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vait être faite de manière à représenter quelque allégorie.

La deuxième circonstance qui témoigne du rang éminent que la Chambre de Thielt occupe parmi nos « rhétoriques, » c'est qu'en i787 elle ouvrit un concours pour la meilleure représentation de Zaïre, de Voltaire, auquel prirent part vingtquatre sociétés, sans doute le nombre le plus considérable qu'ait jamais réuni un concours; les prix s'élevaient ensemble à trois cents florins de Brabant, somme non moins importante pour l'époque.

Nous en avons dit assez pour faire apprécier le livre dont M. De Vlaminck vient d'enrichir la littérature sérieuse; nous ne pouvons qu'ajouter : c'est un excellent livre pour le fond comme pour la forme, lisez-le et vous serez satisfait.

NUuwe liedekens, door Hendrikssone (Km. Hiel), in-18. Gent.

Il y a des moments où l'esprit, se reposant d'un travail sérieux, aime à suivre l'insecte de fleur en fleur, à accompagner le papillon d'arbuste en arbuste, à vaguer de branche en branche avec l'oiseau, becquetant à tous les fruits, s'arrêtant partout et nulle part, ne voyant de la fleur et de l'insecte que le contour, ne recueillant de l'arbuste qu'une échappée de parfum, ne perçant l'écorce du fruit que pour en apprécier la saveur, et retourne satisfait au logis où l'attend de nouveau le devoir au front tendu. Les « Chansons nouvelles » de M. Hiel donneront au lecteur la même jouissance et la même satisfaction.

Ce nouveau recueil est un petit diorama que traversent tour à tour la nature et l'homme, l'enfant et l'aurore, le printemps et l'amour, l'été et l'amour maternel, l'automne et le soir, la neige et la nuit, le berceau et la tombe, la joie et l'insouciance, la patrie et l'humanité. Il y a là pour le philosophe autant de volumes que de mots, mais nous ne lirions pas les volumes; le poëte nous donne la quintessence d'une idée, d'un sentiment, d'un tableau, rose ou cyprès, ombre ou lumière, et grâce au feu de son imagination, au charme de sa diction, a la mélodie du rhythme et de la rime, nous nous arrêtons et nous lisons.

M. Hiel s'est dès le début de sa carrière littéraire distingué par la délicatesse de ses pensées, de ses images et de ses expressions; ce sentiment, intime et de nature chez lui, le caractérise, et le rapproche de Van Beers; sa poésie est toute de cœur; elle n'enlève pas le lecteur par un vigoureux essor de l'imagination, non plus qu'elle ne l'étourdit par de grands mots vides de sens; elle est essentiellement sympathique, elle se communique et s'attache. C'est, une qualité rare et précieuse. Voici, pour donner une idée de sa poésie, la petite pièce intitulée : Begraven.

« Où donc serait notre enfant chéri? Là haut, au-dessus du » monde des étoiles, dans le ciel insondable, et exempt de » peines et de souffrances? Non, il est ici, reposant sous la » terre; notre enfant n'est pas au loin, son parfum se mêle à » celui de ces fleurs, il s'entend appeler de son nom, il voit » nos larmes, il gazouille ici parmi le doux chant des oiseaux. » Pour plaire a l'enfant, ne gémissons donc plus sur lui, notre » douleur l'afflige. Il folâtre dans les rayons du soleil, se » baigne délicieusement dans la lumière éternelle; de même » que les vents caressent les roses, il effleure nos joues, il » plonge dans nos yeux et y lit notre douleur. Non, l'enfant » n'est pas au loin, il n'a pas quitté la terre, il s'agite ici dans » notre cœur. »

Qu'on n'aille pas croire sur cet échantillon que la poésie de M. Hiel est toujours mélancolique et rêveuse; oh non! il aime aussi la joie, et sait chanter la belle et la coupe; de plus, il compatit vivement à la partie souffrante de la société, il adore la liberté et la nationalité, et sait boire gaillardement au bienêtre du prolétaire, au salut de la patrie. L'idée, d'ailleurs, chez lui marche d'accord avec le sentiment, et.il sait, à l'occasion, tirer de sa lyre des sons aussi vigoureux que suaves. Son chefd'œuvre sous ce rapport est le dithyrambe sur la mort d'un de nos meilleurs poètes, sur Van Duyse. Ici l'amour de la patrie flamande l'a inspiré, a exalté son esprit, échauffé son cœur, coloré son imagination, ennobli son style et communiqué à l'ensemble quelque chose de la rectitude de pensée et de la pureté de diction des anciens.

Nous faisons des vœux pour que M. Hiel continue à travailler sa pensée, à épurer encore davantage son goût dans le choix de ses sujets comme dans ses expressions, et s'efforce de s'approprier les dernières ressources de la langue; car il a un grand cœur et il s'est donné pour mission de répandre, parmi les masses, l'amour du vrai, du beau et du juste, dont la poésie est une manifestation si noble et si puissante. Puissent ses chansons trouver accès chez le peuple et remplacer ces immorales chansons du quartier latin qui, bien que peu ou point comprises, infectent Bruxelles et le dernier hameau de sa banlieue.

Grafloover, gedichten door J. Stacs. Antwerpen.

Les « Feuilles sur une tombe, » de M. Staes sont un hommage rendu « à la meilleure des mères, » quelques pièces de vers inspirés à un fils pieux par le plus noble des sentiments. La bonté inépuisable de cette digne femme, son amour, sa sollicitude et ses soins maternels, son cœur éprouvé par la perte d'enfants qui la précédèrent dans la tombe, son chagrin et sa mort, le culte de son souvenir et l'espoir de la revoir dans la vie future, tel est le sujet uniforme et douloureux de ces « Feuilles. » « La composition de ces vers, dit l'auteur, » m'a fait passer mainte heure de ma vie dans la plus douce » rêverie. Puissent ceux qui pleurent un être chéri enlevé par » la mort, goûter à la lecture de ces poésies le même bonheur » qu'elles m'ont procuré. » Le but de la poésie étant aussi d'émouvoir, M. Staes l'atteindra chez les âmes sensibles et pieuses d'autant plus sûrement que sa douleur est sincère et profonde et qu'elle s'exprime dans un langage pur et simple. Ce n'est pas nous qui lui reprocherons, comme il semble le redouter dans sa préface, le ton sombre de son élégie qui est ce qu'il doit «tre. Son livre est l'œuvre d'un bon fils et d'une belle âme; il a, de plus, de grandes qualités littéraires. La vie n'est qu'une mosaïque d'heur et malheur, de douleur et de joie, pourquoi ne ferions-nous pas si bon accueil au souvenir de nos amis d'outre-tombe qu'à une stance à la lune ou une ode à Phyllis? Seulement, nous ne sommes pas de l'avis de M. Staes lorsqu'il émet l'opinion « que la poésie ne doit pas tant consister dans la forme des pensées que dans les pensées mêmes. » Nous admettons jusqu'à un certain point l'art sans l'idée dans la peinture et la sculpture, mais nous sommes convaincu que pour être poêle, il faut unir la poésie de l'expression à la poésie de la pensée : il faut que le corps soit le digne reflet de l'âme. C'est le seul défaut que nous reprochions à son recueil.

CH. 8T.tU.lEBT.

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De Gcmeente onderwyzer, romantisch verhaal, door Mev. Courtmans, geboren Berchmans.

Mme Courtmans tient depuis longtemps une position distinguée dans la littérature flamande; c'est une de ces femmes rares, qui préfèrent l'idiome plantureux de leur pays à la langue française, étrangère au peuple flamand. Elle aime sa langue maternelle avec l'amour et l'enthousiasme d'une femme, avec l'énergie et la raison d'un homme.

Aussi, Mme Ida von Diiringsfeld, l'auteur de « Das geistigen leben der Vlamingen » dit-elle (nous traduisons littéralement): « J'ai entendu prétendre que cette femme n'était surpassée que par peu d'hommes dans l'énergie des opinions flamingantes. Elle pourrait en cela être citée comme exemple. »

Mais cet enthousiasme, cet amour pour sa langue ont naturellement pour but le peuple, son pays et ses saines institutions. Le récit romantique « De Gemeentc onderwyzer » (l'Instituteur communal) en témoignera comme ses autres œuvres. Ce roman est une simple narration développée avec assez de charme pour attirer et captiver assidûment l'attention du lecteur. Voici le canevas de cet ouvrage:

Edward Van Dale, élève de l'école normale de Lierre, est nommé instituteur communal à W..., village de la West-Flandre. Il y a à lutter, tout à la fois, et contre les préjugés des paysans et contre maître Savé, directeur d'une école privée. Ce vieux scélérat donne beaucoup de déboires au jeune instituteur. Aidé de deux vieilles filles, dont le temps a considérablement endommagé les intéressantes personnes, il trouve moyen par ses calomnies et son charlatanisme d'exciter les paysans contre son jeune concurrent.

Mais celui-ci a su gagner l'estime du bourgmestre, du notaire et de tous les gens éclairés du village. 11 a du reste un grand fond de courage pour lutter contre son ennemi, et ce courage est encore fortifié par l'amitié de sa bonne sœur, véritable type évangélique, et pour l'amour d'Irma, la fille du notaire, d'abord son élève et plus tard son amante. Cependant le notaire est riche, très-riche, et sa fille est destinée a M. Haveland, un notaire des environs qui a le « gousset bien garni. » Quand Irma apprend son sort, elle est sur le point d'en mourir de chagrin. (Scène stéréotypée dans presque tous les romans.) Voilà donc notre instituteur jeté dans de nouvelles perplexités. Sa fâcheuse position se complique encore par une méchante accusation, que tout le village, ou peu s'en faut, lui lance à la tête : on le désigne comme étant le séducteur de Mieken Raveschoot, gentille fillette d'un conseiller communal de l'endroit.

Cette cabale était montée par maître Savé. Van Dale s'était rendu à la kermesse d'un village des alentours en compagnie des clercs du notaire et d'une bande de jeunes gars et de jeunes filles. Le soir, au retour, il était resté quelques instants avec Mieken Raveschoot, en arrière de ses compagnons, séduits tous deux par le doux chant d'un rossignol. Ce petit incident fut remarqué par Tonia Proost, une des satellites de maître Savé, lequel en fut promptement instruit. De là, naturellement, la nouvelle alla grossissant de bouche en bouche, si bien qu'avant la fin du jour on montrait le jeune homme au doigt, comme un homme profondément immoral.

Ce coup de langue eut un plein succès : Mieken Raveschoot prit le voile et l'école de Van Dale devint déserte, la misère frappa à sa porte. Cependant, comme le dit si bien Frederika Bremer : « Quand la peine est à son apogée, le salut approche. » Van Dale avait écrit un mémoire sur la situation de l'enseignement primaire en Belgique, et ce travail lui vaut une nomination d'inspecteur cantonal. Orné de ce titre, il est digne d'être le gendre du notaire et obtient la main de sa chère Irma. Il est parfaitement heureux alors, mais bientôt il perd Roosjen, sa bonne sœur, dont la mission était désormais accomplie. Elle avait voulu suivre Mieken Raveschoot au couvent : « Mais Jésus» Christ aimait trop sa fiancée. Il envoya un de ses plus beaux » anges, qui, embrassant la bien-aimée du Seigneur, la porta » jusqu'au ciel, sans se soucier ni des larmes d'Irma, ni de la » douleur d'Edward! »

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