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grecs, sont plus entiers; la main qui les dispose en marqueterie en connaît davantage la valeur.

Scot Erigène,en flattant la manie de son âge, nous a laissé la preuve que la cour de Charles-le-Chauve était, pour dire comme Ampère, « plus savante, plus lettrée; le grec, en particulier, y était plus connu qu'on ne serait porté à le croire en songeant aux agitations du IXe siècle. » Charles-le-Chauve y prenait grand plaisir et Scot ne perdait pas son temps lorsqu'il enehassait des mots grecs dans ses vers latins; il savait que l'empereur en serait ravi. Ses autres correspondants n'étaient pas moins friands de ce « nectar hellénique. » Le grec jouait dans cette sociétéà peu près le rôle que l'espagnol et l'italien jouèrent au XVII0 siècle. Il n'y avait pas alors d'éducation complète sans la connaissance de l'une ou l'autre de ces deux langues et même de toutes deux. On sait l'usage qu'en fait Mm0 de Sévigné dans ses lettres. On peut bien dire qu'il en était de même du grec sous Charles-le-Chauve. Lorsque Scot adressait les vers suivants à Hincmar, assurément l'archevêque de Reims pouvait les comprendre:

AocuirpoTaroç xrjpu; (m'Xêcov x^'j-ma-ro; âxpou,
'Ivxjxapôç Çt,tw cppôvtiioç xai àt-irrairroç,
Pt^octoç cntXa Oeoû Çûvtoç 8ti (rroaaTo; Ê/eov.

M. Cramer rapporte cet éloge de Charles-le-Chauve par Scot; le prince qui en est le sujet, en pouvait déchiffrer les caractères et le sens, il n'y a nul doute làdessus:

'OpOôSo^o; âva; «ftpâ-pcuv, Ts ôolja Ti'iat) Ts

©etoeccoç xai àyaOoç xal axpoç Te jiovap/oç,

"EXmç Tïj{ itaTpiSoç, Ttjç âÇioç àflavaiia;,

wv Se cpépoiv arÉipavov ypûueov, SiaS^axa Ttarpûv etc..

Eu/bts Taûr' âXAoi vùv, eu/e où 4>pa-pu'a n&a.

Cependant il n'y avait pas alors une telle abondance de grécisants que Louis-le-Pieux ne fût embarrassé quand il voulut faire traduire un livre grec qu'il avait reçu en cadeau de Michel-le-Bègue, empereur d'Orient. C'étaient les œuvres en grec de Denys (') l'Aréopagite. Elles roulaient sur la hiérarchie céleste. Louis-lePieux, en 827, s'était adressé à Hilduin, bibliothécaire du monastère de Saint-Denis, pour en obtenir une traduction. Il fallait bien que ce moine eût la réputation de connaître le grec puisque le prince lui écrivait: « Monere te volumus, ut quidquid de Dionysii notitia ex Grsecorum historiis per interpretationem sumtum, vel quod ex libris ab eo patrio sermone conscriptis ac tuo sagaci studio interpretumque sudore in nostram linguam explicatis, etc. (*). » Hilduin chercha à établir l'identitédel'AréopagiteDenys converti par Saint Paul, avec Saint Denis venu au troisième siècle en Gaule; il attribua à ce dernier l'ouvrage mis, sans aucun fondement, sous le nom de l'Aréopagite, et qui n'a pas été écrit avant le Ve siècle; à l'aide d'une fausse érudition « il composa au patron des Gaules une pédantesque et mensongère auréole (3) » mais il ne put traduire le texte. Heureusement Jean Scot était là; il se mit à l'œuvre et c'est encore sa traduction qui sert aux lecteurs de Denys l'Aréopagite.

Il ne suffit pas d'avoir montré que Scot Érigène savait le grec, il faut faire voir aussi quelle influence ces études eurent sur son esprit. Elle n'est rien moins que surprenante. Si les temps y avaient été favorables c'eût été dès lors une émancipation entière de l'intelligence, une anticipation sur le XVIe siècle. Nous avons déjà fait voir ce qu'il y avait d'indépendance et de libre savoir chez les Irlandais; Scot suit la tradition hiber

(') Pépin-le-Bref l'avait ctëjà reçu du pape Paul 1". Voir plus haut. Ozanam. t. II, p. 527.

(a) Staudenmaier, Joh. Scotus Erigena, und die Wissenschaft seiner /rit, 1, p. 288 et 481, de Dionysio Areopagita, Cf. Fabric. Biblioth. Qrœca VII,p. 7

tJ) Ampère, t. III, p. 112.

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