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sont pas sans valeur. Il y voit comment de degré en degré la langue s'abaisse jusqu'au patois gréco-vénitien, sans que pourtant la tradition des études antiques se perde tout-à-fait, même dans les îles ioniennes.

On sait que le XVe et le XVIe siècles ont été les périodes les plus tristes de la Grèce moderne. C'est dans ce temps que l'ignorance a été la plus complète, et que la langue a subi son plus grand déchet. Toutefois, ces deux siècles n'ont pas vu naître le grec moderne : il est beaucoup plus ancien et ne s'est pas formé tout d'un coup. La langue antique avait, comme le latin, son idiome vulgaire et pour ainsi dire rustique. Non-seulement il y avait différence de dialectes dans les diverses parties de la Grèce, mais il y avait des libertés de construction d'où devaient sortir nécessairement toutes les modifications de la langue vulgaire. Ainsi, d'après Plutarque, Vie d'Homère, on mettait souvent dans le dialecte attique le nominatif à la place de l'acusatif et du vocatif; le génitif et le datif s'employaient indistinctement l'un pour l'autre. Les Eoliens mettaient, au pluriel, le datif à la place de l'accusatif. Des pléonasmes de l'éolien, des ellipses du dorien, des contractions de l'article devaient sortir à la longue le grec moderne. Ce grec vulgaire xotvY) omki] SiàXEXToç vivait timide et caché sous la langue savante. Les révolutions diverses qui troublèrent la Grèce depuis la conquête des Romains ne firent que le protéger et l'enhardir chaque jour davantage, j usqu'à ceque l'ignorance publique et les malheurs des temps firent apparaître au jour cette langue populaire issue du mélange des Grecs avec les barbares.

Quoique le IX" siècle eût régénéré la langue des Grecs, que le XIIe, suivant Gibbon, ait vu revivre le génie d'Homère, de Démosthène, d'Aristote et de Platon, il n'en est pas moins vrai que le même temps et le siècle suivant surtout, donnèrent plus de liberté au

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langage nouveau que les historiens de la langue ont appelé fjuÇoSapgapoç. L'italien Philelphe, qui vécut longtemps à Constantinople, disait trente ans avant la prise de cette ville par les Turcs : « La langue vulgaire a été corrompue par le peuple et par la multitude de marchands et d'étrangers qui arrivent tous les jours à Constantinople et qui commercent avec les habitants. C'est des disciples de cette misérable école que les Latins ont reçu des traductions plates et obscures de Platon et d'Aristote, mais nous ne nous attachons qu'aux Grecs, qui méritent d'être imités, parce qu'ils ont échappé à la contagion. On retrouve dans leurs conversations familières la langue d'Aristophane et d'Euripide, des philosophes et des historiens d'Athènes; le style de leurs écrits est encore plus pur et plus correct. Ceux qui sont attachés à la cour par leurs places et leur naissance conservent toute l'élégance et la pureté de la langue; on retrouve toutes les grâces et la naïveté du langage chez les nobles matrones qui n'ont aucune communication avec les étrangers, ni même avec leurs concitoyens. »

On trouve dans Martin Crusius un détail transmis par Schitteberg et qui se rapporte à la même époque. Cet écrivain, qui avait parcouru les différents royaumes de l'Orient depuis l'an 1394 jusqu'en 1427 et avait séjourné à Constantinople, dit : « Toutes les fois qu'un laïc rencontre un prêtre dans les rues de cette ville, il se découvre, s'incline et lui dit : iuXsyEt fjtiva Sécnro-ra, alors le prêtre lui met la main sur la tête et dit à son tour ô 0eèç âuXoyerao aivav. » On voit ici, ajoute d'Ansse de Villoison, des expressions d'un grec corrompu ; il y faut comprendre celle de b Stoç pour Qeôç, car les Grecs modernes mettent toujours l'article emphatique devant le nom de la divinité.

Si le grec littéral avait tant de peine à se désions et d'autres semblables sont purement italiennes.

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La chronique de Matésès atteste la même influence. Il suffira d'en extraire ces mots pour le prouver : 6 xa"Ktim -pcevepàXe;, xaTTETàvfô Xà vâêe, ïÇoXa, fjnTOuXjxiiEpt, [XitaXatç, çsXouxàiç, y£wapcè<;, çeêpouapY].

Cependant, comme nous le voyons dans le poëme de la guerre de Crète, le souvenir de l'ancienne langue n'avait pas tout-à-fait disparu, mais c'était moins à Constantinople et dans la Grèce même, qu'en Italie et en Allemagne qu'il fallait aller chercher cette science qui donnait la clef des œuvres d'Homère et de Platon. Tous les détails qu'on peut recueillir sur cette époque dans Martin Crusius attestent que s'il se conservait encore quelques restes d'études dans la Grèce, ils étaient bien faibles et bien languissants ; sans doute il y avait une école à côté de l'Eglise de chaque grande ville, mais il n'y était établi aucune distinction de classes et de leçons, un seul maître formait les enfants à la lecture du psautier, des heures et des autres livres rituels. Théodose Zygomalas écrivait en 1581 à Martin Crusius que son père, nommé Jean, avait été appelé à Constantinople, par le patriarche qui s'appelait Jaosaph, pour y enseigner les belles-lettres, dont il était presque seul capable de donner des leçons; qu'il y enseigna en effet la langue grecque et les arts libéraux à environ quinze écoliers.

L'Eglise semblait devoir être l'arche où se conserverait pure la tradition ancienne. En effet, on voit dans les lettres adressées à Crusius qu'il y avait quelques prêtres qui savaient fort bien l'ancienne langue, quelques-uns par tradition de père en fils, d'autres comme les habitants du Péloponèse, de la Crête et de Chio pour avoir étudié dans les Universités d'Italie. On y voit aussi qu'alors le pape faisait venir de la Grèce des enfants et les maîtres qu'il pouvait y trouver pour

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