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ses rameaux à loO pieds du tronc, sous un toit de verre; le jardinier m'affirme qu'elle a été plantée il y a plus d'un siècle, et qu'on l'a vue produire en une seule saison, 2,200 grappes de raisins, pesant en moyenne une livre chacune.

Un parc ayant à peu près 5 milles de circonférence est situé près de la rivière et renferme un canal d'un demi-mille de longueur, bordé de magnifiques tilleuls. La belle et large avenue principale a plus d'un mille de longueur; elle est bordée des deux côtés par plusieurs rangées de hauts marronniers. Vous ne sauriez vous imaginer le magnifique coup d'œil que présente cette avenue de marronniers à perte de vue, tout couverts de milliers de gracieuses pyramides de (leurs blanches et rosées qui répandent un doux parfum, et dans lesquelles j'entends bourdonner les abeilles. Au loin apparaît le palais dans sa majestueuse simplicité. A 7 heures, je reprends le convoi à Richmond.

Vendredi 16 mai, à 7 heures du matin. Et maintenant, il me faut dire au revoir à ce beau et noble pays, à cette grande et puissante nation; il me faut quitter toutes ces belles et grandioses conceptions, dont le souvenir ne s'effacera jamais de ma mémoire! Aussi avec quel indicible bonheur je me redis, en le savourant, ce mot : au revoir! C'est que, voyez-vous, mon cher Guillaume, je suis sincèrement admirateur de l'Angleterre, et j'avoue hautement, franchement, que mon cœur n'oubliera jamais l'hospitalité que j'y ai trouvée.

Le capitaine ÉD. LEFILS.

LE PRÉSENT ET L'AVENIR. ■

And such ishuman Life...

A thousaud ills heset us as we go...

Ail dark before, ail desolate behiud!

Samuel Rodgers.

Les ans comptent pour nous bien peu de jours dorés!
Quand parfois à nos pleurs vient se mêler la joie,
A peine épanouie, hélas! elle s'y noie:
Le regret seul se lit en nos yeux éplorés...

D'autres jours devant nous déroulèront leur trame
Et comme aux jours passés d'autres chagrins naîtront:
Une ride de plus creusera notre front,
Pour y dépeindre mieux les tourments de notre âme;

Mais si par intervalle un éclair de bonheur
Vient à luire sur Itous, combien vite il s'efface!
Dans l'ombre où nous marchons, après lui nulle trace
N'éveille un souvenir pour consoler le cœur.

De ton divin trésor, ô pure jouissance,
Qu'échoit-il à la terre, orbe matériel?
Sur elle tombe à peine un rayon de ton ciel,
Et de rares élus savourent ton essence;

R. T. Ï9

Tandis que la Douleur de sou calice amer
Verse à tous sans merci sa liqueur corrosive,
Et que chacun attend sa crise convulsive,
Comme les patients du baquet de Mesmer.

Elle seule est, hélas! la reine de ce monde:
Il gémit sous le joug de son sceptre sanglant;
C'est son vautour à lui, qui déchire son flanc
Et change sa surface en une plaie immonde.

Et l'homme, son vassal, né pour porter toujours

De ce fatal pouvoir la pesante livrée,

Dès qu'il sait lire au fond de son âme navrée,

Compte pour jours heureux ceux qui sont les plus courts.

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Qu'il est poignant ce cri d'anxieuse détresse,

Qui sans trêve en tous* lieux échappe au cœur humain l

Mais, n'est-il pas d'issue à ce morne chemin,

Où de tant de dégoûts le triste poids l'oppresse?

11 faut se détourner de l'abîme où l'on court,
Comme le marinier, attentif à la sonde,
Évite les écueils qui, sous les plis de l'onde,
De son navire au port menacent le retour.

Lorsque nous contemplons la terre, comment croire
Que toujours du mal seul nous subirons la loi,
Qu'en des âges meilleurs on ne peut avoir foi,
Que le jour ne peut luire en une nuit si noire?

A l'âpre et rude hiver, au sombre et froid brouillard
Succède le printemps que le ciel bleu colore;
Après la fleur, le fruit sous le soleil se dore:
La nature partout vient sourire au regard.

Dieu, prodigue de dons pour chaque créature,
Nous a tous conviés à son large festin:
Combien d'êtres pourtant, accusant le destin,
Y cherchent vainement une maigre pâture.

S'en prendre au Créateur, âme de l'univers,
L'immuable justice, oh! serait un blasphème!
Non! le seul ennemi de l'homme est l'homme même:
La source de ses maux est dans son cœur pervers.

Il pouvait s'inspirer de la bonté divine,
Qui créa les humains, sans que rien dans leurs traits,
Ni dans leurs facultés, du ciel brillants reflets,
Ne les classât par rangs eux de même origine;

Mais le fort, au contraire, en son avidité,
Ravit la part du faible et, rompant l'équilibre,
En esclave traita son égal l'homme libre.
Alors, à lui richesse, à l'autre pauvreté.

Puis vint l'oppression, abus de la puissance,
A la foule imposer l'humble soumission,
Faisant germer aux cœurs, gonflés de passion,
La haine des auteurs de cette déchéance.

Chaque jour quelque grief de plus la provoquait.
Des plus mauvais pensers la haine fut la source:
Contre la violence on trouva pour ressource
La ruse et ses complots, quand la force manquait.

Toute arme parut bonne à dominer la tourbe,
Nom vil par les tyrans à leurs peuples donné:
A la face des cieux, sans pudeur profané,
Le nom même de Dieu vint en aide à la fourbe!

Des principes que Dieu dans leur âme avait mis
Les hommes ont ainsi perdu la conscience,
Et trompés l'un par l'autre, armés de défiance,
De frères qu'ils étaient se sont faits ennemis.

A quel affreux danger ne sont-ils pas en butte
Par leurs divisions, danger toujours croissant!
L'avenir se revêt d'une couleur de sang,
A mesure qu'entre eux s'envenime la lutte...

Pour le salut commun se rapprocher, s'unir,
Tel est leur seul refuge en ce péril extrême.
Être utile au prochain c'est servir le ciel même,
Et, par le bien qu'on fait, soi-même s'enrichir.

Dans les masses surtout qu'on sème la lumière!
Erreur et préjugés dans l'âme font la nuit:
Que par la vérité leur poison soit détruit;
Vienne partout briller sa clarté salutaire!

Si la main des puissants veut se faire sentir,
Qu'elle allége le poids des terrestres misères;
Qu'elle laisse entrevoir encor des jours prospères
A qui croyait devoir toujours vivre martyr!

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