Images de page
PDF
ePub

ments et les peuples, le malaise, le trouble et la désaffection.

» .Honneur, s'est-on écrié, pour la France et pour l'Angleterre, au souverain ou au ministre d'une de ces deux grandes puissances, qui le premier prêtera l'oreille à cet esprit nouveau ! quel que soit son passé, tout sera oublié, car en rendant la paix aux nations, il leur rendra la force, la liberté et rouvrira les ailes à cet essor sublime de la civilisation du xixe siècle qu'en gémissant nous voyons s'arrêter. Et, au nom des nations faibles, je demande aussi le désarmement, s'est écrié un officier belge, M. le major Vandevelde; c'est pour elles surtout que je défends la permanence des armées; c'est leur meilleure sauvegarde; mais je déplore l'extension ruineuse qu'elles doivent leur donner pour prouver à ceux qui menacent qu'elles sont déterminées à se défendre.

» Je ne vous dirai point les magnifiques paroles dont ce sujet a fait retentir notre salle de délibérations; elles perdraient trop à passer par ma bouche. Ce débat, d'ailleurs, n'était pas de ceux qui se résument; que ceux à qui a fait défaut la chance de l'entendre, cherchent à en obtenir une lecture complète; ils y puiseront consolation et confiance en l'avenir, malgré même le triste spectacle des violences, des convoitises et des oppressions ouvertes ou hypocrites que nous offre en ce moment le monde des deux côtés de l'Atlantique; ils y verront le germe fécond de l'estime et du respect des nations entre elles, destiné à grandir et à étouffer sous ses larges rameaux, ces amours-propres, ces vanités, ces ambitions, puérils, mesquins ou criminels auxquels sont dus tous les maux de l'humanité. »

L'auteur du présent article, ayant eu l'honneur d'être nommé rapporteur des débats de la dernière séance, prend la liberté d'ajouter ici un extrait de son travail.

L'ordre du jour de cette séance était très-chargé.

Nous avons discuté l'importante question de l'uniformité à, établir dans les lois relatives au commerce, à la navigation, aux assurances et au règlement des avaries. Le remarquable projet de code international pour le règlement des avaries présenté par MM. Théodore Bugels et Van Peborgh, d'Anvers, a été soutenu par les représentants des principales sociétés d'assurances d'Angleterre et des États-Unis. Il fera l'objet d'un examen sérieux de la part de la 5e section et nous prierons la section de législation de bien vouloir participer à nos travaux.

Un autre projet a été présenté par M. Caumont, avocat au Havre. « Le droit maritime, voilà l'immense tâche que le xixe siècle a léguée au génie perpétuellement civilisateur du commerce de mer. Malgré les services sérieux rendus à toutes les nations du globe par le développement du droit maritime, avouons, messieurs, que cette matière est malheureusement au-dessous des besoins du monde commercial, et qu'il ne faut point être sourd au vœu formé par des hommes compétents et dévoués qui veulent élever le droit maritime au niveau des besoins universellement manifestés et reconnus. » MM. Nahuys» Geelhand, Rathbone, Macfie, Bradford, Wenmackers, d'Engelbrouner, Mayer-Hartogs et Baruchson ont pris successivement la parole sur cette question, qui sera mise, nous l'espérons, au programme de notre prochaine session.

M. Macfie nous a présenté un projet très-intéressant d'une union de tous les États pour les brevets, qu'il intitule le Patent union. Son projet très-important sera soumis à l'examen d'un des hommes les plus compétents en cette matière, M. l'avocat Tillière, qui a bien voulu se charger d'en faire un rapport.

La seconde question concernait les transports. J'ai eu l'honneur de communiquer à l'assemblée que je croyais savoir que le gouvernement belge s'occupait actuellement de cette question vitale pour l'accroissement de nos forces industrielles et commerciales. M. Mayer-Hartogs a demandé à l'assemblée que cette question fût mise à l'ordre du jour de la prochaine réunion du Congrès, afin de pouvoir être discutée sérieusement.

La troisième question avait trait au crédit foncier et agricole ; nous avons entendu MM. Haeck, Nakawaski de Gheleke et le comte Arrivabene. L'attention de l'assemblée s'est portée sur quelques développements d'un projet d'organisation du crédit présenté par M. Haeck, qui démontre l'importance de cette création à plusieurs points de vue, à cause de sa nécessité et de son urgence, pour les résultats économiques qu'elle doit amener et les facilités qu'elle doit procurer pour la solution d'autres questions d'ordre intellectuel et moral. M. Haeck ajoute que cette organisation doit exercer une salutaire influence sur les principes fondamentaux du gouvernement du pays par le pays; il donne des raisons sérieuses de cette triple importance.

Au point de vue moral, l'organisation du crédit doit encore produire une influence immense, car on sait que dans les années de disette la mortalité et la criminalité sont excessives; améliorer la production n'est-ce point exercer une grande Afluence sur la moralité des populations : « Les institutions de crédit soutenues par le pays, dit M. Haeck, frappent sur le travail les impôts qu'il leur plaît d'établir; je ne dois pas sortir de mon pays pour en trouver des preuves; la Banque Nationale ne fonctionne qu'avec l'argent du pays; eh bien, elle prélève sur la circulation des effets de commerce les sommes qu'il lui plaît de prélever; il n'y a pas de contrôle, et le jour où elle voudra frapper de paralysie telle ou telle branche de travail national, elle le pourra. »

Les considérations présentées par l'orateur ont produit de la sensation, et la demande qu'il a adressée tendant à mettre la question de l'organisation du crédit à l'ordre du jour de notre prochaine réunion, a été accueillie par des applaudissements prolongés.

L'ordre du jour appelait ensuite la discussion suivante : De la falsification des denrées alimentaires au point de vue commercial. M. Bergé, auteur de la proposition, retenu par ses fonctions de secrétaire de la 4e section, n'ayant pu venir la défendre, le président, M. de Nayer, la recommande à l'attention du Congrès.

La dernière question posée comprenait Yexpo.sé des résultats produits par les modifications apportées dans les tarifs douaniers des différents pays. M. Dumesnil Marigny a déposé sur le bureau un travail dont le défaut de temps n'a pas permis l'examen.

Avant -que l'on ne terminât la séance, M. E. de Girardin a demandé que l'assemblée déclarât que c'est un progrès social que l'adoption par toutes les nations de l'uniformité des monnaies, poids et mesures. Cette proposition, appuyée par M. Joffroy, a été acclamée par des applaudissements prolongés.

Edouard Sève.

SHAKESPEARE, traduit par M. FRANÇOIS-VICTOR HUGO.

Tome IX. — LA FAMILLE.
I

CORIOLAN.

M. F.-V. Hugo poursuit vaillamment et victorieusement son travail. Exégèse et traduction, notes et appendices se suivent, se coordonnent et se complètent. C'est une œuvre hors ligne qu'il faut mettre au rang des premières par l'ardeur fougueuse du travail, par l'audace de l'exécution, par l'ingénieuse appréciation de la pensée du. maître, pensée bien comprise, et révélée pour la première fois dans son ensemble et dans toute sa portée. Et d'abord disons que c'est une idée heureuse (quoique contestée par quelques critiques), que cette classification arbitraire des pièces séparées par les dates, mais reliées entre elles par une pensée première dont la gestation lente donnait, après un long intervalle, et avec des formes différentes, des sœurs nouvelles à la première née. Ainsi dans la pensée du poôte, Coriolan ne donnait pas toute la mesure du dévouement que peut inspirer l'amour de la famille, et l'artiste en mal de génie sentait sourdre en lui et couvait, pour ainsi dire, une seconde et plus splendide expression de la passion familiale qui faisait enfin explosion dans le roi Lear. Si les lecteurs de sentiment, ceux qui forment le grand nombre, ceux pour qui l'œuvre est faite, tiennent peu compte des mystères de ces laborieux enfantements, la seconde couche, celle des raffinés, des dilettanti, des lettrés, doit aimer, ce nous semble, cet arbitraire qui n'est autre chose qu'une recherche intelligente ou une découverte heureuse des secrets du génie. L'ordre, la classification ne sont pas incompatibles avec le génie, ils sont une de ses qualités, et ce n'est pas le diminuer que de constater qu'il y a dans ces immenses cerveaux des cases où s'accumulent des embryons qui croissent lentement et sourdement avant d'éclore R. T. 26

et de s'élancer. M. F.-V. Hugo a compris et voulu faire com~ prendre cela, et pour notre part nous adhérons très-chaleureusement à ce système.

Cet éclatant neuvième volume commence par une de ces belles introductions qui donnent d'emblée à' leur auteur une place éminente parmi les critiques. Le traducteur a enfanté le critique et cela devait être. C'est moins avec une plume, osons le dire, qu'avec un scalpel qu'il faut traduire un pareil maître; forcémentla traduction devient analyse, etla recherche patiente, l'investigation obstinée, passionnée, conduisent a ces lumineux commentaires. Mais toute passion entraîne, toute passion aveugle, et il semble que le commentateur se complaise à cet entraînement qui ne l'empêche pas, il est vrai, de voir juste et bien ce qu'il voit, mais qui semble lui fermer les yeux sur ce qui manque. Nous n'avons pas surpris jusqu'ici une seule réserve contre Shakespeare sous la plume de son ardent historien; estce donc le respect qui retient M. F.-V. Hugo, car ce n'est assurément pas la sûreté du coup d'œil qui lui manque? est-ce un parti pris de déférence quand même? mais critique oblige! Les plus fervents astronomes, ceux qui frissonnant d'amour et d'admiration pénètrent dans l'éblouissant empyrée, ne nous semblent pas avoir outragé le soleil qui n'a pu leur dérober ses taches. Le soleil n'en est pas moins le soleil, splendide, fécond et rayonnant.

Puisqu'il estvraique critique oblige, nous oserons dans notre infimité reprocher au grand Shakespeare un défaut capital dans Coriolan. Disons-le tout de suite, c'est l'oubli, l'inexcusable oubli de l'idéal sans lequel le drame n'a pas d'ailes et ne saurait s'élever au-dessus du niveau du fait. Coriolan est une satire si l'on veut, une satire de l'aristocratie, de la grandeur militaire, de la famille même, une satire du peuple dont la majesté est oubliée ou méconnue, une satire de la société politique, mais ce n'est pas là un drame où palpitent les grandes émotions. A qui peut-on s'intéresser dans ce drame? à quelle vertu, à quelle grandeur, à quel sentiment grandiosement humain? Ce n'est pas à Coriolan patricien insolent, traîneur de sabre affolé de rapières, et expiant sous les rapières sa trahison à la république, mort de soldat, mais châtiment trop doux et trop honorable pour un pareil traître. Est-ce au consul Commi

« PrécédentContinuer »