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Aussi les rares écrivains qui se sont occupés de nos annales, se sont-ils particulièrement plu à en rechercher la cause.

Les uns l'ont vue dans la forme d'existence même de la Belgique aux siècles antérieurs; d'autres en ont fait peser toute la responsabilité sur les princes bourguignons. Et, en effet, en faisant une large part à cette espèce de fatalité qui préside aux événements et semble les pousser tous à un but déterminé, on peut faire remonter à la maison de Bourgogne une grande partie des idées qui se sont développées ensuite parmi nous et des révolutions qui sty sont accomplies.

Chacun a sa manière de juger les événements et surtout d'en apprécier les effets et les causes. Mais il est des opinions qui n'obéissent ni aux sentiments personnels, ni aux vues de parti, des opinions commandées par les faits eux-mêmes auxquels elles s'appliquent. Et je crois qu'un seul regard jeté sur l'époque qui s'écoule entre la mort de Louis de Maie et la bataille de Nancy doit suffire pour déterminer le rôle et l'importance de cette époque dans notre histoire.

D'abord, pour résumer en quelques lignes les principales idées que nous avons émises, que voyons-nous dès les premières années de ce siècle? Philippe le Hardi et Jean sans Peur consacrent deux règnes entiers à s'immiscer dans les affaires du royaume de France. Peu soucieux des intérêts de la Belgique, ils lui laissent reprendre dans un complet repos, un peu des forces qu'elle venait de perdre dans les dernières guerres.

Philippe le Bon apparaît enfin, la plus grande figure de ce siècle, et son avénement signale l'apparition d'une nouvelle politique. Si d'abord il se rapproche de l'élément populaire, c'est pour être plus à même dans la suite de l'étouffer entre ses bras.

Sous la fascination qu'exerce sa puissance, les diverses provinces viennent successivement se grouper autour de lui. La Bourgogne se fait un des plus puissants États de l'Europe. Par suite même de cette politique, on voit parr tout réduite et anéantie, cette liberté devenue si nécessaire à l'existence et à la prospérité de nos villes. Mais grâce à l'éclat factice que répand autour de lui un pareil pouvoir dans des mains aussi habiles, elles se laissent éblouir, et ne distinguent pas elles-mêmes le sort qui les attend.

Charles le Téméraire se voit au moment de couronner ce grand édifice; il est à la veille de fonder un royaume de Gaule-Belgique. Malheureusement il rencontre sur sa route un formidable adversaire, qui, par ruse et par adresse, parvient à déjouer toutes ses espérances.

Engagée alors dans une lutte inégale, impuissante à retenir sous sa main tous les divers éléments qu'elle y avait comprimés, la maison de Bourgogne est précipitée de désastre en désastre. Aussi longue et aussi difficile a été son élévation, aussi rapide est sa chute; et au lendemain même de tant de puissance et d'éclat, Marie de Bourgogne, souveraine de quelques provinces ruinées, échappées à l'avidité de ses voisins, est réduite, pour conserver quelque pouvoir, à épouser un prince étranger, et à sacrifier ainsi pour de longs siècles l'indépendance de ses États.

Il y a dans cette époque, on ne peut le contester, une certaine grandeur qui frappe et plaît au premier abord. Mais il en est comme de la grandeur de maint autre siècle, et s'il est permis de faire un parallèle entre deux époques aussi différentes du reste, on ne pourrait mieux comparer sur ce point le règne de Philippe le Bon, qu'à celui de Louis XIV: glorieux et brillant en apparence, triste et déplorable en réalité. Louis XIV contribua singulièrement, dit-on, à avancer la révolution française; Philippe le Bon fut l'artisan de la perte de son propre fils. L'un et l'autre, ils eurent recours aux mêmes moyens; l'un et l'autre, ils reçurent de la postérité un surnom qu'ils ne méritaient pas.

Quant à Charles, c'est un caractère jusqu'ici unique dans les annales de l'Europe. Aux plus grandes et aux plus solides qualités, il joint les défauts et les vices les plus propres à les faire oublier. Il a de grandes et généreuses intentions, et semble mettre tout en œuvre pour les empêcher de jamais se réaliser. Prince plus véritablement national que son père et qu'aucun de sa famille, il laisse parmi le peuple la réputation d'un tyran. Victime en cela des fautes de toute sa race, il voit son trône s'écrouler sous lui, et prend plaisir à en ébranler luimême les plus solides appuis. Il laisse l'histoire étonnée de tant de courage et d'orgueil, de tant de grandeur et d'aveuglement.

Ils travaillèrent tous indistinctement à amener la décadence des Provinces-Belgiques ; en étouffant toute liberté, ils lui ôtèrent tout espoir de se relever de longtemps. Si les faits mêmes de cette époque ne renfermaient pas leur condamnation générale, on la verrait écrite en tête de chaque page de notre histoire pendant les siècles suivants.

Une gloire cependant leur est réservée, assez grande pour contre-balancer le poids de leurs fautes dans la balance où la postérité pèse les événements et leur donne le plus souvent une juste valeur : c'est la formation ou plutôt la création d'une Belgique. C'est eux, eux seuls, qui surent réunir en un solide faisceau, nos diverses provinces, autrefois désunies sous tous les rapports.

Pendant leur domination, elles ne cessèrent pas, il est vrai, de former des États isolés, sans, aucun lien d'institution, aucune fusion; mais c'était au temps à développer en elles ce sentiment national qui leur était nécessaire pour se constituer sous un seul drapeau. Le xvie siècle se chargea de continuer cette partie de l'œuvre des ducs de Bourgogne; le xix* lui donna une consécration définitive.

GEORGE VAUTIER.

10 mai 1862.

LES

INSTITUTIONS D'UNE PAROlSSE

r

DU

HERTFORDSHlRE.

HARPENDEN.

Il y a des pays qui centralisent dans la capitale la vie politique et sociale des citoyens. Il y en a d'autres qui laissent à la commune la liberté la plus grande, pourvu qu'elle soit conforme à l'organisation et aux lois qui régissent l'ensemble du territoire.

Paris est le cœur de la France, parce qu'il est le point où viennent converger toutes les aspirations de la patrie. Dans l'enseignement, dans les lettres et dans les arts, on peut dire que Paris résume toutes les grandeurs et toutes les gloires de la France. On aurait beau avoir parcouru la province, on ne saurait juger le pays sans avoir vu la capitale, siége du gouvernement, d'où parlent tous les ressorts qui dirigent un grand peuple et d'où émanent toutes les impressions qui émeuvent et agitent tour à tour l'âme de la France. Il n'en est pas de même en Angleterre : on n'aurait pas vu Londres, et on connaîtrait la Grande-Bretagne, parce que la grandeur du pays se reflète non dans une ville, mais dans l'Angleterre tout entière. Il n'y a là rien d'étonnant. L'Angleterre est forte par la liberté individuelle. L'homme y est grand, parce qu'il doit tout à son initiative personnelle, que l'État se contente de sauvegarder sans imprimer aucune direction à son esprit. La loi protége l'homme, et cette protection consiste à lui garantir la plus grande somme de libertés.

L'organisation de la société anglaise est diverse, parce qu'elle est fondée sur des franchises locales, quelquefois même sur des priviléges que les générations se transmettent en y greffant successivement les améliorations par lesquelles la liberté anglaise modifie le caractère des institutions du pays. L'écrivain, en étudiant l'origine et le progrès de la législation anglaise, comprend les traditions historiques, causes des révolutions religieuses et politiques de la nation comme le géologue, en fouillant la terre, retrouve les traces des révolutions du globe. On n'a rien aboli, mais on a tout modifié. Le peuple anglais, essentiellement pratique, croit que les réformes constantes sont des transformations plus régulières que les révolutions et les décrets.

L'usage détruit les abus, car aucune constitution écrite n'entrave l'audace des réformateurs. En Angleterre, l'individu n'est jamais sacrifié à l'État; de là il résulte que depuis Londres jusqu'à la plus petite commune anglaise, on comprend la grandeur d'une nation qui retrouve dans son énergie individuelle des ressources inconnues à la plupart des grandes viHes du continent.

Cette organisation multiple est aussi diverse que variée. Elle laisse quelquefois à désirer, parce qu'elle manque d'unité et qu'elle n'imprime pas une marche uniforme et harmonique à la civilisation anglo-saxonne; mais telle qu'elle est, elle a produit de grandes choses : elle a enfanté la moderne Angleterre, nourri au berceau les États

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