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dit-on, contient de grandes richesses littéraires. Le parquet est à lui seul une curiosité, il est formé de 2,366 pièces de chêne assemblées et fixées sans un seul clou.

Une chose que l'on montre comme surprenante, c'est la galerie de l'écho (whispering gallery), qui renvoie le moindre chuchotement, le plus léger bruit, le plus petit mot avec augmentation de force au côté opposé, quoiqu'il n'y ait pas moins de 140 pieds d'intervalle. J'ai supposé que la forme elliptique de la voûte était seule cause de cette propriété de transmettre des paroles prononcées à voix basse d'une personne à une autre, chacune d'elles étant placée à l'un des foyers, tandis que les personnes intermédiaires ne peuvent rien entendre. Huit tableaux représentant des sujets de la vie de saint Paul, par sir James Thornhill, ornent l'intérieur de la coupole.

Une fête glorieuse a lieu chaque année dans l'enceinte de cette noble cathédrale, c'est un festival anniversaire des écoles de charité; on n'y compte pas moins de six mille enfants tous placés dans le dôme. Les chœurs de louanges de ces milliers de jeunes voix qui s'élèvent vers le ciel, produisent un effet non moins imposant qu'émouvant.

Dans la tour sud-ouest est la grande cloche, dont le poids est de 11,474 livres, le diamètre de 10 pieds, l'épaisseur de 10 pouces, et surlaquelle frappe l'heure indiquée par l'horloge extérieure. Vue de dessous, pourriezvous vous imaginer que l'aiguille des minutes a 9 pieds 8 pouces de long, celle des heures 5 pieds 9 pouces et la circonférence du cadran 55 pieds? — Cette superbe basilique renferme des tombeaux et monuments élevés par la reconnaissance de la nation aux savants, aux guerriers qui se sont illustrés. Si l'histoire a enregistré leurs glorieux noms, ces mausolées les redisent chaque jour à tout fils de l'Angleterre en les lui enseignant comme exemples. Je dois passer rapidement devant ces tombeaux qui perpétueront d'âge en âge, à travers les siècles, les noms et le souvenir des vertus, des hauts faits de ceux qui dorment là en attendant le grand jour de la résurrection; mais je veux faire une exception pour quelques-uns qui possèdent un intérêt hors ligne ou qui attirent spécialement mon attention. C'est d'abord, dans la nef latérale à droite, un beau mausolée élevé aux braves officiers, officiers non commissionnés (sous-officiers) et soldats tombés en Crimée. — A l'extrémité est de l'aile du sud, un beau groupe en marbre blanc par Chantrey, représentant le pieux évêque Heber dans sa dernière action sacerdotale, administrant la confirmation à des chrétiens dans l'Inde. Dans les cryptes, on me montre d'abord, sous le présent chœur, des restes d'une ancienne église nommée SaintFaith. 11 y a là les corps de hauts barons, de preux chevaliers et de leurs nobles dames, personnages éminents de leur siècle. Les mutilations empêchent de rien reconnaître et surtout de lire les inscriptions. — En sortant de là, je m'arrête devant une simple pierre ne portant que le nom de Wren, son âge de 91 ans et la date de sa mort en 1723! Quelle profonde impression la vue de cette grandeur si simple a produite sur moi!... Un riche mausolée exciterait l'admiration, cette tombe fait que l'on se recueille et que l'on rêve au grand génie de cet homme modeste même après la mort! On se redit en partant: Une pierre, une simple pierre sous un de ses chefsd'œuvre !...

Le caveau du duc de Wellington! quel nom historique pour l'Angeterre!... Un superbe mausolée de ce sans pareil granit d'Écosse, de grand grain, d'un poli que rien n'égale, est au milieu du caveau et élevé sur un soubassement de même granit brut. La tombe ou la pierre tombale est d'un seul bloc du poids énorme de 70 tonnes (70,000 livres). Aux quatre angles, quatre magnifiques candélabres, également en granit d'Aberdeen, projettent chacune, nuit et jour, trois flammes ou becs de lumière. Ce grand capitaine, cet homme de génie était digne de la grande nation qui le pleure chaque jour et qui, à chaque pas, sur son sol, dans ses musées, dans ses palais dans ses catacombes, immortalise son nom, afin que dans les temps les plus reculés il soit encore répété avec toute l'admiration qui lui revient et que l'ignorance ou l'envie peuvent seules lui contester.

Tombeau de Nelson!... quelle autre gloire! quel autre nom pour faire incliner le front de tout Anglais! pour faire vibrer en lui toutes les fibres de l'honneur et de la fierté nationales! pour faire battre le cœur de tout soldat!... Horace Nelson!... Le mausolée est recouvert d'un tombeau qui avait été primitivement destiné au cardinal Wolsey; il est juste au-dessous de la rosace du pavement qui est dans la grande nef de la basilique au centre, à l'intersection des lignes. A droite est le tombeau de lord Collingwood et à gauche celui de lord Northesk, amiraux sous ses ordres à Trafalgar. Ils «ont là dans un même souvenir comme ils furent dans le même glorieux combat où une balle du Redoutable fut si fatale à l'Angleterre. Le nom de cette grande victoire navale resta enveloppé dans un deuil universel. Nelson était mort!... Quel mots pouvaient être plus poignants, plus douloureux pour la nation entière?... Quelle victoire pouvait compenser la perte irréparable de ce héros!...

A quelques pas de là, on me montre le char funèbre en bronze, recouvert de drap noir lamé d'argent, qui servit aux funérailles du duc de Wellington. Je distingue à peine dans l'obscurité des ornements, des coussins aux côtés du sarcophage. Sur l'un sont déposés les attributs de l'ordre de la Jarretière, sur l'autre le bâton de maréchal, sur un troisième la couronne ducale. Trois chevaux, caparaçonnés de noir, sont attelés de front (il y avait douze chevaux attelés ainsi par trois de front). L'on m'assure que les splendides funérailles de cet immortel soldat ont coûté 100,000 livres sterling (2,500,000 francs).

'Je neveux cependant pas finir ma lettre sans vous racon

1 Haropton-Court

ter ce que j'ai éprouvé à la vue, sans pareille au monde, dont on jouit du haut de la galerie dorée au-dessus du dôme de Saint-Paul : c'est Londres à vol d'oiseau. Je monte... je monte... Je tâtonne dans l'obscurité, je me heurte à des madriers,... tout à coup je débouche sur une petite plateforme ou galerie circulaire. Je regarde ébahi, la poitrine oppressée!... Mais je rêve!. . J'ai le cauchemar!... Je me surprends à m'écrier à plusieurs reprises : Mon Dieu! quelle Babylone!... quelle immensité!... Jusqu'à perte de vue, aussi loin que mes yeux puissent porter, de quelque côté que je regarde, je ne vois que maisons, qu'édifices! Mais lorsqu'on a le cauchemar on ne peut crier, et le bruit de ma voix me prouve bien que je suis éveillé; ces milliers de clochers, de tours, ces monuments, ces colonnes, ces statues, ces parcs, cette large rivière, ces beaux ponts; ces myriades de vaisseaux, de navires, de bateaux de toutes sortes, de toutes formes, de toutes nations; ces innombrables véhicules dans les rues, sur les places, autour des squares, tout cela allant, courant affairé; ces piétons guettant d'un trottoir, d'un refuge,' l'instant propice ou plutôt l'éclaircie qu'ils devront saisir pour se lancer rapidement entre ces six files de voitures et traverser jusque sous les têtes des chevaux; ces mille bruits confus que mes oreilles perçoivent, oui, tout cela me prouveencore que je ne rêve point ! — Quelle que soit la fatigue qui puisse résulter pour vous de cette ascension de 534 marches après une journée déjà bien remplie, croyezmoi, mon cher Guillaume, fouettez votre paresse, secouezvous et montez à la galerie dorée; de là, vous aurez une vue que rieu au monde ne peut définir, que rien au monde ne peut vous faire concevoir, que rien au monde ne saurait vous faire oublier! Vous vous écrierez comme moi : Quelle ville! quelle Babylone!... En ce moment vous vous trouverez un atome perdu, un grain de poussière imperceptible dans cette immensité! — Celui qui n'a pas joui de ce spectacle ne connaît pas la capitale de l'Angleterre.

CINQUIÈME LETTRE.

Les ponts de Londres. — Réflexions. — Trafalgar-Squarc. — Le monument de Nelson. — Réflexions. — La galerie nationale de peintures. — Turner et ses œuvres. — La statue équestre de Charles Ier. — Whitehall. — La trésorerie. — Les nouvelles maisons du Parlement. L'intérieur. — La statue équestre de Richard Cœur de Lion. — Westminster abbey. — L'intérieur. — Les tombeaux. — Réflexions.

29 avril.

Je ne sais ce qu'il faut le plus admirer de la construction si large, si magistrale du pont de Londres (London Bridge), ou de son aspect grandiose. Ses proportions sont remarquablement belles. Dépourvu de tout ornement, il est composé de cinq arches surbaissées en pierre de taille; celle du milieu, d'une prodigieuse hardiesse, a 132 pieds d'ouverture, les arches collatérales 140 et les deux dernières 130. Sa longueur est de 782 pieds, non compris les aboutissants, sur 85 de largeur. Il fut commencé en 1824 et remplaça en 1831 le vieux pont de Londres (Old London Bridge) qui seul jusqu'en 1750, et pendant près de six siècles, servit de communication de la Cité à l'autre côté de la rivière. En cette année 1750, on construisit le pont de Westminster. Simple, élégant, il a quatorze arches de 75 pieds d'ouverture chacune. En 1769, celui de Blackfriars, léger, aérien, dépassa le premier; il a 995 pieds de long sur 42 de large. En 1818, on inaugura celui de Waterloo, qui dépassa en beauté, en magnificence ses deux aînés. Il est en granit, a neuf arches égales de 120 pieds d'ouverture sur 35 d'élévation (20 pieds d'ouverture de plus que la plus grande arche de Blackfriars qui en a 100). C'est peut-être le plus beau pont qui existe. En 1811, on construisit le pont du Vauxhall et en 1819, celui de Soulhwark, tous deux en

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