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vue de l'église, d'une planche représentant un jeton de l'église à l'effigie de sainte Gertrude, une lanterne en cuivre et un instrument en verre, à manche de cuivre, qui paraissent de la plus haute antiquité; le dernier de ces objets, auquel on attribuait une vertu miraculeuse, était destiné à arrêter les saignements de nez; on l'appliquait dans le cou des enfants, de la même façon et avec le même avantage qu'on emploie à cet effet une simple clef. Puis viennent « les géants » de Wetteren et le château de Laerne. A propos de ces géants, on raconte que Napoléon, précédé d'une division de cavalerie légère, traversa en 1810 la commune avec l'impératrice, laquelle se trouvait dans un état intéressant; tout le village alla processionncllement à leur rencontre, sans doute plus par curiosité que par respect; les géants n'avaient pas été oubliés dans eette circonstance solennelle; mais dès que la foule s'approcha des illustres voyageurs et que l'empereur aperçut de loin le couple de Titans, il s'écria :« Arrière manants! pas de monstres devant l'impératrice! » et les hussards de charger géants et manants et de les disperser. C'est grâce sans doute à cette précaution prompte et énergique que le roi de Rome ne fut pas lui-même un monstre ou un géant.

Jacob Van Maerlunt en zyne werken, door Karel Versnaeyen. tient, in-S" de X-li)4pp.

Dans une livraison antérieure, nous avons sommairement fait connaître cette célébrité nationale d'après le mémoire couronné de M. Serrure fils; nous y avons aussi apprécié l'œuvre de ce dernier, en nous appuyant sur le rapport que fit de ce concours M. Heremans, au nom du jury, appréciation qu'il n'y avait pas lieu de modifier, à part même la question de convenance. Il serait donc surabondant de revenir sur la personne et les œuvres de Jacques Van Maerlant à l'occasion du livre de M. Versnaeyen, et nous obéissons aux mêmes motifs en traduisant simplement ici le jugement que le jury porta sur cette œuvre, qui dans l'opinion des juges occupait la deuxième place parmi les concurrents.

« Le mémoire intitulé : Jacob Van Maerlant en zyne werken, » est-il dit dans ce rapport, « surpasse les mémoires précédents » du tout au tout. On voit que l'auteur s'est efforcé de satis» faire à toutes les exigences du programme. Il a compléte» ment approfondi le sujet; l'analyse qu'il donne des œuvres » de Van Maerlant laisse peu à désirer, et son appréciation du » mérite littéraire de ses ouvrages est généralement jusie. » Toutefois il répand peu de lumières sur les points contestés; » d'ordinaire il suit la trace de ses devanciers, et il lui arrive » bien de se fourvoyer lorsqu'il l'abandonne. Ainsi il prétend » que le Wapene Martyn fut composé peu de temps avant la » mort de Van Maerlant et tout d'un trait. Lorsque plus loin, il » veut représenter les mérites de l'auteur du Wapene Martyn » comme philosophe, on s'aperçoit qu'il s'aventure timidement » sur un terrain qui ne lui est pas assez familier. Il cherche » parfois à éluder des preuves solides par des ornements de » style. »

Cette critique sévère est celle d'un jury, et qui plus est, d'un jury officiel; mais telle qu'elle est, et précisément à cause de la source dont elle émane, M. Versnaeyen et le public peuvent et doivent la regarder comme très-élogieuse. D'ailleurs, ceux qui possèdent l'ouvrage de M. Serrure feront bien d'acquérir celui de M. Versnaeyen : ils y trouveront des idées lumineuses et des détails précieux que Ton désirerait trouver aussi dans l'œuvre du rival couronné.

Étude historique et critique sur l'orthophonie et l'orthoépie tudesques, suivie de la loi runique de modification des articulations, par Em. Vbhstraete, lieutenant d'infanterie. Gand, Iloggiié; in-8° de VII-262 pp.

Nous croyions la question de l'orthographie de la langue flamande ou néerlandaise résolue. Les seuls points qui restent en litige sont le redoublement de l'a et de l'a par eux-mêmes, comme cela a unanimement lieu pour Ve et pour l'a, ou au moyen d'un e, et l'emploi de l'y ou de y. A cette légère différence près, nous croyions être sortis à jamais de cette lutte de lettres, qui occupe malheureusement encore certains esprits, très-sérieux, sans fruit aucun pour la science, mais dans le but peu sensé de faire de la langue une ligne de démarcation politique entre la Belgique et la Hollande : sur ce point, disons-le, règne un touchant accord entre nos ultra-catholiques et nos ultra-libéraux. Ce concert, renouvelé de 1828 et 1829, n'empêchera pas l'élite des écrivains flamands de rester aussi irréprochables de patriotisme que personne, tout en écrivant leur langue à la manière des Hollandais, de même que, Flamands et Wallons, nous orthographions la langue française tout comme les Français.

Nous croyions enfin, comme le disait récemment l'un des trois linguistes distingués auxquels est confiée la rédaction du grand dictionnaire de la langue néerlandaise, le docteur Te Winkel, « que nous pouvions nous vanter d'une orthographe » qui, sans atteindre une perfection impossible, est meilleure » que toute autre. » « Quant à moi du moins, âjoute-t-il, je ne » connais aucune langue moderne qui satisfasse davantage et » plus logiquement que la langue néerlandaise aux deux prin» cipes si souvent contradictoires d'une orthographie sensée, » respectant à un si haut degré l'étymologie; sans léser, autant » que beaucoup d'autres langues, la prononciation »

Ceci établi, nous nous trouvons- très-embarrassé devant l'ouvrage de « l'Orthophonie et J'orthoépie tudesques, » qui professe, nous le constatons avec plaisir, la même opinion au sujet des deux points controversés, mais qui réclame pour l'orthographie flamande des modifications radicales dans les consonnes et les voyelles, modifications auxquelles nous ne dénions pas une valeur scientifique, mais que dans la pratique rien ne justifie. Nous avouons qu'une première et deuxième lecture de ce livre nous a laissé d'abord dans une grande perplexité; nous avons songé à une mystification, à une guerre d'un genre nouveau contre cette malheureuse langue flamande qui n'en peut mais et que plus d'un de nos « faiseurs » souhaite tout bas et tout haut à l'autre rive du Moerdyk. Mais non, nous sommes bien sur le terrain de la science; M. Verstraete est très-sincère et il n'a été mû que par l'amour de la science, par l'intérêt qu'il porte à la langue maternelle de la moitié des Belges, qui est aussi la sienne, sans doute, et il a cru, par les innovations qu'il propose, rendre la langue flamande plus rationnelle , selon lui, et en faciliter l'étude aux Wallons. Ses efforts sont certainement très-louables et inspirés par les meilleurs sentiments, il a fait des investigations très-laborieuses, nombre d'observations linguistiques très-judicieuses, il a exposé son système avec toute la chaleur et l'énergie que donne une foi vive, et son langage est souvent pittoresque. Mais à côté de ces bonnes qualités, il s'en trouve de moins bonnes; il y a bien des erreurs à relever, des observations fausses ou incomplètes à rectifier, des appréciations erronées à rétablir, et s'il nous était permis de donner un conseil à l'auteur, nous l'engagerions à appliquer son talent et ses connaissances au redressement de l'orthographie et de l'orthoépie des langues française ou anglaise, qui en ont plus besoin qu'aucun autre idiome de l'Europe.

Jaerboeken der aloude kamer van rhelorika, lut Roosjent onder henspreak: Gheblaeyt inhet wilde, te Thiell, iloor Alfons L. De Yiaminck, sekvetaria foy hetarrondissemeutskommissariaet van Dendermonde, engewe^ep gebeimschryvervauvoornoemdgeaootsehap. Met platée Gent, Hoste, gr. in-8° de 252 pages.

L'esprit d'association est surtout un des caractères distinctifs du peuple flamand. Chez nul autre, croyons-nous, il ne s'est manifesté avec autant de développement et de force, ni avec autant de ténacité à travers les temps et les obstacles. Antérieur aux communes comme la cause l'est à l'effet, il sort du brouillard de l'histoire avec elles : il en est l'âme, elles en sont le cocon, le produit de plusieurs siècles d'un travail sourd et obstiné. Toute la « Commoigne » n'est qu'un réseau d'associations, inspirées par le devoir, l'intérêt, la dévotion ou le plaisir; ce sont les serments d'arbalétriers qui veillent à la défense du pays; les nombreux corps de métiers qui témoignent de l'activité industrieuse et de la prospérité de la bourgeoisie; les confréries qui naissent de la sympathie de patronage religieux, enfin les sociétés de récréations et de jeux.

Au premier rang de ces dernières, nous saluons unanimement « le noble art de rhétorique, » « les compagnons de la rhéto» rique, » les clercs de la Bazoche, si l'on veut. A vrai dire, cet art ne se classe dans aucune de ces catégories, par son caractère littéraire, intellectuel, instructif et moralisant d'abord, ensuite, parce que le « rhétoricien » exerçait généralement une industrie ou faisait un négoce, et maniait au besoin l'arbalète meurtrière, qu'il était, en un mol, bourgeois en même temps qu'amateur; parce qu'enfin le côté récréatif de son art n'était qu'un appât pour attirer la foule à un banquet de l'intelligence. L'histoire des Chambres de rhétorique est donc celle d'une face très-importante de notre civilisation, et qui intéresse d'autant plus vivement qu'elle vient à peine d'être mise à nu, et que bien des fouilles et des études sont encore -nécessaires pour que nous ayons d'elles une idée exacte et complète.

Qui donc n'applaudirait a l'œuvre qui fait l'objet de cet article? M. De Vlaminck, secrétaire du commissariat de l'arrondissement de Termonde et ancien secrétaire de la Chambre de rhétorique de Thielt het Roosjen, a été bien inspiré en consacrant ses loisirs à faire l'historique de cette société, l'une des plus anciennes du pays et qui compte aujourd'hui environ cinq siècles d'existence. Puisées à des sources authentiques, ses annales offrent une lecture aussi fructueuse qu'amusante. Ce ne sont pas des éphémérides sèches et monotones, comme on pourrait s'y attendre; l'auteur a rattaché l'existence, la vie de « la Rose » à la vie même du peuple thieltois, subissant comme celui-ci l'influence de la paix et de la guerre, du despotisme et de la liberté, tour à tour florissante et anéantie, en liesse et en deuil, fière et assujettie; raisonneuse et satirique sous Charles-Quint, croyante et indifférente sous Albert et Isabelle. Il a été assez heureux pour nous donner une grande partie du répertoire des pièces représentées à Thielt, de 1402 à nos jours, depuis le Mystère de la Passion jusqu'au Mahomet de Voltaire et le répertoire flamand moderne, et c'est là pour nous la partie la plus intéressante et vraiment précieuse de l'ouvrage de M. De Vlaminck; il décrit ensuite les alliances dé « la Rose » avec les ghildes d'arbalétriers de la ville, ses relations d'amitié avec les sociétés de rhétorique d'autres villes et localités, les concours ouverts par elle et ceux auxquels elle a pris part, les succès qu'elle a obtenus, ses statuts, ses fêtes, le costume de ses membres, bref, tout ce qu'il a pu découvrir d'intéressant au sujet de la Chambre de rhétorique de Thielt elle-même et de ses relations extérieures.

Parmi les faits nombreux qui prouvent combien elle fut importante de tout temps, nous n'en mentionnerons que deux, séparés par un grand laps de temps : d'abord, dans le fameux concours général dit « Landjuweel, » tenu à Gand en 1539, la Chambre de Thielt obtint le troisième prix des représentations de moralités, et l'emporta sur Bruxelles, Bruges, Ypres, Courtrai, etc.; elle gagna aussi le prix de lire le « refrain » ou « virelai, » le premier prix de « la plus belle entrée dans la ville, » et le premier prix de « l'entrée à l'église, » qui deR. T. 27

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