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damnés en plein conseil, présidé par le prince lui-même, qui cependant déclare à la fin de l'arrêt de condamnation qu'il veut donner lui-même une édition du Testament en langue vulgaire.

Tandis qu'on proscrivait ainsi ses œuvres, Tindale s'était réfugié à Anvers, où il occupait la place de chapelain des marchands anglais établis en cette ville. Malgré ses fonctions, sacrées en quelque sorte, il était obligé de se soustraire aux yeux de ses ennemis en menant une vie très-retirée. Il habitait à Borrough, dit M. Offor (nous ignorons s'il entend par là Burght ou Borgerhout) dans une maison isolée, car, par ordre de Henri VIII, on -avait dépêché des émissaires pour tâcher de l'attirer en Angleterre. Le principal agent de ce prince était Etienne Vaughan, son envoyé aux Pays-Bas. On employa tous les moyens pour parvenir à ce but; on promit à Tindale de ne pas l'inquiéter et même de fournir à ses besoins, car il était, paraît-il, fort pauvre alors. Il ne se laissa pas prendre au piége; il savait trop le sort qui l'attendait, s'il retournait dans son pays. Il disait que son œuvre n'était pas accomplie, et qu'il devait achever sa traduction des Écritures avant de mourir pour sa foi. Son infortuné ami John Frith, se fiant aux promesses du roi, se livra entre ses mains; on lui fit son procès et il fut brûlé publiquement à Londres. La correspondance de Henri avec son envoyé et ses émissaires est donnée en partie parM. OfFor, qui dit que Tindale écrivit lui-même à ce monarque, mais que ses lettres n'ont pu être retrouvées. Nous renvoyons le lecteur au texte de l'auteur anglais. Henri VIII, voyant qu'il ne pouvait attirerTindale en Angleterre par ses promesses fallacieuses, se livra à toute sa colère et corrigea de sa main la dernière dépêche relative à cet infortuné, que le secrétaire d'État écrivit à Vaughan. Il reproche à ce dernier sa tolérance pour un hérétique, car la douceur de Tindale avait fait impression sur l'envoyé britannique; il lui ordonne de rompre tout commerce avec lui de peur d'être infecté de son hérésie, et de tenter tous

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les moyens possibles pour le faire punir. Le roi était d'autant plus exaspéré contre son malheureux sujet, que ce dernier était d'avis que le mariage de Henri avec Catherine devait être considéré comme indissoluble, et que Tindale faisait tous ses efforts pour consoler et assister les nombreux réfugiés qui affluaient à Anvers pour fuir les persécutions du monarque et de ses ministres. En 1534, il donna une édition du Nouveau Testament, revue et corrigée. Il profita des critiques dont la première édition avait été l'objet pour rendre celle-ci plus correcte.

Sur ces entrefaites, Tindale avait dû se réfugier dans la factorerie anglaise, à Anvers, et là, sous la protection dont les états de Brabant et la joyeuse-entrée couvraient les étrangers, il jouissait d'une sécurité relative. Le roi et ses ministres voulant absolument en finir avec lui, subornèrent un nommé Philipps, fils d'un officier des douanes de Poole. Cet homme, d'un extérieur prévenant, se rendit à Anvers avec un valet, et fit une visite à la factorerie, où Tindale logeait avec un riche négociant nommé Pointz. Il ne tarda pas à s'insinuer dans sa confiance, malgré les avis réitérés de Pointz, qui soupçonnait quelque trahison. Tindale objectait que Philipps était un gentleman instruit et incapable d'une pareille infamie. Ce dernier dînait presque tous les jours avec celui qu'il voulait perdre. Au bout de quelque temps, il se rendit à Bruxelles où, après beaucoup de démarches et d'argent dépensé, il obtint avec beaucoup de peine un ordre d'arrêter Tindale comme hérétique. Mais on ne se fiait pas aux officiers de justice d'Anvers et le procureur général de Brabant, lui-même, maître Pierre Dufief, de terrible mémoire, se rendit dans cette ville, accompagné de ses agents. Pointz était absent pour ses affaires. Philipps alla à la factorerie et escroqua d'abord à Tindale tout l'argent qu'il possédait, disant qu'il avait perdu sa bourse contenant une grosse somme. Il l'engagea ensuite à sortir avec lui, et sous prétexte de lui faire honneur, le pria de passer le premier. Lorsque Tindale fut arrivé à la porte, Philipps se jeta sur lui et l'arrêta avec l'aide des agents apostés par le procureur général. Tous ses papiers et ses livres furent saisis. Conduit au château de Vilvorde, ni les efforts de Pointz, ni ceux des autres marchands anglais ne purent aboutir à sa mise en liberté. Pointz parvint cependant à se faire délivrer par le gouvernement des Pays-Bas une lettre pour lord Thomas Cromwell. Muni de cette lettre, il se rendit en Angleterre, au péril de sa vie, et obtint une réponse en apparence favorable au prisonnier; mais, à son retour, il fut lui-même jeté en prison comme suspect d'hérésie. Il parvint à s'évader et ne cessa de faire des efforts infructueux en faveur de Tindale. Plus tard, ayant été amnistié, il se fixa en Angleterre. Toutes ces démarches, qui ne se faisaient pas sans grand danger, prouvent l'affection qu'on portait à la victime, qui par ses vertus s'était probablement rendue digne de tant de dévouement. Pendant les dix-huit mois de la détention de Tindale, Pointz fit tout ce qu'il put pour adoucir la rigueur de sa captivité; il l'aida de sa bourse. Tintale soutint, pendant ce long intervalle, une controverse ardue contreles docteurs de l'Université de Louvain-, et ne cessa de défendre la cause de la réformation par ses paroles et ses écrits Ainsi qu'il arrivait souvent à cette époque, ce fut une commission mixte qui interrogea et jugea Tindale. Elle avait été nommée par ordre de la reine Marie de Hongrie et se composait des membres suivants : le trop célèbre Ruwart Tapper, doyen de Saint-Pierre à Louvain, Jacques Lathemii et Jean Doye, chanoines du même chapitre, tous trois docteurs en théologie; Guillaume Caverson, Godefroid De Meyer, Charles T'Seerarts, Thibaut Cottereau et Jacques Boonen, con

1 11 ne nous parait guère probable qu'on ait laissé cette latitude à un homme mis en prison pour crime d'hérésie, bien qu'il soit question dans la lettre que nous publions d'une Bible et d'un dictionnaire hébraïque demandés comme une faveur par Tindale. Nous en dirons autant de la conversion du geôlier et de sa famille, que le martyrologe lui attribue.

seillers au conseil de Brabant. Pierre Dufief soutenait l'accusation f. Notre auteur anglais croit aussi que Tindale, dans sa prison, s'occupa d'une édition de la Bible où il employa les expressions usitées parmi les laboureurs et les artisans, pour mieux propager la foi nouvelle dans cette classe dela société. Il convertit, dit-on, le geôlier et toute sa famille. Cependant le terme de sa vie et de ses malheurs approchait. Il fut jugé et condamné en vertu des ordonnances rendues contre l'hérésie. Il subit sa peine à Vilvorde, au mois de septembre 15362. Il montra dans ce moment suprême la plus grande fermeté et le plus grand calme. On dit que ses dernières paroles furent : 0 Dieu, dessille les yeux du roi d'Angleterre. Après avoir prononcé ces mots, il fut étranglé, puis brûlé. Il déclare dans un passage de ses œuvres qu'il s'attendait à périr ainsi, et qu'il y était résigné. M. Offor prétend avoir trouvé le lieu de l'exécution et désigne un tertre près de la prison actuelle. Plusieurs de ses compatriotes habitant la Belgique ont fait ériger, dit-ou, un monument à la mémoire du martyr, à Vilvorde.

1 Il est certain que le procès et les papiers de William Tindale ont dû exister dans les archives du conseil de Brabant. Nous les y avons cherchés, mais en vain. Ces documents auront probablement été égarés. C'est là une perte très-regrettable, pour les Anglais surtout. Cependant nous sommes parvenu à découvrir une lettre autographe de Tindale, rédigée en latin. Elle est sans date et sans adresse, mais écrite du château de Vilvorde, lieu de sa captivité. Elle parait être adressée au procureur général et montre, sans contredit, que le malheureux Tindale languissait dans les douleurs et les privations.

Le martyrologe des réformés des Pays-Bas contient plusieurs détails sur l'arrestation, la captivité et la mort de Tindale. Nous y renvoyons le lecteur.

2 C'est par erreur qu'on donne pour compagnon de supplice à Tindale un individu nommé Martin Vyer. Cette erreur provient d'un passage mal interprété du registre n° 19662 des archives de la Chambre des compte, faisant partie des Archives générales du royaume. Martin Vyer n'a jamais existé. (Voy. A. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, t. II, p. 483, et A. Henne, Histoire du règne de Charles-Quint, t. IX, p. 11.)

Tindale paraît avoir été un homme d'un caractère trèsdoux et doué de grandes vertus. Le procureur général lui-même lui rendit la justice de dire qu'il était un fort honnête homme et très-instruit. D'après son portrait, dont la légende placée au-dessous reproduit cette assertion, portrait popularisé par la gravure et qui se voit à l'Université d'Oxford, où un membre de sa famille est encore aujourd'hui professeur, Tindale était de taille moyenne; il avait une belle et grave physionomie. Le front et les yeux sont très-beaux, la bouche est sagace, le nez aquilin, un pèu grand, une longue barbe ajoute à la dignité de sa figure.

Voici la liste de ses ouvrages. (Pour les détails bibliographiques, voir les mémoires cités de M. George Offor :)

Le Nouveau Testament (près de 40 éditions en ont été publiées). — Une grande partie de l'Ancien Testament.Les Êpîtres de saint Jean avec commentaires. Les Corinthiennes. (Tous ces ouvrages sont des traductions.)

Livre sur l'Église.

Dispute d'un savetier chrétien contre un prêtre papiste. (Espèce de libelle comme on en vit tant à cette époque.) L'homme pêcheur.

Mariage de Tindale. (mystique; il ne fut jamais marié). Préface pour une édition d'un livre de Wikklefe. Traité pour démontrer la nécessité d'une traduction des Écritures.

Prière et complainte d'un laboureur à Jésus-Christ.
Requête pour les pauvres.
Traité des Sacrements.

Explication du Testament de William Tracy.
Trois êpîtres à Frith.

Traité sur la résurrection et l'état des âmes après la mort.

Parabole de Mammon.

L'Obéissance du chrétien, réponse aux dialogues de Thomas Morus. Sentier des Saintes Écritures.

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