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cette gloire que vous admiriez faisoit son péril en cette vie, et que dans l'autre elle est devenue le sujet d'un examen rigoureux, où rien n'a été capable de la rassurer que cette sincere résignation qu'elle a eue aux ordres de Dieu, et les saintes humiliations de la pénitence.

FIN DE l'ORAIsON FUNEBRE DE J.ADCCHEsSE D'ORLEANS.

ORAISON FUNEBRE

DE MARIE-THÉRÈSE D'AUTRICHE,

iWrANTE D'ESPAGNE, RF.INE DE 7HANCE ET DE HAVARRE,

prononcée à Saint-Denis, le premier de septembre i683, en présence de monseigneur le Dauphin.

Sine macula enim suut antc thronum Dei.
Ils sont sans tache devant le trône de Dieu.

Paroles de l'apôtre S.Jean, dans sa Révélation,
c. I4,v. 5.

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Quelle assemblée l'apôtre S. Jean nous fait paroître! Ce grand prophete nous ouvre le ciel, et notre foi y découvre « sur la sainte montagne de Sion » , dans la partie la pins élevée de la Jérusalem bienheureuse, l'Agneau qui ôte le péché du monde, avec une compagnie digne de lui. Ce sont ceux dont il est écrit an commencement de l'Apocalypse: « (i) Il y a dans l'église de Sardis un petit nombre

(i) Habes pauca nomina in Sardis, qui non inquinaverunt vestimenta sua. Apoc. c. 3, v. 9.7,

« de fideles, pattca nomina, qui n'ont pas souillé « leurs vêtements «; ces riches vêtements dont le baptême les a revêtus; vêtements qui ne sont rien moins que Jésus-Christ même, selon ce que dit VApotre : « Tous tous qui avez été baptisés , vous «avez été revêtus de Jésus-Christ »(i). Ce petit nombre chéri de Dieu pour son innocence, et remarquable par la rareté d'un don si exquis, a su conserver ce précieux vêtement et la grace du baptême. Et quelle sera la récompense d'une si rare fidélité? Écoutez parler le juste et le saint : « Ils mar« chent, dit-il, avec moi, revêtus de blanc , parce« qu'ils en sont dignes « (a); dignes par leur innocence de porter dans l'éternité la livrée de l'Agneau sans tache, et de marcher toujours avec lui, puisque jamais ils ne l'ont quittédepuis qu'il les a mis dans sa compagnie: ames pures et innocentes; ames vierges (3), comme les appelle S. Jean, au même sens que S. Paul disoit à tous les fideles de Corinthe: « Je vous ai promis, comme une « vierge pudique, à un seul homme, qui est Jésus« Christ (4) ». La vraie chasteté de l'ame, la vraie pudeur chrétienne est de rougir du péché, de n'avoir

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d'yeux ni d'amour que pour Jésus-Christ, et de tenir toujours ses sens épurés de la corruption du siecle. C'est dans cette troupe innocente et pure que la reine a été placée; l'horreur qu'elle a toujours eue du péché lui a mérité cet honneur. La foi, qui pénetre jusqu'aux cieux, nous la fait voir aujourd'hui dans cette bienheureuse compagnie. Il me semble que je reconnois cette modestie, cette paix, ce recueillement que nous lui voyions devant les autels, qui inspiroit du respect pour Dieu et pour elle: Dieu ajoute à ces saintes dispositions le transport d'une joie céleste. La mort ne l'a point changée, si ce n'est qu'une immortelle beauté a pris la place d'une beauté changeante et mortelle. Cette éclatante blancheur, symbole de son innocence et de la candeur de son ame, n'a fait, pour ainsi parler, que passer au-dedans, où nous la voyons rehaussée d'une lumiere divine. « Ells * marche avec l'Agneau, car elle en est digne (i) ». La sincérité de son cœur sans dissimulation et sans artifice la range au nombre de ceux dont S. Jean a dit, dans les paroles qui précedent celles de mon texte, que « le mensonge ne s'est point trouvé en «leur bouche », ni aucun déguisement dans leur conduite; « ce qui fait qu'on les voit sans tache de« vaut le trône de Dien (2). » Sine macula .surit enitn ante thronum Dei. En effet elle est sans

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reproche devant Dieu et devant les hommes: la médisance ne peut attaquer aucun endroit de sa vie, depuis son enfance jusqu'à sa mort; et une gloire si pure, une si belle réputation est un parfum précieux qui réjouit le ciel et la terre.

Monseigneur, ouvrez les yeux à ce grand spectacle. Pouvois-je mieux essuyer vos larmes , celles des princes qui vous environnent, et de cette auguste assemblée, qu'en vous faisant voir au milieu de cette troupe resplendissante, et dans cet état glorieux, une mere si chérie et si regrettée? Louis même dont la constance ne peut vaincre ses justes douleurs les trouveroit plus traitables dans cette pensée. Mais ce qui doit être votre unique consolation doit aussi, monseigneur, être votre exemple; et, ravi de l'éclat immortel d'une vie toujours si réglée, et toujours si irréprochable, vous devez en faire passer toute la beauté dans la vôtre.

Qu'il est rare, chrétiens, qu'il est rare encore une fois, de trouver cette pureté parmi les hommes! mais sur-tout, qu'il est rare de la trouver parmi les grands! « Ceux que vous voyez revê« tus d'une robe blanche, ceux-là, dit S. Jean, «viennent d'une grande affliction» (i), de Iribulatione magna; afin que nous entendions que cette divine blancheur se forme ordinairement sous la croix, et rarement dans l'éclat trop plein de tentation des grandeurs humaines.

(i) Hi qui amicti sunt stolis albis... hi sunt qui venerant de tribulationc magna. Aroc.c. 7, v. i3, i4.

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