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La Pratique des prélats. De Cœna Domini. De Eclesia adversus Morum. De Purgatorii parocho. Quredam opuscula Lutheri. Enchiridion militis christiani. Isocratis oraliones. (Les trois derniers ouvrages sont des traductions.)

A. C.UESLOOI.

ANNEXE.

Lettre autographe de William Tindale.

Credo non latere te, vir prestantissime, quid de me statutum sit. Quam ob rem, tuam dominationem rogatam habeo, idque per Dominum Jesum, ut si mihi per hyemem hic manendum sit, sollicites apud dominum commissarium, si forte dignari velit, de rebus meis quas habet, mittere calidiorem birretum, frigus enim patior in capite nimium, oppressus perpetuo catarro qui sub testitudine nonnihil augetur. Calidiorem quoque tunicam, nam hœc quam habeo admodum tenuis est. Item panum ad caligas reficiendas; duplois detrita est; camisee detrite sunt etiam. Camiseam laneam habet, si mittere velit. Habeo quoque apud eum caligas ex crassiori panno ad superius induendum; nocturna birreta calidiora habet etiam. Utque vesperi lucernam habere liceat. Tediosum quidem est per tenebras solitarie sedere. Maxime autem omnium tuam clementiam rogo atque obsecro ut ex animo agere velit apud dominum commissarium quatenus dignari velit mihi concedere Bibleam hebreicam, grammaticam hebreicam et vocabularum hebreicum, ut eo studio tempus conteram. Sic tibi obtingat quod maxime optas, modo cum anime tue salute fiât. Verum si aliud consilium de me ceptum est, aut hyemem parflciendum patiens ero. Dei expectans voluntatem ad gloriam gratie Domini mei JesuChristi, cujus spiritus tuum semper regat pectus. Ainen.

Signé : W. Tindai.us.
(D'après l'original trouvé aux Archives du conseil de Brabant]

UN MOIS EN ANGLETERRE.

SIXIÈME LETTRE'.

Digression. — Le parc Saint-James. — La garde montante. — Le vieux drapeau des grenadier-guards.—Les horseguards : beauté; uniforme; chevaux. — Réflexions. — Le palais de Buckingham. —Les environs. — Le palais de Saint-James. — La colonne d'York. — Les clubs d'officiers. — Le British Muséum : la salle de lecture; le musée. —Les policemen.

30 avril.

Mon cher Guillaume,

Vous craignez que je ne retranche de mes plaisirs le temps que je passe à vous écrire? Mais, mon ami, c'est pour moi un bonheur, lorsque après une journée de courses, confortablement assis, les pieds dans mes pantoufles, je me mets à noter tout ce que j'ai pu voir et observer. D'ailleurs je me promets une récompense : si je fais, pour compléter mon travail, de longues et minutieuses recherches, parfois infructueuses, mais plus souvent couronnées de succès, je me persuade que vous me relirez avec quel

i Voir les cinq premières Lettres au précédent volume de la Revue trimestrielle.

que intérêt lorsque vous visiterez cette grande merveille, ce musée universel qu'on nomme la ville de Londres. Si, l'histoire en main, vous observez froidement, consciencieusement, dans tous leurs détails, les innombrables monuments , les gigantesques créations qui surgissent ça et là autour de vous, provoquant chaque fois un nouvel étonnement, vous vous direz avec conviction que la capitale de l'Angleterre est sans rivale au monde ; vous serez pardessus tout franchement admirateur de la nation anglaise et de ses institutions. Mais, comme les choses les plus sérieuses ont parfois leur côté comique, vous vous divertirez aussi en écoutant les étranges appréciations, les ridicules jugements, les omnipotentes observations de gens certes très-honnêtes, qui croient être de bonne foi, mais dont l'ignorance sur tout ce qui concerne ce grand peuple, s'étaye de suffisance ou de sottise. Vous vous demanderez si c'est du Kamtchatka ou du pays des Hurons qu'ils entendent parler, et si, réprimant un premier mouvement nerveux, vous vous contentez, comme moi, de dire bien doucereusement, bien traîtreusement : Avez-vous été en Angleterre?... Avez-vous vu Londres?... Vous obtiendrez peut-être une superbe réponse dans le genre de celle que je reçus il y a quelque temps d'un vieillard à cheveux blancs, qui, de l'air le plus solennel, me jeta victorieusement : « Non, monsieur, mais... on a fait ses études. »

Cette petite digression m'a détourné de mon sujet; je reprends donc l'itinéraire que je me suis tracé.

Après Westminster Abbey, j'arrive au parc Saint-James (Saint James's Park). J'aperçois d'abord sur la place de la parade, une très-grosse pièce d'artillerie; une inscription m'apprend que ce mortier monstre (pour l'époque) fut trouvé à Salamanque, le 22 juillet 1812, après la retraite des Français, et offert comme témoignage de gratitude par les Espagnols au gouvernement anglais; de l'autre côté de la place, en face, une autre pièce d'artillerie, sorte de longue coulevrine indienne ou chinoise, tout ornée d'arabesques et de dessins capricieux, ne porte aucune inscription. — En ce moment vient à passer la garde montante pour le palais de Saint-James; elle est commandée par un capitaine, ayant sous ses ordres plusieurs officiers; ce sont des grenadier-guards (grenadiers de la garde); ils s'avancent musique en tête, drapeau déployé! 0! noble

vestige d'un drapeau, j'emploie ici une phrase consacrée,

car vous ne pouvez plus être déployé! Vous avez été

criblé, déchiré, lacéré par la canonnade et la fusillade, surtout en Crimée, et votre hampe, encore si fièrement, si héroïquement levée, ne laisse plus pendre qu'un lambeau rouge et bleu ! Mais combien ce victorieux débris est imposant!... Avec quel respect tout soldat doit le contempler! Involontairement, sans me rendre compte de mon action, le cœur ému, je me suis trouvé le chapeau à la main devant ce signe vénéré de l'honneur de tant de

braves! Il est passé et mes yeux le suivent encore...

Je songe à Inkermann, où l'armée anglaise, et tout particulièrement les régiments des gardes, sous les ordres du duc de Cambridge et du major général Bentink, soutint héroïquement l'attaque désespérée de toute l'armée russe, attaque qui, au dire de tous, dégénéra bientôt en une des plus sanglantes mêlées qu'on ait vues depuis que le fléau de la guerre est déchaîné sur le monde. Je me rappelle les paroles de leur brave commandant, le duc de Cambridge, qui, après la bataille, pleurait à chaudes larmes, comme un soldat pleure dans ces moments, et disait: « Mes braves camarades... tous mes amis... ils sont morts!... Oh! si je ne suis pas couché à côté d'eux, ce n'est pas de ma faute!... »

La garde vient d'entrer au palais de Saint-James; je me dirige vers l'hôtel du ministère de la guerre (horseguards). Dans la cour sont rangés en bataille, faisant face l'un à l'autre, deux escadrons de cavalerie d'une beauté, d'une magnificence dont rien ne peut donner une idée. Je m'attendais pourtant à voir une des plus belles troupes de cavalerie du monde; car je me rappelle toujours le compliment fait (en 1847, je pense) par le prince Albert au roi Louis-Philippe, lorsque arrivant au château d'Eu et trouvant rangés en bataille deux escadrons de carabiniers, il s'écria dans un courtois enthousiasme : « Sire, ils sont aussi beaux que nos horse-guards! » Pour ce modèle des princes, si éclairé, si juste, si ami de la vérité, c'était bien ce qu'il y avait de plus flatteur à dire de la belle cavalerie qu'il avait devant lui. En effet, ces royaux horseguards sont le nec plus ultrà de la mâle beauté militaire. Une seule chose m'étonne : je me demande dans quelles contrées le gouvernement anglais fait chercher ces descendants des Titans pour en faire des soldats et où il trouve leiirs gigantesques chevaux.

Cette garde montante a aussi son drapeau; celui-ci est intact. Son vieil étendard des guerres de la Péninsule et de Waterloo est, m'a-t-on affirmé, déposé comme une sainte relique à Chelsea. Ce noble et brave régiment n'a pas eu l'heureuse fortune de faire les campagnes de Crimée. Que de regrets ont dû éprouver ces géants! Que de soupirs ont été poussés sous ces lourdes armures de fer! Que de fois, peut-être, en lisant les prouesses de leurs braves frères d'armes, à côté de la vaillante et chevaleresque armée française, ils leur ont porté envie! Que de nobles cœurs d'officiers, d'élégants gentilshommes ont peut-être maudit en cette seule occasion, leur passage aux royaux horse-guards, ou aux life-guards, dont ils avaient été si fiers à si juste titre.

Cette puissante cavalerie porte le casque en fer poli, recouvert d'un large panache retombant, en crins rouges; la tunique courte, bleue, avec couleurs distinctives écarlate; une large cuirasse, également en fer d'un beau poli; la culotte en peau de daim, les hautes bottes à l'écuyère et les grands gantelets en buffle. Toutes les buffleteries sont très-épaisses et d'une blancheur irréprochable. L'armement consiste en une carabine, des pistolets d'arçon et un grand sabre droit à forte poignée de fer. N'était cette poignée, on croirait voir les terribles épées à deux mains des anciens preux. Tous les hommes sont l'objet d'un

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