρ έγωγε μάλλον τι τους Μακέδοσι προστίθεσθαι αν λέγοιμι ή άλλω τινι των κατά την οικουμένην εθνών ουδενί τε γαρ συμφέρονται, ότι μή Μακεδονικόν γένος (1). » Ainsi, dans les différentes cours de l'Europe, on désignait sous le nom de Macédoniens Μακεδονικόν Τάγμα les Abbanais ou Epirotes au service des princes qui les payaient. Scanderberg écrivant au prince de Tarente, se faisait gloire de commander aux descendants des Macédoniens:«Se vuoi dire che l'Albania e parte della Macedonia, concedi che assai più nobili sono stati i loro avi... » Cantacuzène confond ensemble l’Épire et la Thessalie, il appelle les Albains indifféremment Thessaliens et Épirotes.

Ces prétentions inspirées par la vanité et par l'ignorance auraient à nos yeux moins de valeur qu'à ceux de M. Sathas, si nous ne savions que Strabon les confirme: « Και δη και τα περί Λυγκηστόν, και Πελαγονίαν, και Ορεστιάδα, και Έλύμειαν, την άνω Μακεδονίαν εκάλουν, οι δύστερον και ελευθέραν. "Ένιοι δε και σύμπασαν την μέχρι Κερκύρας Μακεδονίαν προσαγορεύουσιν, αιτιολογούντες άμα ότι και κουρα και διαλέκτω, και χλαμύδι, και άλλοις τοιούτοις χρώνται παραπλησίως, ένιοι δε και δίγλοττοί είσι » si Pline enfin ne comprenait dans la Macédoine l'Illyrie et la province des Molosses.

1) Pouqueville, qui n'accepte pas cette opinion, reconnaît pourtant que dans la langue des Albanais, on retrouve quelques expressions de l'idiome Macédonien. Il cite là-dessus ce passage de Plutarque : « Alexandre est né le sixième jour du mois Hécatomhéon, que les Macédoniens appellent Loos. >> (On le voit aussi dans Démosthène : Pro coron. Lett. de Philippe.) Ce mot de Loos se retrouve bien encore altéré dans l'idiome des Albanais, pour dési. gner le mois des Hécatombes ou juillet, qu'ils appellent Loonari et Alonar. Le même auteur dit qu'ils appelaient Achille Ispète; or, ce mot se retrouve dans leur langue, c'est ichpeïta qui veut dire homme aux pieds légers. Aspate ou Spache, un messager à pied. Ange Masès. Traité de la nation Albanaise, cité par Pouqueville, t. I, ch. V.

Cette peuplade,quelle que fût son origine, mena longtemps une vie de brigandage.

Cantonnés dans les montagnes, aussi agiles que les chamois, dit le juif Benjamin de Tudèle, dès l'année 1160, les Albanais dévastaient les pays d'alentour, insaisissables dans leurs retraites et défiant la puissance de tous les rois. Marino Sanuto, au commencement du XIV° siècle, 1325, notait chez eux les mêmes habitudes. Ces courses sans cesse recommencées, appelèrent enfin la répression des empereurs de Constantinople.

Andronique résolut d'en purger la Grèce; en 1333, il envahit la Thessalie et soumit pour la première fois à l'autorité impériale les Albanais qui, jusque-là, n'avaient pas reconnu de roi. On peut voir dans Jean Cantacuzène le récit de cette expédition. En 1341, Jean Cantacuzène, lui-même, qui venait de prendre la pourpre, eut à se défendre contre eux, en même temps qu'il appelait à son secours les turcs Osmanlis contre les Serbes et leur roi Stéfan Douschan qui, maître de la Valachie et de Janina, s'était donné le titre d'Empereur des Romains, tzar de Macédoine, aimant Dieu.

Nicolas Buas, le premier chef connu de cette famille célèbre, paraît avoir été le contemporain de Stéfan. Il en recut, dit-on, la dignité de proto-vestiaire (de 1315 à 1347). Ce roi des Serbes n'avait pas fondé la maison des Buas; il l'avait trouvée déjà puissante, puisque Jean Cantacuzène désigne les Albanais sous le nom de Malakosivi, Bouïci, Mesaritai, du nom de leurs chefs. C'est à partir de ce moment que l'histoire des Buas devient facile à suivre. On les voit, en effet, investis par les rois serbes d'une espèce de vice-royauté sur la Thessalie avec la ville d'Acheloüs pour capitale.

Tant que dura ce singulier empire du tzar de Macédoine aimant Dieu, les Buas fidèles à leur suzerain l'aidèrent dans ses entreprises et lui prêtèrent une puissante assistance. C'est avec eux que Stéfan battit près d'Acheloüs, Cantacuzène uni aux Turcs. La prospérité des Buas n'était pas attachée pourtant à celle des Serbes.

Ils se rendirent redoutables à leurs maîtres, quand des successeurs plus faibles eurent remplacé Douschan. Jean Buas, en Albanais Kionès, et, par abréviation, Kinos, fut leplus puissant de sa race. Il a rendu célèbre le surnom de Spathas qu'il porta. En 1374, il s'empare d'Arta ; en 1330, il ravage le territoire de Janina, il se rend maître de Naupacte, épouse la fille de Thomas, roi de Serbie, successeur de Stéfan. Celui-ci implore contre Spathas le secours des Turcs, meurt dans une bataille et laisse sa veuve exposée aux attaques du redoutable abbanais. En vain, Esaü Buondelmonte, qui a épousé la veuve de Stéfan, se marie en secondes noces avec la fille de Spathas, il ne peut désarmer son beau-père. Bajazet, qu'il appelle à son aide, ne lui est pas d'un plus grand secours. Spathas lui fait essuyer une défaite. Le roi lui-même, tombé aux mains du second gendre de Spathas, ne doit sa liberté qu'à l'intervention de la ville de Florence.

Enfin, la mort seule put dompter cet infatigable aventurier. Le 29 octobre 1400, il mourut, laissant à sa famille la possession d'Arta, d'Acheloüs et de Naupacte. Cette sorte de royaume, fondé par la violence, ne dura pas longtemps. La famille des Buas fut dépouillée d'Arta parl'albanais Bonkoès, d'Angelocastron par Charles de Tocco, et Paul Buas céda Naupacte aux Vénitiens pour une somme de 500,000 ducats.

Maurice demeurait encore maître d'Arta et de Wonitza ; Charles de Tocco à sa mort s'en empara. Expulsé de l'Albanie, les Buas se réfugièrent à Constantinople et les empereurs employèrent leur courage à défendre . certaines places dans le Péloponèse. Cette partie de la

Grèce devait bientôt elle-même tomber aux mains des Turcs. Ce fut alors que trois frères de cette même famille, avec un nombre d'hommes qui allait à peu près à mille, passèrent dans Nauplie, possédée par les Vénitiens et servirent sous l'étendard de Saint-Marc.

La dispersion des Grecs en Europe n'y répandit pas seulement des lettrés : on y vit arriver aussi beaucoup d'hommes de guerre qui, à la tête de soldats de leur pays, se battaient moyennant un salaire pour les princes qui voulaient les payer. Les Lascaris, les Bocalis, les Kladas, les Paléologue prirent part aux luttes meurtrières dont l'Italie était alors le théâtre. Mercurios Buas se distingua parmi eux; il eut le bonheur de rencontrer un chantre de ses exploits. C'est à Koronaios, un grec exilé, vivant à Venise, que nous en devons le souvenir.

Chargé en 1495 du commandement des grecs mercenaires, Mercurios commença à se faire apprécier dans les combats livrés aux Français. Sur les bords du Taro, à Gérola, à Fornoue nos armées éprouvèrent la valeur de ces hardis Condottieri. Bembo, Philippe de Comines, Guichardin rendent tous le même témoignage sur ces Grecs, ils vantent leur agilité, leur courage, l'audace, et la résolution de leurs chefs (1). C'est Mercurios qui, à vingt pas de Charles VIII, fit prisonnier le duc de Bourbon; ce fut encore lui, s'il faut en croire le poëte, qui frappa notre roi au visage, et s'empara dans cette déroute d'une enseigne française. Gilbert de Montpensier, d'Aubigny, Trivulce eurent souvent à se mesurer avec lui, et n'eurent pas toujours l'avantage. Prompt à se décider, hardi à braver les périls, il anime ses cavaliers par son exemple. S'agit-il de traverser un fleuve, d'enlever une position difficile, de dresser une

(1) Bembo, rerum Venetarum historia lib. II. Mémoires de Philippe de Commines, p. 499, 506, 509, 513, édit. de Milan, cités par M. Sathas.

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embuscade, il n'hésite jamais, et son exemple fait de ses soldats autant de héros. Indifférent à la cause qu'il défend, il passe du côté des Français. Louis XII l'attire en France, reçoit de lui des services signalés contre les Espagnols et Gonzalve de Cordoue le fit gouverneur de Gênes, le nomma comte d'Aquin et de Rocca-Secca, et lui donna même le port de Mourizi.

Bientôt Maximilien l'emprunte à Louis XII et l'envoie dans la Flandre battre le comte d'Egmont et reconquérir les pays que celui-ci lui avait ravis; de retour en Italie, portant les armes contre Venise, il écrase un corps de trois cents Turcs au service de la République.

Avec François Ier, il est à la bataille de Marignan, tue quatre cents ennemis, prend six pièces d'artillerie et six enseignes. Bientôt il revient au service de Venise, prend Lodi, fait le siége de Peschiera, taille en pièces un corps de cent cinquante grecs commandés par Bocalis qui seul échappe au désastre. Vérone, Brescia le voient s'illustrer par de nouveaux faits d'armes; en 1517, il rentre à Venise où l'attend une sorte de triomphe.

Là s'arrête, en 1517, le poëme de Koronaios. Les recherches de M. Sathas nous montrent en 1519 Buas tenant garnison à Trévise pour la République; en 1527, il contribue à la prise de Pavie. Il est probable que sa mort arriva entre 1527 et 1562. Elle eut lieu à Trévise, et c'est dans cette ville, dans l'Eglise de Sainte-Marie-Majeure qu'on voit son tombeau, sculpté en 1562 par Antoine Lombard; il reçut en 1637 cette inscription, hommage de son arrière-petit-fils François Agolant :

« Au comte Mercurios Buas, prince du Péloponèse, chef de cavalerie Épirote, qui battit les Français et les chassa du royaume de Naples, rendit à Pise la liberté, rétablit Ludovic Sforza à Milan, battit Trivulce, prit Novare, vainqueur à Pavie, fit rentrer Bologne sous l'autorité du pape Jules II, soumit les Bavarois à

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