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pleuve, qui avait été diacre d'un prédicant. Ces deux derniers étaient revenus au catholicisme.

« Le même jour, maître Pierre Coffret et un jeune homme de Thun furent brûlés vifs, après qu'on leur eut d'abord brûlé la langue. Ils moururent obstinés.

« Le lundi 18, M"e Lafosse fut décapitée. Elle s'était signalée dans l'iconoclastie. Elle mourut catholique.

« Le 20, Deldalle fut décapité pour avoir brisé une barre de fer à la chapelle de Notre-Dame. Sa tête bondit de l'échafaud et roula à une distance de six à sept pieds.

« Le 23 juillet, on pendit Hernauld, du village de Hollain; Roland Triaille, maçon, et Guillaume Eschevain, du village d'Estaimbourg, tous les trois comme iconoclastes. Les deux derniers étaient rentrés dans le giron de l'Église »

Et Valenciennes! L'arrivée des commissaires du duc d'Albe dans cette ville fut le signal de nombreuses exécutions. Dès le 17 janvier 1569, dix honorables bourgeois sont décapités, l'un d'eux pour avoir assisté à nettoyer' l'église de Saint-Joseph, où se faisait le prêche; le lendemain, vingt autres subissent le même sort. Et que l'on ne s'imagine pas qu'il figurât quelque malfaiteur parmi eux; non, c'étaient des érudits, de riches fabricants, des peintres distingués. Tout ce qui avait quelque réputation de- richesse, de savoir, de talent, était sûr d'attirer les soupçons des sicaires du duc d'Albe; et un soupçon, c'était la mort. Le 19 janvier, vingt bourgeois dont un vieillard de 70 ans, meurent sur l'échafaud; le 28, sept autres vont augmenter cette sanglante hécatombe. Mais les exécutions ne se succèdent pas avec assez de rapidité

1 Chronique de tout ce qui s'est passé il Tournai et aux environs, depuis l'an 1566 jusqu'en l'an 1370, sous l'épiscopat de monseigneur l'illustrissime et révêrendissime Gislebert d'Oignies, par Nicolas Le Sourdoier, bourgeois de la ville, et Simon Le Sourdoier, grand vicaire de la cathédrale. (Manuscrit de la bibliothèque de Tournai ) — Archives Du Royaume, Conseil des troubles, vol. XXXVI, f. 330. — Ciiotin, Histoire de Tournai, t. II, p. 183-190.

au gré du duc d'Albe ; le 5 mars, il commande un massacre général des prisonniers enfermés pour cause politique: cet ordre barbare coûta la vie à plus de 1,700 personnes 1; c'était un spectacle épouvantable : sur la terre gisaient, éparses ou amoncelées, des victimes de tout sexe et de tout âge.

CHAPITRE II.
1569-1571.

Continuation du mécontentement public. Causes de ce mécontentement. Amsterdam et les gueux de mer, Mesures prises contre ces derniers. Billy et Spierinck. Embarras du duc d'Albe. l'rogrès des gueux. Vues du prince d'Orange sur Enkhuizen. Cruautés des belligérants. Harlman Gauma. Guislain de Viennes, amiral des gueux. «— Leurs opérations suspendues par le débordement de la mer. Leurs désordres et leurs excès. Découragement du comte de Meghem. Insuccès du duc d'Atbe. Difficultés de la situation. Tentative de Herman de Ruyter sur le château de Loëvestein. Le duc demande à retourner en Espagne. f.umay et les gueux.

Kien ne pouvait dompter le mécontentement qui régnait dans tous les esprits et dans tous les cœurs; partout fa révolution couvait sons la cendre. Je l'ai dit ailleurs, et ici mon opinion se trouve confirmée par le témoignage de Mendoça, ce n'est pas exclusivement à l'introduction du nouveau système d'impôts qu'il faut en attribuer la vraie cause, pas plus qu'aux garnisons, aux logements militaires et à la brutalité des soldats étrangers. Sans doute, ces motifs agirent puissamment sur les peuples des Pays-Bas. Aux Belges restés sous la domination du duc d'Albe, leurs frères exilés demandaient, en effet, pourquoi ils se résignaient à avoir continuellement chez eux une soldatesque ennemie, à fournir de nouveaux

1 Archives Du Royaume, Conseil des troubles, vol. XXXVI, f. 512 verso. — Arthur Dinaux, Archives historiques du Nord de la France, t. II, p. 49 et 50.

impôts pour la payer, à supporter un joug qui ne cesserait de les écraser s'ils ne se décidaient, enfin, à le secouer; et les Belges finirent par comprendre qu'ils n'étaient plus maîtres dans leur patrie, puisque cette soldatesque occupait leurs maisons; qu'ils n'étaient plus maîtres de leurs biens, ni des fruits de leur travail, ni de leurs femmes, ni de leurs enfants, ni surtout de leurs âmes, puisqu'ils étaient contraints et punis, dès qu'ils ne vivaient pas catholiquement. Et, toutefois, ils ne voulaient pas se révolter contre le roi; ils ne tendaient qu'à s'affranchir de la tyrannie du duc d'Albe et de ses Espagnols, qu'ils accusaient de s'être emparés des Pays-Bas sans les ordres de Philippe II, avec le seul consentement du pape et des inquisiteurs. Tel était, dans le principe, le langage des insurgés; et pour le corroborer, des régiments entiers de leurs soldats portaient des écharpes rouges et les mêmes croix au drapeau que les troupes royales. L'influence de ces propos était fortifiée par la facilité des habitants à croire tout ce qu'on leur contait, et l'on peut assurer que souvent ils se montrèrent plus certains, plus convaincus de ce qu'on leur disait que de ce qu'ils avaient vu de leurs yeux.

D'autres étaient d'opinion différente. Tout en reconnaissant qu'on pouvait trouver, dans ces griefs , des mobiles de révolution, ils soutenaient que la principale cause était la répression des hérétiques. Ce qui leur donnait cette pensée, c'est que, dans le principe des troubles, les mécontents mettaient la plus grande animosité à la destruction des églises et des monastères, poursuivaient les prêtres et les moines, les dépouillaient de leurs biens et infligeaient de cruels traitements à ceux qui tombaient entre leurs mains. C'était l'exécution des édits sanguinaires de Charles-Quint qui avait provoqué la prise d'armes lors des premiers troubles, à une époque où le roi ne demandait point aux états de nouveaux sacrifices d'argent et envoyait, au contraire, tous les ans des fonds pour l'entretien du pays; il n'y avait point alors de soldats dont les Belges pussent accuser la conduite licencieuse

Cependant, en présence des brigandages exercés par les gueux de mer, Amsterdam arma un vaisseau et quelques barques. Trois pirates furent pris et exécutés dans cette ville, qui demanda aux états de Hollande de recourir à des moyens énergiques contre les écumeurs de mer; mais ces états répondirent que c'était là une question d'intérêt général qui ne pouvait être résolue que par les états de toutes les provinces des Pays-Bas et avec le concours du gouvernement (août et septembre 1569 2).

Enfin, Viglius, président du conseil privé, sollicité par ces mêmes états de Hollande et par ses parents et amis

1 Commentaires de Bernardino de Mendoça sur les événements de la guerre des l'ays-Bas, traduction nouvelle par Loumier, avec notice et annotations par le colonel Guillaume Bruxelles, 1860 , t. I, p. 244248. — Les; renvois que je fuis à l'auteur se rapportent également aux excellentes annotations de M. Guillaume, toutes les fors qu'elles y sont relatives. C'est pour ne pas trop multiplier les citations. — Contrairement à Mendoça, M. Koch (p. 158-160) soutient que les griefs religieux des Belges n'étaient que des griefs factices S'il en était ainsi, comment expliquer les motifs des édits de Charles-Quint et de leur maintien par Philippe H? Était-ce donc contre un mouvement factice qu'il fallait un tel déploiement de rigueurs, un tel redoublement de violences? Nous avons aux Archives du royaume, à Bruxelles, un curieux volume sur les hérésies et l'inquisition, lequel suffit, à lui seul, pour prouver que déjà sous Charles-Quint, le protestantisme, chez nous, était bien une réalité vivante. Comme ce volume n'est pas à la disposition de M. Koc'i, je prends la liberté de le renvoyer à la correspondance d'Érasme, à VHistoria evangelii in Belgio renovati, par Gerdès, et aux Monumenta vaticana, récemment publiés par Liimmer. 11 y trouvera, j'espère, la confirmation de ce que je viens de dire. D'ailleurs, si, au xvie siècle, le peuple belge avait été réellement si archicalholique et si hyperorlhodoxe (erzkatholisch und htjperorthodox, que le prétend le savant critique, comment la liberté de conscience réclamée du gouvernement par l'opposition, aurait-elle jamais pu devenir, chez le même peuple et d'après le même critique, la plus formidable machine de guerre (der stdrkste Mauerbrecher) de la révolution? Il y a là, ce semble, une contradiction manifeste Voy., du reste, l'appendice II.

2 Register van Holland en Weslfriesland, 1565-1574, f. 310 et 515.

de la Frise, était parvenu à convaincre le duc d'Albe de la nécessité d'armer contre les gueux; et, en effet, Billy reçut du gouverneur général pleins pouvoirs de prendre toutes les mesures nécessaires à la défense de la Frise. Il donna aussitôt l'ordre de faire bonne garde sur les côtes et de l'avertir de tous les mouvements de l'ennemi, afin qu'il pût être prêt à tout événement. Au commencement de l'année 1570, il fit occuper par ses troupes les îles situées au-dessus des côtes de la Frise, et elles y défirent les garnisons des gueux.

Cette guerre fut conduite avec la plus grande inhumanité. Cinq des vaisseaux de Billy se disposant à chercher les gueux au Vlie, furent dispersés par la tempête; un seul vint aux prises avec deux navires ennemis, dont l'un prit le large, mais dont l'autre, commandé par l'intrépide capitaine Spierinck, tint bon, fit feu sur celui des royaux et leur tua beaucoup de monde. Déjà le capitaine espagnol voulait battre en retraite; mais il fut forcé, par son équipage, de s'approcher du capitaine des pirates. Le combat recommença avec le plus grand acharnement, jusqu'à ce que Spierinck eût été sommé de se rendre. Mais craignant d'être pendu, il refuse; fait jeter à la mer quelques sacs d'argent pour les soustraire à la cupidité des Espagnols, et ordonne à un soldat de lui plonger son épée dans le cœur. Le soldat obéit. Ses camarades se précipitent dans les flots, mais ils sont pris en partie. Les têtes de ceux que l'on mit à mort furent coupées et salées et les troncs ensevelis dans la mer. En faisant son entrée triomphale à Groningue, Billy força les prisonniers de porter devant eux ce sanglant trophée et de lui en faire hommage, puis ces malheureux furent exécutés après d'horribles souffrances

Quelques navires équipés à Enkhuizen et à Hoorn, furent ajoutés à la flotte royale, qui, sous le commandement de Jean Bol, bourgmestre de Hoorn, livra bataille

1 Van Groningen, p, 45-46.

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