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eux^-mêmes à 1,'idiome des vaincus. Tous les décrets, tous les actes judiciaires furent d'abord dans les principautés franques écrits en français. Guillaume, Villehardouin, dans la Chronique de Morée, fait écrire en français le diplôme par lequel il donne à sa seconde fille la Baronie d'Akova:

xai BâXe và u.è yprJ/ouai <ppxyxixov iipoêeXévTÇi (' ).

Plus d'un siècle après, leg actes du gouvernement, les ordonnances de l'administration, seront écrits, dans les. deux langues, et l'usage s/établira d'avoir recours, à Un, notaire grec pour faire aux Grecs les citations, prescrites par les lois * quodsecundum usum eligatur unus notarius sive scriptor in graeca scriptura pro faciendis. citationibus in scriptis per insulam inter Graecos (*). »

Entre beaucoup de témoignages de cette nature, ^, Romanos cite (3) à l'année 1374 un acte de la cour de# Rois d'Anjou. Un baron de Corcyre, du nom de Hauteville, donne à Théodore Kabasilas les terres de la Baronie qu'il tenait de la reine Jeanne de Napjçs,. Cet acte est dressé en langue grecque. Pour le baron, qui était illettré, quatre barons ont signé en même temps qu'un notaire latin. Le môme savant cite encore un autre instrument authentique rédigé à Athènes, d'où il résulte évidemment, qu'avec les années les, Francs se familiarisèrent si bien avec la langue des indigènes que,, s'ils étaient clercs, ils lisaient et signaient sans la moindre hésitation des pièces écrites en grec. Une pièce en ce

(') Livre de. la Conquêie, 6349.

(*) XpiwôêouXXov r))ç xoiwn)TOç Kepxûpaç, àvayivtoxrxôjxevqv h TÎj JmyÔxti h. u.sjxêf>âvr,ç Bi'êXw Twv wovou.Êwv rijç vr,<rou, Ttî uwÇofxév/i h To> 8r,jxOui'w rpajxjxaTo<puXaxei^. Opa xai Toù «xpou Mouoto?ûsou Delie cose Corciresi^ Append. '<sik. LXVI. Citation de M. J. Romanos, 55. Le fait riu'il cite est de 1387.

(3) P. 55.

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originaire. Cette seconde partie, qui déterminait les droits des Grecs relativement à ceux des Français, portait ce titre : BiSXi'ov tîjç aùXîjç Tîjç MTOupyeaîaç, r, Tt)? xptaewç 'tfjç àuXîjçToO BtaxouvraTou (').

Les chevaliers de Rhodes, les rois de Chypre, toutes les fois qu'ils paraissaient en public dans les circonstances graves et sérieuses, ne faisaient usage que de la langue grecque, soit pour empêcher leurs sujets de se tromper sur leurs intentions, soit pour leur enlever tout désir de manquer à leurs ordres. On conserve dans ce genre des pièces écrites, dont les plus dignes d'attention sont celles du grand-maître de Rhodes, Jean de Lastich, pour exciter, en 1440, les peuples à la guerre contre les Sarrasins (2).

Les rapports sociaux etpolitiquesaugmentantchaque jour dans une proportion plus grande, il n'est pas étonnant de voir augmenter aussi le nombre des personnes qui parlaient grec. Ainsi, par exemple, Guillaume de Villehardouin, né à Calamatta, parlait à la fois avec facilité, la langue grecque et la langue française:

ô itpi'vxnntaç, <ùç ippôv.u.oç, p^ou.auxa Tov àraxpiOr, (3).

Ancelin deTucy, frèrede Philippe de Tucy,Bayle de Constantinople, né en Grèce, est cité comme ayant connaissance du grec:

Taiç TâÇaiç ffiEufE àxpiêoiç, Tt,v yXSuuav Tfflv 'Pwu.ai'wv (').

Un nombre infini de pièces qui existent dans les archives ou qui ont été publiées dans les Recueils (5)

(') Historiœ Juris Grasco-Romani delineatio. Auctore C. E. Zacharix. Hcidelbergse, 1839, p. 139-190 oité par M. J. Romanos, p. 59. (3) Acta et diplomata Grœca, t. III, p. 282. J. Romanos,p. 60. (3) Lin. de la Conq. 2805. (''> Ibid, 3905-6.

(-)Actn ei diph t. III, 339-339-248-250.

prouvent que la maison florentine des Accaiciùoli faisait usage de la langue grecque. Françoise, femme de Charles de Tocco, comte de Cëphalonie, duc de Leucade, seigneur d'Arta, a laissé plusieurs diplômes écrits en grec (1428) et elle signe elle-même Qpxftutx* yjxpki Oeoo Baa&uotfa Piou.atiov. C'est aussi cette signature qu'elle appose sur des actes écrits complétement en français. Cette particularité rappelle à M. «L Romanos celle-ci, qui n'est pas moins curieuse : le dernier des empereurs francs, chassé du trône de Constantinople, faisait circuler en Europe, pour y demander des secours afin de reconquérir son pouvoir, des diplômes latins portant, en cinabre, le chiffre grec dont il se servait quand il régnait.

On se figure sans peine à quels outrages était exposée la langue grecque de la part des ignorants qui la parlaient ainsi. Quand on lit dans le livre de la Conquête ('): « Si ordina deux frères meneurs, qui bien savoient la langue grégoise, car ils estoient nourris â Galathas et les envoia au despot, » il ne faut pas croire que ces frères mineurs connussent l'idiome de Platon. La langue qu'ils parlaient était un langage bâtard, rempli de locutions françaises et italiennes. Plus oette langue s'abaissait, plus elle devenait facile, plus elle se répandait. Les Vénitiens n'en parlaient plus d'autre, c'était elle que les étrangers apprenaient dans leurs voyages, l'intelligence de cet idiome ne leur suffisait pas pour comprendre le grec littéral, et plusieurs, suivant le témoignage de François Philelphe, qui, avec ces seules ressources, entreprirent de traduire les anciens écrivains, n'entassèrent dans leurs versions que des fautes et des obscurités (2).

(') P. 319

(*)Fr. Philelph. Epistol. p. 62, Venise 1502. Léonard. Arrêt. Bpisf. IV, 22, p. 139, édit. Menus. Citation de M. J. Romanos. p. 67.

Pour beaucoup d'écrivains, même relativement instruits, il n'y avait nulle différence entre cette langue vulgaire et l'ancienne langue savante. On en voit une preuve curieuse dans le poème du florentin Boniface Degli Uberti. Cette composition du XIVe siècle porte\etitvede Dittamondo. A l'imitation deDante,Fazio Degli Uberti voyage dans le monde alors connu, sous la conduite du géographe Solin. Après avoir manifesté son savoir dans la langue française et dans celle de la Provence en introduisant des interlocuteurs de ces différents pays, il suppose qu'il rencontre sur les bords du Pénée le grec Antidamas. Celui-ci est censé parler la langue de son pays, mais Degli Uberti, peu fidèle à la vérité littéraire et à la couleur locale, lui fait parler le grec moderne. Le passage est intéressant, le voici tout entier:

E giunti a lui, dalla bocca m'uscio:
IW Uou (') e fu greco il mio saluto,
Perché l'abito lui greco scoprio.

Ed egli, corne accorto e provveduto.
KaXwç t,X0eç, allora mi rispose
Allegro più ch'io non l'avea vedirto.

Cosi parlato insieme moite cose:
eîiié Jxou, ïeupeiç <pp<qfxixa; ed esso:
eijxa! Êiojxaïoç, çEûpw, e più chiose:

Ed io : TOxpaxaXw ire, odE <im, appregsu,
Mi'Xr,aE <ppâ-p"xa, ancora gli rîissi.
Me-cà /apôiç fu sua risposta adesso.

« Quand nous fûmes venus à lui ces mots sortirent de ma bouche : « bonjour! » et mon salut fut fart en grec, parce que je voyais en lui la tournure grecque. Et lui, en homme adroit et sensé : « Tu es venu bien à propos, » me répondit-il, plus gai que je ne l'avais ru. Ainsi nous parlâmes ensemble : « Dis-moi, sai&-tu la

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