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tions, etc. Je remarque d'abord à ma droite six larges constructions formant deux blocs pour la cavalerie du sud, nommés, le premier, bloc d'ouest, le second, bloc d'est. Après avoir tourné à gauche, sur une éminence dans la direction extrême sud et vis-à-vis de l'entrée du pavillon royal, un autre bloc composé de huit grands batiments, et de trois plus petits en arrière qui viennent rejoindre les dépendances de celui d'ouest. Ces blocs decasernes de cavalerie sont construits chacun pour un régiment de huit escadrons (troops). Leur front est partagé en trois parties; celle du milieu est d'une architecture monumentale qui appartient au style italien. Le rez-dechaussée, en pierres de taille à moulures, est orné de larges portes et fenêtres à plein cintre; au milieu, un portique avec colonnes d'ordre dorique; au-dessus de l'architrave, un fronton dans le tympan duquel sont les armes d'Angleterre et le monogramme royal sculpté dansla pierre. Les parties aux angles représentent également des pavillons avec frontons simples et corniches, mais sans colonnades. Ce bâtiment a trois étages; il est approprié pour le logement des officiers. — Il y a au rez-dechaussée une belle salle à manger (mess room), bien proportionnée et très-ornée. Derrière ce bâtiment, un autre contient les quartiers des officiers non commissionnés et un autre, plus en arrière, la salle de lecture, bibliothèque, écoles, etc.

Les quartiers des écuries, avec chambrées au-dessus pour soldats, forment quatre bâtiments principaux à deux étages, chacun d'eux pouvant contenir deux escadrons, hommes et chevaux. Au rez-de-chaussée, chaque escadron a huit écuries à quatorze chevaux, plus quatre larges boxes pour chevaux d'officiers; derrière, d'autres bâtiments servent : un pour les mariés, un pour les ateliers et un pour les forges. — Sur la gauche deux pavillons pour la garde. A l'étage, dans chaque bâtiment, il y a huit chambres pouvant contenir chacune un sergent et dix-sept hommes; deux chambres pour le nettoyage, deux lavoirs avec bassins, bains, etc., robinets qui fournissent l'eau à volonté; les chambrées sont arrangées avec un comfort et même un luxe que jusqu'à ce jour je n'avais pas encore vu dans une caserne. Le sous-officier peut descendre de sa chambre par un escalier pratiqué à l'extérieur et sans être obligé de passer dans la chambre des soldats. Les soldats communiquent avec leurs chambrées par des escaliers en fer conduisant à des galeries extérieures ou verandas qui ont 10 pieds de largeur; les charpentes, également en fer et, par conséquent, à l'épreuve du feu, servent en même temps d'abri à la litière. Les cuisines avec fourneaux pour cuire au four ou pour bouillir à volonté sont en arrière. Dans un bâtiment séparé, le rez-de-chaussée contient des écuries pour soixante-quatre chevaux d'officiers et au-dessus les quartiers des officiers non commissionnés appartenant à l'état-major du régiment. Chaque caserne possède un magnifique manége ou école d'équitation, de 180 pieds de long sur 60 de large; il n'y en a pas de plus beaux en Angleterre. Je passe sous silence les mess rooms des sous-officiers, leurs vastes cuisines, leur magnifique service, les quartiers des mariés, avec lavoirs, séchoirs y attachés; les forges, les ateliers, bibliothèques, infirmeries et cours pour chevaux malades, granges pour les fourrages, les vastes magasins pour fournitures du casernement, ustensiles, etc. Le bloc de l'est est en tous points semblable à celui de l'ouest que je viens de vous décrire.

A gauche de la route, les belles et spacieuses casernes d'infanterie forment trois blocs, celui de l'ouest, du centre et de l'est, chacun pour mille quatre cents hommes, avec bâtiment sur le devant pour logement d'un général, de l'officier commandant, de deux officiers supérieurs et de quarante-quatre officiers. Ces façades ont chacune trois étages. Elles contiennent une belle salle à manger de 30 pieds de long sur 28 de large et 22 de hauteur, situé au centre du bâtiment sous le fronton. Les logements d'officiers sont arrangés en maisons de huit appartements, plus quatre chambres au rez-de-chaussée pour domestiques. Les soldats sont casernes dans trois grandes constructions à trois étages bâties parallèlement à des distances de 80 pieds; l'espace qui les sépare est couvert par une toiture en verre sur charpente en fer et servant, au besoin, de place d'exercice. Un officier, en me les faisant remarquer disait : Voilà le désespoir des paresseux, la pluie n'empêche plus les exercices. Il y a à chaque étage dix chambres, chacune d'elles pour un sergent et vingtquatre hommes, à l'exception du rez-de-chaussée qui ne contient que les cuisines et des chambres pour huit hommes. On arrive à chaque étage par des escaliers placés de chaque côté et communiquant également à des galeries de 10 pieds de large, avec charpente en fer. Derrière ces casernes est un carré de constructions plus basses, à gauche pour tables et cuisines de sous-officiers ', magasins d'armes et d'effets; en face, les bibliothèques, clubs des sergents, salles de lecture, cantines, et au fond, des bâtiments contenant soixante-douze chambres pour mariés, des quartiers pour sergents de l'état-major, plus les magasins pour pain, viande, etc. Dans le bâtiment central, au rez-de-chaussée, est une chambre contenant la bibliothèque Victoria. Elle est bien appropriée à son usage; les rayons en chêne poli contiennent environ 1,500 volumes; une inscription en lettres d'or, sur la bibliothèque même, indique que c'est un cadeau fait par la reine à ses soldats. Tous les frais d'éclairage, chauffage et autres sont payés sur la casette particulière de la reine. Plus loin, vers la gauche, le bloc du royal artillery, Le rez-de-chaussée est

1 Je dois mentionner la table des sergents du 78e highlaiiders, couverte d'une magnifique vaisselle blanche bordée de rose et ayant toutes les pièces de service marquées de l'emblème du régiment, une tête d'éléphant; au centre de la table, une énorme téte de bouc garnie de ses longues cornes, incrustées d'argent et de pierreries, contient sur une face le moutardier, sur l'autre, sel et poivre, et une plaque du même métal, sur le front, indique que ce singulier ornement a été offert par le colonel aux sergents du 78e highlanders.

occupé par six écuries de seize chevaux, deux boxes pour chevaux en liberté, deux écuries pour onze chevaux d'officiers chacune et une large place pour la sellerie. Les étages supérieurs avec galeries extérieures sont disposés comme dans les blocs de cavalerie. Derrière la gauche du camp d'infanterie est un vaste et magnifique gymnase de forme carrée; une large veranda intérieure sert pour les salles d'armes, le travail des massues, barres, etc.

Le système de distribution des eaux pour les baraques comme pour les casernes permanentes mérite une description. L'eau est amenée dans le camp sud en entier, à l'aide de tuyaux en fer; il y a partout des robinets; dans les chambres, dans les cuisines et lavoirs, elle est distribuée à volonté. A une lieue du camp du sud, deux réservoirs sont constamment fournis d'eau par deux petites rivières, qui ont été détournées et conduites à l'aide de digues à travers les vallées. Le plus grand de ces réservoirs couvre 3 à 4 hectares de terre; il a une profondeur de 20 pieds au milieu et l'on a calculé qu'il contient environ cent millions de litres d'eau. L'autre, de moindre dimension, a une superficie d'un hectare, et environ 7 ou 8 pieds de profondeur. L'eau, extraite du grand réservoir à l'aide d'une pompe aspirante et foulante de la force de seize chevaux, est envoyée dans un autre réservoir construit à un niveau de 100 pieds plus haut et duquel les tuyaux partent pour l'alimentation des casernes permanentes. Ce réservoir, bâti en briques et ciment, est à moins d'un mille du camp; il est de forme circulaire diminuant graduellement vers le fond et bâti au haut d'une petite éminence au-dessus du camp de César; il a 150 pieds de diamètre, 15 pieds de profondeur et contient six millions de litres d'eau. Au moyeu de ce réservoir, on peut lancer l'eau sur les toits des casernes sans devoir recourir à des pompes à incendie; cela se pratique également à Bruxelles.

Le pavillon royal est un très-simple bâtiment en bois du même modèle que les buts (baraques) ; il a trois côtés avec terrassements et escarpes; il n'a qu'un rez-de-chaussée; cette construction et sa position qui commande les deux camps et les alentours lui donnent plutôt l'apparence d'un petit fort. On n'y pénètre point. Les maisons du commandant en chef et du ministre de la guerre sont bâties à côté l'une de l'autre sur une hauteur au sud du camp sud, en arrière du bloc d'ouest des casernes d'infanterie; elles ont chacune sept places bien meublées, mais sans aucune prétention à l'élégance ni à la splendeur; celle du lieutenant général commandant la division est aussi sur une hauteur en arrière du côté est du camp sud. Non loin de là, une grosse cloche (elle a été prise à Sébastopol); à côté une pièce d'artillerie donnant chaque jour le signal du réveil, de midi et de la retraite. A côté le bureau du télégraphe. Sur un terrain plus bas, bien abrité, bien choisi, j'aperçois les logements pour officiers du génie; ils sont entourés de fort jolis jardins.

Il y a dans le camp plusieurs hôpitaux : ceux du camp nord sont situés dans les rues P et Q, à l'extrémité est de ce camp. Ceux du sud, sont dans les blocs V, Z et T, qui forment un triangle par rapport à leur position de la gauche du camp permanent. Un autre hôpital, pour femmes et enfants de militaires, est dirigé par une gardemalade et des infirmières sous ses ordres. Ces hôpitaux sont tenus avec la plus parfaite propreté ; les literies y sont en tous points semblables à celles de Belgique '. Je me suis cru un instant dans un hôpital belge; les salles, les infirmiers en pantoufles, les tisanes; à l'extérieur, les moins malades et les convalescents affublés, là comme chez nous, de longues capotes de drap noir et, je crois me rappeler, de bonnets en coton bleu, jouaient avec des gros sous au palet, au bouchon; ils avaient le même air et je

1 Dans le camp, les soldats ont la même literie, mais le matelas en laine et crin est remplacé par une seconde paillasse; les lits y sont pliés comme en Belgique, la couchette se replie et forme un siège avec planchette.

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