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leur profession. Saint Augustin et Saint Ambroise se plaignent des éclats de rire qui troublent parfois les cérémonies, des disputes, des rixes qui éclatent pendant le sacrifice. Il yen avait d'assez mal avisés pour interpeller l'officiant, pour le presser d'en finir, pour le forcer de chanter suivant leur goût ('). Ces désordres affligeaient les évêques et scandalisaient les faibles. Saint Ambroise déclare que tel homme qui vient à l'église chrétien s'en retourne païen (*).

Les païens ne perdaient pas confiance; ils ne se croyaient pas vaincus à jamais. Ils comptaient sur un retour de faveur pour leurs opinions, ils en prédisaient la restauration: « Rediet quod erat antea, » disaientils (3). A la fin du quatrième siècle, le culte de Junon celui de Saturne et de Diane subsistaient en plusieurs lieux de l'Italie. Osiris avait de nombreux adorateurs, et il fallait détruire le Sérapeion, admirable monument de la magnificence des rois d'Egypte, pour être sûr que les païens ne se targueraient pas de l'éternité inviolable de leurs dieux. Des empereurs païens, comme Julien, auraient pu relever les autels proscrits; Attale remplaça sur les monnaies le Labarum de Constantin par l'image de la Victoire (4).

Dans les grandes calamités publiques on se retournait vers les dieux, qui avaient, disait-on, donné si longtemps la victoire à leurs adorateurs. Zosime nous dit, à propos d'Alaric marchant sur Rome, que la nécessité de sacrifier au Capitole et dans les autres temples était surtout proclamée par les Sénateurs païens : Toîç èXXTrjvi'Çoucri Tîjç oyyxXTQTou, helléniser est devenu le synonyme d'être païen.

Presque tous les maîtres de la jeunesse, tous ceux qui avaient quelque talent de parole, sophistes, rhéteurs, philosophes, étaient attachés aux vieilles religions. Ils avaient beaucoup d'autorité en Asie, ils en avaient un peu moins peut-être dans Rome, mais ils y étaient estimés,et leur enseignement entretenait l'attachement au culte du passé. Libanius disait, Rome possède des rhéteurs semblables aux plus célèbres ('). Ils n'étaient certainement pas chrétiens. Ce sont eux qui sont demeurés attachés les derniers à la religion des dieux de l'Olympe. Leur éloquence ne pouvait se passer de tout un attirail de figures, de souvenirs, d'images, d'invocations, qu'ils trouvaient dans le paganisme. Quel étrange discours prononça dans le Sénat Romain (377) un rhéteur grec venu de Constantinople, Thémistius? Pour louer Gratien, il composa avec le souvenir du banquet de Platon, un discours amoureux sur la beauté du prince, 'Epanixcx; (Xoyoi;) \ ixepl xaXXouç (îaa-iXixoû. Alcibiade, Socrate, Charmide, les souvenirs les plus hardis, les phrases les plus fades remplissent ce discours, et la péroraison n'est pas moins singulière que le panégyrique lui-même: « Te voici sous mes yeux, Rome, illustre cité, véritable mer de beauté... Je vois le séjour de ces lois saintes et révérées par le moyen desquelles Numa a uni cette ville au ciel. Grâce à vous, fortunés mortels, les dieux n'ont pas encore déserté la terre... Le temps est venu, illustres rejetons de Romulus, où, déposant la toge, vous devez revêtir la robe blanche, pure comme le siècle et comme l'empire qui commencent, célébrer des chœurs, remplir les places publiques de l'odeur des sacrifices, et couvrir de vos hommages l'objet de mes amours.... Et toi, ô père des dieux et des hommes, Jupiter, fondateur et gardien de Rome; Minerve, dont Jupiter est à la fois le père et la mère; Quirinus, divin tuteur de l'empire romain, faites que mes amours chérissent Rome, et que Rome, en retour les chérisse (1). »

(') Beugnot. 103, t. II.

<») Ibid. 105.

(3) Ibid. 106.

(») Beugnot. 1.1, p. 64.

0)Ep. 983, p. 460.

Qu'on juge d'après cela l'enseignement des professeurs qui tenaient école à Rome, à Milan, à Bordeaux, à Trêves, à Toulouse, à Narbonne! Sous prétexte d'enseigner les belles-lettres, d'expliquer Homère, Hésiode, Aristote ou Platon, ne devaient-ils pas s'attacher à répandre dans les jeunes esprits les idées favorables à l'ancien culte. Tous leurs disciples n'étaient pas en état de résister à cette influence ou de s'y soustraire plus tard, comme Saint Augustin, qui fut le disciple de Thémistius (8), comme Saint Basile et Saint Jean-Chrysostome,qui reçurent les leçons de Libanius(3). N'y avait-il pas quelque danger à donner un de ces sophistes pour précepteur à des enfants destinés à monter sur le trône? Si Théodose-le-Grand confiait l'éducation de son fils Arcadius au Sophiste Thémistius, qui n'était pas chrétien, ne devait-on pas soupçonner cette éducation philosophique d'entretenir dans les âmes des dispositions trop hostiles aux dogmes nouveaux, et l'exemple de Julien, s'appliquant à détruire la religion du Christ, n'était-il pas bien fait pour éloigner de ces études? Quand, en Occident, on voyait Julien écrire en grec ses ouvrages les plus agressifs contre la mémoire de Constantin et les institutions chrétiennes, il y avait de quoi faire abhorrer le génie grec et la langue qui lui servait d'interprète.

De là, ces alternatives de faveur ou de persécution dont les écoles sont l'objet, tant à Rome qu'à Constantinople. Suivant la vivacité ou la tiédeur de leur foi, les empereurs protègent ou bannissent les rhéteurs. Valentinien lâchasse de Rome tous les sophistes; il croit faire beaucoup d'en débarrasser la ville où siège

(i) De Broglie. t. 1, p. 292.
(») Schœll. t. VI, p. 141.
(») Schœll. ibid. p. 162.

le pape. Gratien, au contraire, qui n'aime pas le clergé, qui l'a dépouillé de ses biens, établit par une loi de l'an 376 que les rhéteurs et les grammairiens recevront du trésor public un traitement annuel ('). Cette même loi établit des écoles dans les Gaules, une part y est faite à la littérature latine, une part égale à la littérature grecque.

Dans l'empire d'Orient, la langue d'Homère ne pouvait pas être proscrite, et, jusqu'au règne de Justinien (527 à 565), elle s'était assez bien défendue contre le temps. Elle s'enseignait dans des écoles florissantes. Constantinople avait des maîtres nombreux de grammaire et de jurisprudence. Dans Edesse, le grec et le syriaque servaient en même temps à répandre la grammaire, la rhétorique, la philosophie et la médecine. Il y avait à Bérytesur les côtes de la Phénicie, une école de droit, qui passait pour être une des plus fameuses de son temps. Déjà pourtant, on commençait à voir grandir les soupçons contre la science du passé. La riche bibliothèque fondée par les Ptolémées dans Alexandrie, augmentée par Marc-Antoine de celle de Pergame, avait péri en grande partie dans la destruction du temple de Sérapis, ordonnée par Théodose l'an 390. « Orose, qui a écrit une cinquantaine d'années après cet événement, dit avoir vu les armoires où les livres étaient anciennement placés, vidées par les chrétiens « exstant, quae et nos vidimus, armaria librorum, quibus direptis exinanita ca a nostris hominibus, nostris temporibus » (*). Enfin, sous Justinien, Athènes, qui n'avait cessé d'avoir des philosophes occupés dans leurs leçons à expliquer les ouvrages de Platon et d'Aristote, qui comptait des maîtres d'éloquence et d'érudition philologique, Athènes fut frappée dans ses plus chères études. Un édit de

(') Beugnot. p. 478, t. I. — Code Théod. XIII, tit. 3,1. II. (») Orose. Hist. VI, 15. — Schœll. ibid. 9.

l'empereur en expulsa les philosophes et les rhéteurs, et renversa leurs chaires. « Il est vrai, dit Schœll, que ces maîtres imprudents s'étaient attiré un traitement si rigoureux par une conduite qu'aucun gouvernement connaissant ses devoirs ne pourrait tolérer. Ils avaient hautement annoncé le projet de renverser la religion de l'Etat, et la jeunesse, dont ils égaraient l'imagination, qui, à cet âge, n'est pas dirigée par la raison, devait fournir les instruments de cette révolution. » C'était le néo-platonisme que Justinien ruinait par cette mesure; il portait assurément un coup aux lettres grecques, et, même en Occident, où les philosophes bannis d'Athènes n'osèrent pas aller chercher un refuge, l'hellénisme dut en être affaibli. C'était une nouvelle cause de décadence et d'oubli qui s'ajoutait à tant d'autres plus énergiquement efficaces. On était au milieu des invasions germaniques, et l'avenir appartenait à des peuples nouveaux. Leurs destinées doivent s'accomplir longtemps sans le secours de l'esprit grec.

IV.

Nous essaierons maintenant de faire voir où en étaient, dans l'église latine, au IVe siècle, les études helléniques. On ne saurait refuser à Saint Ambroise d'avoir été versé dans la connaissance du grec. Son livre de VHexaèmèron, ou Traité sur les six jours delà création a été visiblement inspiré par celui de Saint Basile. Le titre même en fait foi. On suit également dans ses autres ouvrages les traces d'une connaissance étendue de la langue grecque ; c'est par là qu'il se mit en état de choisir dans les pères grecs, et surtout dans Origène, ce qu'ils avaient enseigné de plus important sur la religion.

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