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pagnes, les hommes travaillent aux champs, traient les vaches et portent les fardeaux à la ferme.

Là où il y a du bien-être, la femme est ménagère, elle n'est ouvrière qu'à certains moments, pendant la récolte ou la saison des semences; mais elle n'est pas condamnée comme sur le continent à bêcher la terre, à porter de lourds fardeaux et à être attelée à la brouette comme une esclave. La mère de famille, même dans les classes agricoles, lave et habille ses enfants avec une recherche et une propreté qu'on ne rencontre pas ailleurs dans les classes aisées.

Ce soin exceptionnel dont on entoure généralement les enfants en Angleterre, facilite la mission dela bienfaisance.

L'éducation et l'enseignement dans les écoles du dimanche, sont donnés très-souvent gratuitement par les principaux habitants de la paroisse. Les femmes anglaises dans les classes élevées, rivalisent par le dévouement et le zèle qu'elles mettent à propager toutes les mesures propres à combattre l'ignorance dans les classes pauvres. Comment ne parviendrait-on pas à extirper la misère, en élevant, par tant d'efforts combinés, le niveau moral et intellectuel des populations.

Tous les sacrifices qu'on a faits pour l'enseignement ont rapporté leur intérêt avec usure. On regagnait sur le budget de la criminalité les avances que l'on faisait au budget de l'instruction.

A côté des écoles, il y a d'autres institutions utiles, fondées ou patronées par M. Lawes. Nous nous bornerons à les énumérer, car elles ont toutes pour but d'encourager l'enseignement ou de favoriser l'épargne par la prévoyance.

A l'école du dimanche se rattache le Penny-Club, ainsi nommé parce qu'il est fondé par la prévoyance de ses membres qui, en déposant pendant l'été régulièrement un penny, avaient accumulé un capital de 24 1. 10 s. 2 d.

Ces institutions sont encouragées par les principaux habitants de la commune. Ils y contribuent pour 5 1. 19 s. 0 d.

L'hiver, les déposants sont secourus par des dons gratuits qui leur sont distribués en habillements de tout genre par les administrateurs du club, choisis ordinairement par les déposants dont les enfants fréquentent l'école du dimanche.

Un club de prévoyance pour les habillements des classes pauvres a été fondé récemment. Il disposait déjà en 1860 d'un revenu de 114 1. 11 s. 1 d., dont 22 1. 5 s. proviennent de souscriptions particulières destinées à encourager l'œuvre, tandis que 224 déposants avaient fourni le reste du capital.

L'administration nommée par les déposants administre elle-même l'œuvre et s'occupe de la distribution des secours.

L'ouvrier habitué à pourvoir lui-même à ses besoins, se moralise ainsi au moyen de l'épargne et de l'enseignement. Il apprend à lutter par lui-même contre les crises de l'industrie en épargnant sur le superflu dans les temps de prospérité. Il comprend que s'il ne peut pas toujours faire face à la misère, cela arrive plus souvent par son imprévoyance que par la faute de la société. Dans une pareille organisation où l'ouvrier sait se gouverner luimême en administrant des sociétés fondées par son énergie et sa prévoyance, la misère est rare, et quand elle arrive d'une manière imprévue, la bienfaisance publique pourvoit volontiers aux besoins des malheureux qui ont si bien compris leurs devoirs.

M. Lawes a fondé à Harpenden un grand nombre d'institutions pour développer le bien-être de ses tenanciers. Il a organisé un club où ils se réunissent le soir. Ils payent une rétribution annuelle de cinq shellings qui leur donne droit à prendre au prix coûtant la bière et les rafraîchissements qu'ils consomment dans le cercle. Le local est chauffé et éclairé pendant l'hiver. On y trouve des journaux populaires et agricoles qui instruisent le peuple tout en lui donnant une distraction utile et agréable. Le club est administré par un comité choisi . parmi les souscripteurs. Le service est fait à tour de rôle par les membres de la société. Un règlement sévère et discuté par les tenanciers est obligatoire pour tous les membres de la société.

Les tenanciers de M. Lawes s'associent encore pour acheter leur approvisionnement de charbon, leurs épiceries et leurs vêtements. Ils cherchent à acheter dans les moments les plus favorables tout ce qui est nécessaire à leur entretien et à leur subsistance. Ils réussissent ainsi à se pourvoir aux conditions les plus avantageuses sans passer par des intermédiaires, qui souvent, dans les campagnes, vendent chèrement les services qu'ils rendent aux classes ouvrières. Ils achètent, vendent, livrent et consomment au moyen d'une mutualité.

Si Harpenden doit beaucoup à l'intervention bienfaisante de M. Lawes et au bon esprit qui anime ses habitants, il est incontestable qu'on trouve dans beaucoup de comtés et de paroisses anglaises un grand nombre d'institutions utiles qui ont contribué à relever le niveau moral et matériel des populations. Partout en Angleterre la liberté a été féconde, parce qu'elle a jeté de profondes racines dans le sol.

L'homme habitué dès l'enfance à compter sur ses propres efforts cherche dans l'association l'aide et le concours qu'il ne trouve souvent ailleurs que dans la protection de l'État.

Mais en est-il de même dans les pays qui n'ont pu s'initier par deux siècles de liberté à tous les progrès réalisés par la race anglo-saxonne. On ne doit pas oublier que des civilisations diverses demandent une administration différente. En Angleterre même, le gouvernement loin de négliger l'enseignement, augmente tous les ans les subsides qu'il fournit aux écoles. Il stimule la liberté en aiguillonnant sans cesse le zèle qui anime toute la société pour le progrès et le bien-être des masses. Avant de chercher à trop restreindre l'action de l'État dans sa mission civilisatrice, ne faut-il pas chercher à suppléer à son intervention en encourageant partout la puissance individuelle à faire usage de ses droits et à discuter librement, comme on le fait en Angleterre, toutes les questions qui se rattachent au gouvernement et à l'administration civile et politique du pays?

IV. BEYNTIEKB.

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Notre dernière Correspondance d'Amérique, datée du 25 avril 1861, a paru dans le XXXIe volume de la Revue (juillet 1861): on verra plus loin que M. Houzeau nous en avait encore envoyé une, le 25 juillet suivant, qui ne nous est plus parvenue. Nous étions même, depuis cette époque, sans aucune nouvelle de notre collaborateur, lorsque, il y a quelques mois, un simple billet, accompagnant un mémoire astronomique adressée par voie diplomatique à un membre de l'Académie, nous a appris que notre ami vivait, mais séparé en quelque sorte du reste du monde, sans lettres, sans journaux, menacé d'être enrôlé comme soldat, même d'être fait esclave. De plus grands dangers encore ont enfin déterminé M. Houzeau à fuir le Texas et à se réfugier à Matamoros (Mexique), d'où il nous a fait parvenir les trois lettres qu'on va lire. Quelques fragments de lettres particulières venues en même temps, et publiés dans l'Indépendance belge du 7 juillet, ont donné un avant-goût, une indication de ce que renferme cette correspondance. E. V. B.

Austin (Texas], 20 septembre 1861.
Mon Cher Van Bemmel,

Fidèle à mes engagements envers la Revue, je vous ai adressé, le 25 avril 1861 et le 25 juillet suivant, deux Correspondances d'Amérique qui ne vous sont peut-être pas parvenues. J'ai perdu ensuite tout espoir de faire en

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