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I

primé. Il jouit encore d'une très-haute réputation en Crète et dans les îles, mais il est tombé en discrédit dans les parties plus éclairées de la Grèce. Itis curious also as a specimen of the romaic dialect at a distant period, and as furnishing a criterion to jadge of the abilities of the Greeks in poetry, in the 16 th century, when it was composed, and of their taste in the 18 th when itwas reprinted. It willenjoys the highest repute in Crete, and the islands, but has fallen into discredit in more enligthenedparts of Greece.

C'est ce poëme fort peu connu en France que nous entreprenons d'étudier aujourd'hui, comme le plus « curieux » et le plus intéressant « échantillon » de la poésie romaïque.

M. Dehèque, qui s'est beaucoup occupé de cet ouvrage, a écrit de l'auteur, Vincent Cornaro, une biographie dans Y Encyclopédie des gens du monde ('). Il n'a pu donner que de très-courts et très-incomplets renseignements sur cet écrivain. « Cornaros (Vincent), dit-il, poëte grec de la ville de Sitia en Crète, probablement d'origine vénitienne, florissait dans le XVI e siècle et pourrait passer pour l'Homère de la Grèce moderne. L'obscurité qui enveloppe sa naissance et sa vie, la gloire d'être aussi chanté par des rhapsodes, l'héroïsme de quelques caractères de son poëme, le feu qui anime ses combats, l'ingénieuse variété des aventures de son héros, l'emploi d'une langue à peine formée, lui donnent quelque ombre de ressemblance avec le chantre de l'Odyssée, etc., etc. »

Coray ne dit rien de plus que ce que nous avons déjà rapporté; Jacques Rizos-Neroulos, Fauriel n'éclaircissent pas davantage la question. William Martin Leake répète les indications déjà citées ; il affirme d'une

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manière plus précise que M. Dehèque, que Cornaro était d'origine vénitienne « a Cretan of a Venitian family. »

M. Constantin Sathas a eu l'obligeance de m'adresserlanote suivante que je transcris avec empressement, en rendant un hommage de reconnnaissance à l'auteur d'ouvrages si justement appréciés sur la littérature néo-hellénique: « Sur le poëte d'Érotocritos,je n'ai pas réussi à découvrir quelque chose de précis dans mes recherches aux archives de Venise. Il descendait sans doute de la noble famille des Cornaro (Corner) qui, avec d'autres nobles familles, fut envoyée par Venise pour coloniser la Crète; mais il n'est pas mentionné dans les arbres généalogiques des Cornaro que j'ai consultés à Venise. Le Crétois-Vénitien Apostolo Zeno, ayant rassemblé, vers le commencement du siècle passé, de riches matériaux pour une histoire de la littérature crétoise, ne le cite pas dans son ouvrage manuscrit (Su'i Scrittori di Candià) que j'ai consulté.

« Un Vincent Cornaro, fils d'André, est mentionné dans un document grec tiré des archives vénitiennes et publié par MM. Miklosich et Mùller ('); c'est un acte de vente rédigée en Crète, vers le milieu du XVIe siècle, par lequel on met aux enchères la maison de ce Cornaro, à cause des dettes qu'il a laissées. Est-ce Vincent André Cornaro, notre poète?

« Un autre Vincent Cornaro était notaire en Crète vers l'an 1650 ou 1660; mais je crois que notre poëte est plus ancien, et j'incline à admettre que l'auteur de l'Érotocritos est le Cornaro du XVIe siècle, désigné dans le monument ci-dessus. »

A ces renseignements qui ont le mérite d'avoir été puisés aux meilleures sources, M. Constantin Sathas ajoute encore celui-ci : « Au British Muséum (*), j'ai

(') Acta et Diplomata Grœca, vol. III, Vienne. (!) Fonds des manuscrits hadc'iens. n» 5,644.

découvert un manuscrit d'Erotocritos d'une belle écriture du XVIIe siècle. Il est rempli de jolies miniatures qui représentent les diverses scènes de la vie d'Erotocritos. La première nous fait voir le poëte écrivant son poëme. » Une étude attentive de ce manuscrit peut révéler quelques détails nouveaux sur Vincent Cornaro. Espérons qu'il se trouvera un amateur zélé pour en entreprendre l'examen minutieux. Je souhaite que les travaux de M. Sathas le conduisent de rechef à Londres. Nul ne serait mieux préparé que lui à profiter des moindres indications du manuscrit qu'il a découvert. Pour le moment, il m'est donc impossible d'ajouter rien de plus à la biographie du poëte, si ce n'est le détail suivant qui se trouve dans Martin Crusius (Turco-Gracia, p. 92.) « Nauplie, vers le XIIIe siècle, appartenait à une femme nommée Marie, française d'origine; elle avait aussi la principauté d'Argos. Son mari était un vénitien nommée P. Cornaro, elle céda Argos et Nauplie à Venise moyennant une rente de sept cents pièces d'or. »

Il ne reste plus qu'à étudier cet ouvrage.

Ce poëme, écrit en vers politiques rimés, a pour sujet les traverses que subit l'amour d'Erotocritos, fils de Pézostrate, ministre d'Héraclès, roi d'Athènes, pour Arétusa, la fille de ce roi.

Le nom du héros principal doit nous arrêter d'abord. Tous ceux qui jusqu'ici ont parlé de ce poëme, n'ont pas observé la composition et le sens de ce terme. Il est pourtant significatif, 'Epartoxprco; composé d''Epayco et de xpkoç désigne les épreuves d'amour auxquelles le jeune amant va se trouver soumis. Il est en quelque sorte l'Eprouvé d'Amour. Sa passion, ses douleurs, sa constance sont indiquées par ce mot (').

(') Je suivrai dans l'analyse que je vais offrir an lecteur In texte d'une édition publiée à Venise en 1817 (îlap. NixoXâw MuxEï Tw è; 'Iwoviwiov.) LIVRE PREMIER.

Dans les temps anciens, avant l'établissement de la religion chrétienne, il se manifesta un amour fidèle dont on a conservé la mémoire.

Alors régnait dans Athènes un roi du nom d'Héraclès. C'était un prince accompli, sa femme Artémis n'avait pas son égale en sagesse. Longtemps ils désirèrent un enfant. Le ciel enfin combla leurs vœux. Il leur naquit une fille qu'ils appelèrent Arétusa. A la naissance de cette enfant tout le palais fut comme illuminé. Elle devint belle, sage, studieuse, et faisait la joie de ses parents. Entre les nombreux conseillers du roi, nul n'était plus estimé de lui que Pézostrate. Celuici avait un fils du nom d'Érotocritos. Il avait dix-huit ans, il était plein de mérite, de délicatesse et de grâces: mais par malheur il était enclin à l'amour, et il s'éprit d'Arétusa.

D'abord il s'aperçut de son imprudence et de sa folie. Arétusa ne pouvait connaître sa passion, elle ne pouvait la partager. Il fit donc tous ses efforts pour étouffer dans son âme cette flamme téméraire. Il appelait à son aide les distractions de la chasse. Mais, ni son lévrier, ni son cheval, ni les promenades, ni les faucons ne peuvent le distraire. Tout lui rappelle Arétusa; les arbres, les fleurs, le chant du rossignol lui rappellent celle qu'il aime. Las de lutter, il finit par s'abandonner tout entier au sentiment qui le domine. Il vivra dans la retraite en attendant la vieillesse.

Il avait un ami, nommé Polydore; il lui ouvre son cœur.

« J'ai perdu la raison, lui dit-ii, je ne m'appartiens plus, conseille-moi, cher ami, viens à mon aide. »

Polydore, instruit de son amour, s'étonne de tant d'audace. On ne doit tourner les yeux vers les palais qu'avec respect, qu'avec crainte.

« Qu'as-tu fait de ta raison? Si la princesse vient à savoir ton amour, l'exil, la misère sont les moindres maux qui puissent t'arriver. Le roi est bon, il est généreux, il t'aime, il aime ton père, il aura lieu de haïr bien davantage son serviteur, si celui-ci cherche à lui déplaire, s'il cherche à tromper son affection. Si Arétusa t'eût, la première, déclaré son amour, ton devoir eût été de repousser ses aveux. Chasse de ton cœur ces idées d'amour. N'allume pas de ton propre souffle un feu qui te consumera. S'il arrivait que ton amour fût découvert, ta mort, la ruine de ton père seraient la punition de ton audace. »

Érotocritos répond au milieu des sanglots et des larmes, qu'il sait les périls auxquels il s'expose. Mais que faire? L'amour est si puissant. Il porte un aimant d'une attraction irrésistible; il nous aveugle, il nous entraîne dans des voies détournées: les hommes les plus sensés ont été ses jouets et ses captifs. « J'avais décidé de n'aller que rarement au palais. Je n'ai pu résister au désir de voir Arétusa. A peine pensé-je à elle qu'il me vient des défaillances, des éblouissements, la sueur de l'agonie. Ma passion était peu de chose d'abord, mais bientôt elle a crû, elle a poussé des branches, des fleurs : elle est devenue un arbre immense. Ainsi d'un petit œuf sort un oiseau qui peu à ueu prend du corps, voltige, déploie ses ailes, et qui de tout petit qu'il est devient assez grand, assez fort pour franchir les mers et braver les vents. Je riais autrefois des souffrances de l'amour; aujourd'hui me voilà pris au même piége; et c'est pour toujours. »

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