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nouvelle, et que, les remuant jusqu'au fond, il leur inspire des desirs jusqu'alors inconnus, ce changement n'est ni moins nouveau ni moins admirable; et certainement il n'y a rien de plus merveilleux que ces changements. Qu'avons-nous vu? et que voyons-nous? quel état! et quel état! je n'ai pas besoin de parler, les choses parlent assez d'ellesmêmes. Madame, voici un objet digne de la présence et des yeux d'une si pieuse reine. Votre majesté ne vient pas ici pour apporter les pompes mondaines dans la solitude; son humilité la sollicite à venir prendre part aux abaissements de la vie religieuse; et il est juste que faisant par votre état une partie si considérable des grandeurs du monde vous assistiez quelquefois aux cérémonies où on apprend à le mépriser.'

Admirez donc avec nous ces grands changements de la main de Dieu: il n'y a plus rien ici de l'ancienne forme, tout est changé au dehors; ce qui se fait au dedans est encore plus nouveau : et moi, pour célébrer ces nouveautés saintes , je romps un silence de tant d'années, je fais entendre une voix que les chaires ne connoissent plus. Afin donc que tout soit nouveau dans cette pieuse cérémonie, ô Dieu ! donnez-moi encore ce style nouveau du SaintEsprit, qui commence à faire sentir sa force toutepuissante dans la bouche des apôtres (1). Que je prêche comme un S. Pierre la gloire de Jésus-Christ crucifié; que je fasse voir au monde ingrat avec

(1) C'étoit la troisieme fête de la Pentecôte.

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quelle impiété il le crucifie encore tous les jours; que je crucifie le monde à son tour, que j'en efface tous les traits et toute la gloire, que je l'ensevelisse et que je l'enterre avec Jésus-Christ; enfin que je fasse voir que tout est mort, et qu'il n'y a que JésusChrist qui vit, Mes sæurs, demandez cette grace pour moi : souvent ce sont les auditeurs qui font les prédicateurs, et Dieu donne par ses ministres des enseignements convenables aux saintes dispositions de ceux qui écoutent. Faites donc par vos prieres le discours qui vous doit instruire, et obtenez-moi les lumieres du Saint-Esprit par l'intercession de la sainte Vierge. Ave Maria.

Nous ne devons pas être curieux de connoître distinctement ces nouveautés merveilleuses du siecle futur ; comme Dieu les fera sans nous, nous devons nous en reposer sur sa puissance et sur sa sagesse: mais il n'en est pas de mrême des nouveautés saintes qu'il opere au fond de nos cæurs. Il est écrit : « Je vous donnerai un coeur nouveau » (1), et il est écrit : « Faites-vous un cæur nouveau » (2): de sorte que ce cour nouveau qui nous est donné, c'est nous aussi qui le devons faire; et comme nous devons y concourir par le mouvement de nos vo. lontés, il faut que ce mouvement soit prévenu par la connoissance. Considérez donc, chrétiens, quelle est cette nouveauté des cours, et quel est l'état ancien d'où le Saint-Esprit nous tire. Qu'y a-t-il de

(1) Dabo vobis cor novum. Ezech. c. 36, v. 26. (2) Facite vobis cor novum. IBID. c. 18, v. 31.

plus ancien que de s'aimer soi-même? et qu'y a-t-il de plus nouveau que d'être soi-même son persécuteur? Mais celui qui se persécute soi-inême doit avoir vu quelque chose qu'il aime plus que soimême : ce sont deux sortes d'amours qui font ici toutes choses. S. Augustin les définit par ces paroles: dmor sui usque ad contemptum Dei , amor Dei usque ad contemptum sui (1). L'un est l'amour de soi-même poussé jusqu'au mépris de Dieu, c'est ce qui fait la vie ancienne et la vie du monde; l'autre, c'est l'amour de Dieu poussé jusqu'au mépris de soi-mêine; c'est ce qui fait la vie nouvelle du christianisme, et c'est ce qui, étant porté à la perfection, fait la vie religieuse. Ces denx amours opposés feront tout le sujet de ce discours.

Mais prenez hien garde, messieurs, qu'il faut ici observer plus que jamais le précepte que nous donne. l'Ecclésiastique: « Le sage qui entend, dit-il, une pa« role sensée la loue, et se l'applique à soi-même »(2); il ne regarde pas à droite ni à gauche à qui elle peut convenir, il se l'applique et en fait son profit. Ma scur, parmi les choses que j'ai à dire, vous saurez bien démêler ce qui vous est propre. Faitesen de même, chrétiens ; suivez avec moi l'amour de soi-même dans tous ses excès, et voyez jusqu'à quel point il vous a gagnés par ses douceurs dangereuses; considérez ensuite une ame qui, après s'être

(1) De Civit. Dei, lib. 14, cap. ult.

(2) Verbum sapiens quodcumque audierit sciens laudabit, et ad se adjiciet. Eccli. c. 21,v.18.

ainsi égarée par cet amour pernicieux, commence à revenir sur ses pas, qui abandonne peu-à-peu tout ce qu'elle aimoit, et enfin qui, laissant tout au-dessous d'elle, ne se réserve plus que Dieu seul; suivez-la dans tous les pas qu'elle fait pour retourner à lui, et pensez en même temps si vous avez fait quelques progrès dans cette voie; voilà ce que vous avez à considérer. Entrons d'abord en matiere; et pour ne pas vous tenir long-temps en suspens: L'homme que vous voyez si attaché à lui-même par son amour-propre n'a pas été créé avec ce défaut: dans son origine Dieu l'avoit fait à son image ; et ce nom d'image lui doit faire entendre qu'il n'étoit pas fait pour lui-même; une image est toute faite pour son original. Si un portrait pouvoit tout d'un coup devenir animé, comme il ne verroit en soi-même aucun trait qui ne se rapportât à la personne qu'il représente, il ne vivroit que pour elle seule, et ne respireroit que pour sa gloire; et toutefois ces portraits que nous animons se trouveroient obligés à partager leur amour entre les originaux qu'ils représentent et le peintre qui les a faits : mais pour nous, nous ne sommes point dans cette peine; celui qui nous afaits est celui qui nous a faits à sa ressemblance; nous sommes tout ensemble.et les æuvres de ses mains et ses images; ainsi en toute maniere nous nous devons à lui seul, et c'est à lui seul que notre ame doit être attachée.

En effet quoique cette ame soit défigurée, quoique cette image de Dieu soit comme effacée par le péché, si nous en cherchons tous les anciens traits, nous reconnoîtron's, malgré sa corruption,

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qu'elle ressemble encore à Dieu, et que c'étoit pour Dieu qu'elle étoit faite. O ame! vous connoissez et vous aimez; c'est là ce que vous avez de plus essentiel, et c'est par là que vous ressemblez à votre auteur qui n'est que connoissance et qu'amour. Mais la connoissance est donnée pour entendre ce qu'il y a de plus vrai, comme l'amour est donné pour aimer ce qu'il y a de meilleur: qu'est-ce qu'il y a de plus vrai que celui qui est la vérité même? et qu'y a-t-il de meilleur que celui qui est la bonté même? L'ame est donc faite pour Dieu, et c'est à lui qu'elle devoit se tenir attachée et comme suspendue par sa connoissance et par son amour: il se connoît soi-même, il s'aime soi-même, et c'est là sa vie; et l'ame raisonnable devoit vivre aussi en le connoissant et en l'aimant. Ainsi, par sa naturelle constitution, elle étoit unie à son auteur, et devoit faire sa félicité d'un être si parfait et si bienfaisant; c'est en cela que consistoit et sa droiture et sa force ; enfin c'est par là qu'elle étoit riche, parcequ'encore qu'elle n'eût rien de son propre fonds, elle possédoit un bien infini par la libéralité de son auteur, c'est-àdire qu'elle le possédoit lui-même, et le possédoit d'une maniere si assurée, qu'elle n'avoit qu'à l'aimer persévéramment pour le posséder toujours, puisqu'aimer un si grand bien c'est ce qui en assure la possession, ou plutôt c'est ce qui la fait. Mais elle n'est pas demeurée long-temps en cet état ; cette ame, qui étoit heureuse parceque Dieu l'avoit faite à son image, n'a pas voulu être son image; elle a voula, non pas lui ressembler, mais être absolu

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