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les instruire. Mais la langue ecclésiastique usitée dans les sermons et dans les lettres des patriarches, était loin d'être pure. Toutefois les prédicateurs, à ce que rapporte d'Ansse de Villoison, la préféraient au grec moderne, parce qu'il leur était plus facile, disaient-ils, de composer plusieurs discours en grec ecclésiastique, qu'un seul en grec vulgaire. Ils disaient aussi qu'il leur suffisait d'être entendus de deux ou trois personnes. « Si le peuple veut suivre nos sermons, ajoutaient-ils, il n'a qu'à s'adresser au patriarche pour faire prêcher en une autre langue. » Seulement, ajoute le même savant, « ils y mêlent de temps en temps plusieurs mots de grec barbare. » C'est dans cette langue qu'ont été écrites les légendes des saints, ce sont d'énormes volumes remplis de fables qu'on lit au peuple dans les Eglises. C'était aussi dans ce grec ecclésiastique qu'étaient composés les sermons d'Alexis Rartouros dont Crusius faisait le plus grand cas.

L'Eglise, elle-même, ne protégeait donc qu'à demi l'intégrité des souvenirs et de la littérature classiques. Il faudrait même croire qu'elle nuisait à la perpétuité de la tradition, s'il était vrai que, par crainte des censures et de l'excommunication, les moines se refusassent à copier d'autres livres grecs que des livres de théologie. Le voyageur Pierre Belon (1553) remarque qu'au Mont-Athos il n'y avait plus au temps de son voyage autant de savants que par le passé. Il parle, lui aussi, de peines ecclésiastiques portées contre ceux qui copieraient d'autres ouvrages que des œuvres de théologie. Il est juste toutefois d'opposer à ce témoignage celui du médecin J. Commène qui, ayant demeuré longtemps dans les bibliothèques du Mont-Athos, assure qu'on y trouvait un grand nombre d'ouvrages anciens sur toutes sortes de sciences. Le père de Montfaucon, qui rapporte cette autorité, prouve encore par les suscriptions des calligraphes que les prêtres et les moines avaient souvent écrit des livres de philosophie, d'astronomie, de poétique et d'histoire; il dit que, au temps du voyage de Belon, le moine Mathusalas copiait les ouvrages d'Aristote pour son usage.

Pourtant, il est bien vrai que les livres mêmes ont disparu de cette malheureuse ville de Constantinople. Nicolas V, Laurent de Médicis, les rois de France y ont envoyé des savants pour acheter à grands frais les manuscrits des anciennes bibliothèques. La Grèce, dit Jean Argyropoulos a passé les Alpes. Comme autrefois, le rhodien Molon, en présence de Cicéron qui dissertait en grec, Argyropoulos admire avec douleur Reuchlin interprétant, en sa présence, sans commettre une seule faute, un passage de Thucydide. C'est désormais en Allemagne, en Italie, en France, à Venise, à Padoue, à Paris, à Tubingue, que les Grecs modernes, jusqu'au jour de leur délivrance, viendront s'instruire, comme Scléros, le poète de la guerre de Crète. Nous. leur rendrons ce qu'ils nous ont eux-mêmes donné, c'est ainsi que les peuples se transmettent de main en main ce flambeau impérissable de la science.

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DIOPHANE ET BLOSSIUS

OUVRAGE ÉCRIT EN GREC ACTUEL, PAR M. MARC RÉNIÉRIS (').

L'association pour Vencouragement des Études grecques en France, fondée à Paris en 1867, a eu pour effet immédiat de resserrer étroitement nos rapports intellectuels avec la Grèce moderne. Les hellènes se sont empressés de concourir par des dons et des souscriptions au succès de cette œuvre. Athènes et Constantinople nous ont envoyé un nombre considérable de confrères, tous très-sympathiques et très-généreux. M. Zographos a fondé un prix de 1,000 francs qui se décerne chaque année à l'ouvrage le mieux en rapport avec le but que poursuit la Société.Tous les ans, il nous arrive, soit à titre d'hommage, soit pour concourir aux prix proposés, un bon nombre d'ouvrages écrits en grec, publiés en Grèce, dont la connaissance aurait pu nous échapper, ou rester dans un cercle moins étendu. C'est ainsi que nous avons connu les utiles et précieux travaux de M. Balettas, une histoire fort savante de la langue grecque de M. Maurophridis, les recherches intéressantes de M. Sathas sur le moyen âge en Grèce, des discours, tels que ceux de M. Basiadis, et de

(') ITept BXbxroi'ou xoù Ato^avoû; speuvat xal èocasfat Mâpxou Pevtipi), in-8°, l AwJAx, 1873.

M. Karapanos. Je ne peux pas oublier non plus l'Histoire de la Grèce, si complète, si sagement critique, si profondément érudite de M. Paparigopoulos.

C'est à titre de membre de cette association que j'ai reçu moi-même, une étude de M. MarcRéniéris, écrite en grec, ayant pour objet des recherches et des conjectures sur Blossius et Diophane, un philosophe et un rhéteur grecs; celui-ci professeur d'éloquence des deux Gracques, celui-là leur conseiller, leur inspirateur, leur confident dans les entreprises qu'ils tentèrent; tous les deux, unis au sort de Tibérius, et victimes, ainsi que lui, de la colère de ses ennemis.

Cicéron ne nous avait pas laissé ignorer les noms de ces deux grecs établis à Rome. C'est de l'un d'eux qu'il a dit, dans son dialogue mïiïxAè Lœlius, ou àeAmicitia: « C. Blossius Cumanus, hospes faniiliœ vestrœ, Scœvola, quum ad me, qui aderam Lœnati et Rupiho consulibus in consilio, deprecatum venisset, hanc, ut sibi ignoscerem, causant afferebat, quod tanti Tib. Gracchum fecisset, ut, quidquidille vellet, sibi faciendurn putaret. Tunx ego: Etiamne, inquam, si te in Capitolium faces ferre vellet ? — Numquam, inquit, voluisset id quidem. Sed, si voluisset? Paruissem. » Videtis, quant nefaria vox. EtHercle ita fecit, velplus etiam quant dixil: non enim paruit ille Tib. Gracchi temeritati, sed prœfuit; nec se contitem illius furoris, sed ducem prœbuit, itaque hac amentia, quœstione nova perterritus, in Asiamprofugit, adhostes se contulit, pœnas reipublicœ graves justasque persolvit ('). »

Nous avons là un jugement grave et sérieux sur le rôle de Blossius auprès de Tibérius Gracchus. Dans son second discours sur la loi agraire, Cicéron le reproduit encore, d'une manière plus fugitive, mais non moins forte : « Quent hominem (Considium) Vegrandi macie

(') Lai. 11. 37. — Edit. Orelli.

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