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d'avoir les veux crevés: « secundum Graecorum

fabulas, oculorum privatione vitam sibi protelavit, quae multis ad perniciem usque in prsesentem diem esse non desiit. Fabulae vei'o ludum, curceci plurimum vivant, secundum grecorum ineptiam hic inseramus, quse talis est : Zeuç xai Hpa vjpiffav rapt à^poSicuûv, Tit)ç zXetova iyti Y]ôo(xaç èv Tî] <rjvouTîa xat Tote TtpEaîav Eêpou uiov EsTj'nja'av. Oikoç yàp Ev ^aiç ajAçacÉpaiç çuctetoi uiETajiopçdiÔTf], EraSi SpâxovTa ÈuaTTjCTEV. Oûxoç oOv xaxa TTfi Hpaç aitEcpxuvaTO, xalHpa opyia0eî!7aÈiiYjpco!7£v à'jTov, Zeuç oè Èjrapiaa'îo aurai Toxoîi; Çirja-ai Stoti, xat &aa Exeyev pavtixa XEyEtv. Zeus ke Ira irisan péri afrodision, tis pliona echi idomas en ti synusia, ke tote Tirésian Euru yon ezitisan, utos gar en tes amfoteres fysesi metamorfothi epidi draconta epatisen. Utos un cata tis iras apefkynato, ke ira orgisthisa epirosen auton, Zeus de echarisato auto polis zise etesi, ke osa elegen mantica legin. »

Luitprand nous aurait rendu service s'il avait indiqué la source d'où il a tiré ce petit conte qu'il apprécie du reste à sa valeur. Mais on aimerait a voir par là quelles lectures ce singulier helléniste pouvait faire dans Constantinople. Cette phrase Tyjç itXEiova ï)&>fi«ç, pour Ttç uXeiovaç Tqsovoç, ESpou pour eupou, cet autre verbe bizarre amençuva'uo, ce sont autant de bévues qui justifieraient l'opinion de Zambelios (').

Luitprand n'a jamais été qu'un apprenti dans la langue des Grecs. Il nous offre pourtant avec son habitude de transcrire les textes en caractères romains, une preuve que la prononciation du Xe siècle n'était pas différente de celle que suivent encore aujourd'hui les Grecs modernes.

L'imperfection qu'on remarque dans la pose des

(') Pertz pourtant n'hésite pas à dire : « Quo itinere Grcecorum mores et invtituta perspexit, et linguse quoque et auctorum Graecorum notitiam haud mediocrem sibi comparavit. » T. III, p. 264.

accents, le caprice qui les lui fait omettre sur certains mots, placer sur d'autres, désigne également uneinsuffisance notoire d'instruction. Rappelons toutefois à sa décharge que pendant longtemps, jusqu'au début même de notre siècle, on se dispensa d'écrire les accents. Des hommes de grand savoir, Brunk par exemple, manquaient à cette règle de l'orthographe grecque.

Le livre IV et le livre V sont ceux où l'on rencontre le moins de mots grecs, on n'en trouve qu'un dans le Ve c'est trpaX(jiaTa; quelques uns à peine dans le livre VI inachevé comme nous avons dit plus haut. Dans la relation de sa légation à Constantinople, la partie la plus intéressante de ses écrits, on note Ba<nXéa, P^ya, (TTEçava, àaxoTtov, itpoéXsuatv, (jlésojv, iroXXà tvr\, parakinumenos, symphona,Taueivè xai TaXairaape, T^aç, 'EvxoXtva, chelandia, dpwvixûç, ôpào-Eiç, Xécov xai <txÎjavoç 6{/.o§iaSi;oi><Tiv ovaYpov, perivolia (rapiêéXaia) àfi^iffêrj-cov, Keramicum, xtoXuofjteva, irotoTTjTa, xat "kouott^cl, mandrogerontes (Eu— nuchi), kitonita. Tous ces mots, quand ils ont la forme grecque, sont écrits avec plus de correction et de soin que ceux que nous avons relevés dans VAntapodosis. L'évêque d'Espagne auquel Lu itprand s'adressait dans cet ouvrage, ne lui faisait éprouver sans doute ni le respect ni la crainte que lui inspiraient Otton 1er et sa noble épouse Adélaïde, auxquels il dédiait la relation de son ambassade à Constantinople.

Si les fautes et les imperfections que nous avons montrées dans les expressions grecques, dont Luitprand a décoré ses écrits, nous font regretter qu'il n'ait pas mieux profité de son séjour à Constantinople, il n'en est pas moins vrai qu'il a fait preuve de zèle pour le grec. Peut-être, le savait-il mieux entendre et lire que parler; cela n'a pas été rare après lui. On voit qu'il connaissait Platon ('). Il avait certainement feuilleté

(i) Antap. I, 12, Lcgatio, c. 36..

Homère. Il fait des emprunts à l'Iliade ('). Dans la citation de Lucien que nous avons relevée, il abrège en une phrase quelques pages de cet auteur avec beaucoup de netteté et de sûreté. Il cite, d'après le texte grec, le passage de Saint Marc (*), relatif à la difficulté qu'éprouveront les riches à entrer dans le royaume des cieux, et il se montre partout fort versé dans l'Ecriture Sainte (3). Il est d'ailleurs impossible de révoquer en doute son érudition latine. Il cite Virgile, Térence, Plaute, Horace, Juvénal; il leur fait des emprunts, et l'on peut dire qu'à l'époque où ses écrits ont été composés, il eût été rare de trouver beaucoup d'hommes aussi lettrés que lui. On peut regretter que la mort l'ait enlevé trop tôt, il eut pu mettre plus amplement à profit les connaissances qu'il avait acquises dans son voyage en Orient.

N'oublions pas que d'autres diplomates que Luitprand, furent envoyés à Constantinople pour négocier lemariage dé la princesse Théophanie, ce furent Jean de Calabre ou de Plaisance, et Bernard de Vurtzbourg(4). Il n'est pas étonnant que Jean, né dans la Calabre, ait su le grec, puisque c'était la langue de son pays, mais àWurtzbourg, la connaissance et l'étude de la langue grecque, ne pouvaient être qu'un ornement curieux, et l'effet des soins qu'on prenait déjà en Allemagne de s'instruire.

La princesse Théophanie devenue l'épouse d'Otton II, ne contribua pas peu à maintenir cette étude en hon

(') Antap. I. 12; Iliade, I, 62; Antap. III, c. 35; Iliade, I, 23, III, 377; Antap. III, 25, IV, 4; Odyssée, VII, 24.

(J) Saint Marc, 10. 25, facilius est camelum per foramen acus transiri, quam divitem intrare iu regnum cselorum, suxoTriorepov ?ap Mttjv xce)u.7)Xov Zvx TpuaaXta; pacpiBo; ticûOtiv 7) Ttxoikhov ei; rf,v êauiXeïav Tou Ôîoù. Eucopoteron gar estin camilcm dia trimalias rafidos iselthin i plusion is tin basilian tu theu.

(*) Cramer, 48.

(') Sehœll. Bist. de la Utt. III, 491.

neur. On la voit en inspirer le goût à son fils Otton III. Nous avons parlé plus haut de la demande que ce prince faisait à Gerbert de lui apprendre le grec et l'arithmétique. Il voulait que le savant français le perfectionnât dans cette science. Il lui écrivait donc : « Volumus vos Saxoniam rusticitatem abhorrere, sed Graeciscam nostram (a matre acceptam) subtilitatem ad id studii magis provocare : quoniam si est, qui suscitet illam, apud nos invenietur Grsecorum industriae aliqua scintilla. Cujus rei gratia, huic nostro igniculo vestrae scientiae flamma abundanter apposita, humili prece deposcimus, ut Graecorum vivax ingenium Deo adjutore suscitetis, et nos arithmeticœ librum edoceatis, ut pie— niter ejus instructi documentis aliquid priorum intelligamus subtilitatis. » 11 nous semble que les rédacteurs de VHistoire littéraire de la France dont nous avons rapporté le témoignage (4), et M. Cramer, qui le reproduit, se trompent sur le sens de ce passage. On ne peut pas en induire qu'il demandât à Gerbert de lui apprendre le grec il en avait reçu l'enseignement de son maître Jean de Calabre et de sa mère, mais il veut perfectionner son éducation par l'arithmétique. Il se sent disposé par les dons de sa naissance à faire des progrès dans cette science, il se rend bien compte des qualités heureuses qu'il doit au sang grec qu'il a reçu; il n'a besoin que d'une chose, c'est qu'on excite son génie naturel et qu'on le perfectionne. Gerbert rend de son côté également hommage à la facilité grecque de son esprit; il reconnaît en lui une faculté oratoire qui l'étonné, et il fait ressortir ce qu'il y a de singulier dans la personne de ce prince, romain par son père, grec par sa mère, qui peut puiser des deux mains aux trésors de l'Italie et de la Grèce : « Ubi nescio quid divinum ex

(») T. VI, p. 588.

primitur, cura horao génère Graecus,imperio Romanus quasi hereditario jure thesauros sibi Graecae ac Roman* repetit sapientiae ('). »

Otton III avait également pu apprendre le grec dans la conversation de son père. Celui-ci n'avait dû son salut qu'à la connaissance de cette langue, dans la grande défaite qu'il subit en Calabre (982) contre les Grecs et les Sarrasins réunis. Il put se faire passer pour un grec et un simple soldat, en parlant grec avec les ennemis qui l'avaient fait prisonnier. Joignant beaucoup d'audace et d'agilité à ce premier avantage, il sauva sa vie et sa couronne dans cette circonstance difficile (*).

XXVI.

Gian Girolamo Gradenigo a recherché les noms des écrivains d'Italie qui, du XIe siècle au XVe, ont connu la langue grecque. Nous empruntons à son travail intitulé Ragionamento istorico-critico intorno alla letteratura Greco-Italiana (3) les renseignements qui suivent.

Il s'étonne que Vossius, dans son étude de Scriploribus Grœcis, que Bœchler, dans son petit traité de Scrip

(') Gerberti, Epist. 54; Duchesne, Script. Francorum, t. II, p. 789-827.

(*) Martin Crusius. Annales Suevici. p. 147.Voici comment Sigonius raconte cette aventure : « Terrore namque tant» defectionis perturbati, violenter incubantibus hostibus,fusi, concisi.fugati fuere. Ac victor exercitus si recta Romamcontendisset, haud difficnlter ejus potitus fuisset... thesauri imperatoris capti etdirepti.Ipse abjectis impedimentis, fugere contendit ad sinum Carentinum, oppidumque in eo littore Rosaanum... Persequentibus vero Sarracenis, in mare desiliens, natatu elabi conatur. Sed ab hostium manibus interceptas,inque navim sublatus, se militem gregarium simulât greece cum eis colloquens, ac vim auri sibi esse Rossani dicens. Quo allato ad littus, dum illi pecuniis avidius intenti, Ottonem minus observant, saltu is se proripit, equum pernicem arripit, in eum se conjicit, vclocissime Rosganum avolat; ad uxorem evadit. ïta divinitus, bencticio ignorationis hostilis, scientia linguse grsec», vigore mentis, agilitate corporis, conservatus est. >

(») Brescia, 1759.

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