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Écoles Primaires.— Bien des personnes croient impossible d'entretenir de matières aussi sérieuses les enfants qui fréquentent les écoles primaires; quelques-uns même trouveront cette proposition ridicule.— Comment! parler politique à des enfants! les mêler à nos luttes! leur inspirer nos passions avant l'âge!... Et d'ailleurs ce sont là des choses au-dessus de leur intelligence. — Les personnes qui raisonnent ainsi, commettent une étrange erreur; il ne peut être question, on le comprend aisément, de parler aux élèves de politique militante; quant aux principes fondamentaux de notre constitution, on peut trèsbien les mettre à la portée des enfants. — Il n'est personne qui, une fois au moins, n'ait raconté à un enfant: « Il était un roi et une reine... » Là l'enfant arrêtait le narrateur : « Qu'est-ce qu'un roi, » disait-il. Si au lieu de lui répondre : « c'est un être disposant d'un pouvoir sans borne, supérieur à tout, » on avait donné une réponse plus exacte, l'enfant eût parfaitement compris. Il ne s'agit pas, au reste, de faire un cours régulier et formel, mais seulement de donner aux enfants quelques notions saines et vraies pour préparer leurs jeunes esprits à recevoir plus tard un enseignement plus complet. C'est à l'instituteur à juger d'après le degré d'intelligence de ses élèves, de ce qu'ils sont capables de comprendre. Il ne faut pas s'exagérer la faiblesse intellectuelle des enfants.

Ils conçoivent très-bien le principe de l'autorité; ils savent que les personnes qui les entourent et auxquelles ils obéissent sont elles-mêmes soumises à des lois, et ils vous comprendront lorsque vous leur direz que ces lois sont faites par les représentants du pays; ils comprendront également l'importance du principe de publicité et de responsabilité sanctionnés par la Constitution. De même, ils saisiront ce qui leur sera dit des grandes libertés de la presse, des associations et des cultes, de l'inviolabilité du domicile, du secret des lettres, etc., etc., etc.

Athénées, Collèges, écoles Moyennes. — Dans les classes inférieures de ces établissements, on pourrait pro

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céder de la même façon que dans les écoles primaires, en entrant toutefois dans quelques développements plus circonstanciés. Sans ouvrir de cours spécial, les professeurs devraient profiter des occasions qui se présentent d'entretenir leurs élèves de nos institutions nationales. Dans les leçons d'histoire notamment, ces circonstances naîtront d'elles-mêmes. Lorsque le professeur aura à expliquer l'organisation politique des peuples de l'antiquité ou du moyen âge, il fera des rapprochements avec notre organisation actuelle. Dans les classes supérieures (en secondeet en rhétorique),un cours serait fait comprenant l'explication de la Constitution de 1831 ; on ne se contenterait pas de l'interprétation du texte, on remonterait aux motifs qui ont dicté les différentes dispositions, aux principes sur lesquels elles s'appuient; la loi électorale, la loi communale et la loi provinciale feraient également partie du cours, mais serait enseignées d'une façon sommaire. Les controverses juridiques soulevées à propos de certains articles seraient écartées du cours pour ne point lui donner trop d'étendue. Sur les points en discussion, les diverses opinions seraient seulement indiquées, ainsi que cela se pratique aujourd'hui pour le cours de droit civil destiné aux étudiants en notariat.

Universités Et écoles Spéciales Supérieures. — Le même cours serait repris dans les universités pour les facultés de droit et pour les écoles spéciales annexées. Il serait convenable, nous semble-t-il, d'y joindre un traité de droit public philosophique. Les élèves universitaires sont à même sans doute d'étudier les principes rationnels de la science, et ce n'est qu'en les rapprochant de ces principes, que l'on peut bien saisir la valeur des dispositions de la loi positive. En un mot, le cours fait pour l'ensemble des facultés devrait être semblable à celui qui aujourd'hui est réservé aux étudiants en droit. Quant à ces derniers, le droit public tiendrait dans leurs études le même rang et recevrait les mêmes soins que le droit civil. Ce que nous avons dit des écoles spéciales annexées aux universités, s'appliquerait aussi aux autres écoles spéciales, telles que école militaire, école de marine, etc. Nos officiers surtout ont besoin de connaître les institutions qu'ils sont particulièrement appelés à défendre; et il est bon de les pénétrer de l'importance des lois et du respect qui leur est dû : choses que les militaires, il faut bien l'avouer, se montrent parfois disposés à perdre de vue.

Enfin, il faudrait que les études et les examens exigés des personnes se destinant à la carrière des emplois publics comprissent la connaissance des lois fondamentales. Il est profondément triste de voir l'ignorance d'un grand nombre de fonctionnaires en cette matière. Ceux qui devraient toujours donner l'exemple du respect aux lois, n'en connaissent pas parfois les plus importantes. Poussés par un excès de zèle, ils violent des droits qu'ils devraient faire respecter, et cela par pure ignorance.

Écoles D'ouvriers.—Si l'instruction politique n'était donnée qu'aux individus qui fréquentent les universités et les colléges, ce serait insuffisant. Il faut que ces connaissances pénètrent dans tous les rangs de la société, il faut que la nation tout entière porte intérêt au maintien et au développement des institutions. Le peuple entend trop parler de ses droits, pas assez de ses devoirs, dit-on souvent. Qu'il lui soit parlé à la fois des uns et des autres; en apprenant à défendre les premiers, il apprendra à remplir les seconds. Et si vous voulez faire disparaître cette lèpre des campagnes et parfois des villes : le politique d'estaminet, l'homme d'État de carrefour, vulgarisez, popularisez la connaissance de nos lois organisatrices. Du jour où chacun pourra apprécier les faux savants à leur juste valeur, leur influence sera morte.

Les écoles destinées à recevoir les ouvriers sont de différentes sortes : les écoles primaires dites écoles du soir, écoles dominicales, etc., etc. Il y a ensuite les écoles supérieures appelées souvent écoles industrielles. Le cours, cela se comprend, ne peut être fait de la même façon dans ces deux catégories d'établissements. Dans les premières, il ne pourra comprendre que les grands principes, les notions générales; dans les autres, il se fera d'une manière complète. Les écoles n'étant point partout constituées sur le même pied, ne répondant pas aux mêmes besoins, ne s'offrant pas aux mêmes personnes, on ne peut rien déterminer à priori sur ce sujet. Ce sera aux administrateurs ainsi qu'aux professeurs qu'il appartiendra de décider l'importance, l'étendue, la forme de ces cours.

La chose importante au-dessus de toutes, c'est que tous les Belges, à quelque classe de la société qu'ils appartiennent, reçoivent une instruction politique sérieuse.

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LISE.

Dans un hameau désert, gris, fauve, sablonneux,
Où la ronce et le lierre enchevêtrent leurs nœuds,
Où l'herbe croît jaunie en des filons que raye
La marne d'un terrain bariolé de craie
N'offrant sous un ciel bistre à l'œil déconcerté
Que d'un sol caillouteux la morne aridité,
Quelques troupeaux chétifs, malingres, que le pâtre
Fait brouter, accroupi sur des tessons de plâtre;
Quelques chaumes pendus au versant d'un coteau
Qui descend vers l'église et s'allonge en plateau
Sur des tapis brodés de bois et de prairies...
Pensif et tout entier aux vagues rêveries
Qui me font oublier la longueur d'un chemin,
Ma canne sous le bras et mon livre à la main,
J'allais, laissant au sud la nappe horizontale
Des moissons que la plaine un peu plus bas étale,
M'asseoir sous un vieil orme aux rameaux desséchés.

Un noir groupe d'enfants, loqueteux, mal mouchés,
Bizarrement couverts de limestre grossière,
Grouillait près du sentier dans des flots de poussière

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