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par son confesseur que si notre cour n'étoit pals encore entièrement selon Dieu, il falloit, en s'adressant à Dieu même, obtenir qu'il nous fît un caur comme il le vouloit, et lui dire avec David ces tendres paroles : «. O Dieu ! créez en moi an « coeur pur»(1); à ces mots, le prince s'arrête com me occupé de quelque grande pensée, puis appelant: le saint religieux qui lui avoit inspiré ce beau ser utiment: «Je n'ai jamais douté, dit-il, des myste res u de la religion, quoi qu'on ait dit w. Chrétiens, vous l'en devez croire; et, dans l'état où il est, il ne doit plus rien au monde que la vérité. « Mais, pours ai. a vit-il, j'en doute moins que jamais. Que ces vitia tés, continuoit-il avec une douceur ravissante, se « démêlent et s'éclaircissent dans mon esprit! Ouai, « dit-il, nous verrons Dieu comme il est , face à facien. Il répétoit en latin avec un goût merveilleux ces grands mots : Sicuii est, facie ad faciem(2), et on ne se lassoit point de le voir dans ce doux transpo xt. Que se faisoit-il dans cette ame? quelle nouvelle lumiere lui apparoissoit? quel soudain rayon perçoit la nae et faisoit comme évanouir en ce moment a rec toutes les ignorances des sens les tenebres mêm es, si je l'ose dire, et les sainte's obscurités de la foi? que devinrent alors ces beaux titres dont ņotre orgueil est flatté? Dans l'approche d'un si beau jour, et dès la premiere atteinte d'une si vive lumiere, combien promptement disparoissent tous les fan. tô mes du monde! que l'éclat de la plus belle victoire paroît sombre! qu'on en méprise la gloire, et qu'on veut de mal à ces foibles yenx qui s'y sont la issé éblouir! Venez, peuple, venez maintenant ; mais venez plutôt, princes et seigneurs, et vous qui jaigez la terre, et vous qui ouvrez aux hommes les portes du ciel, et vous, plus que tous les autres, princes et princesses, nobles rejetons de tant de ro is, lumieres de la France, mais aujourd'hui obscurcies et couvertes de votre douleur comme d'un aliage; venez voir le peu qui nous reste d'une si augaste naissance, de tant de grandeur, de tant de gloire ; jetez les yeux de toutes parts : voilà tout ce qu'a pu faire la magnificence et la piété pour honorer an héros; des titres, des inscriptions, vaines marques de ce qui n'est plus; des figures qui semblent pleurer autour d'un tombeau, et des fragiles images d'une douleur que le temps emporte avec torit le reste; des colonnes qui semblent vouloir por ter jusqu'au ciel le magnifique témoignage de notre néant; et rien enfin ne manque dans tous ces honneurs que celai à qui on les rend. Pleurez donc sur ces foibles restes de la vie humaine, pleurez sur cette triste immortalité que nous donnons aux héros ; mais approchez en particulier, ô vous qui courez avec tant d'ardeur dans la carriere de la gloire, ames guerrieres et intrépides ; quel autre fut plus digne de vous commander? mais dans quel autre avez-vous trouvé le commandement plus hannête? pleurez donc ce grand capitaine, et dites eu gémissant: Voilà celui qui nous menoit dans les hasards; sous lui se sont formés tant de renommés capitaines que ses exeinples ont élevés aux premiers honneurs de la guerre; son ombre eût pu encore gagner des batailles, et voilà que dans son silence son nom même nous anime, et ensemble il nous avertit que pour trouver à la mort quelque reste de nos travaux, et n'arriver pas sans ressource à notre éternelle demeure avec le roi de la terre, il faut encore servir le roi du ciel, Servez donc ce roi immortel et si plein de miséricorde, qui vous comptera un soupir et un verre d'eau donné en son nom plus que tous les autres ne feront jamais tout votre sang répandu; et commencez à compter le temps de vos utiles services du jour que vous vous serez donnés à un maitre si bienfaisant. Et vous, ne vien. drez-vous pas à ce triste monument, vous, dis-je, qu'il a bien voulu mettre au rang de ses amis ? tous ensemble, en quelque degré de sa confiance qu'il vous ait reçus, environnez ce tombeau, versez des larmes avec des prieres, et, admirant dans un si grand prince une amitié si commode et un commerce si doux, conservez le souvenir d'un héros dont la bonté avoit égalé le courage. Ainsi puisset-il toujours vous être un cher entretien ! ainsi puissiez -, vous profiter de ses vertus; et que sa mort, que vous déplorez, vous serve à la fois de consolation et d'exemple! Pour moi, s'il m'est permis après tous les autres de venir rendre les derniers devoirs à ce tombeau, ô prince, le digne sujet de nos louanges et de nos regrets, vous vivrez éternellement dans ma mémoire; votre image y sera tracée, non point avec cette audace qui promettoit la victoire, non, je ne veux rien voir en vous de ce que la mort y efface; vous aurez dans cette image des traits immortels; je vous y verrai tel que vous étiez à ce dernier jour sous la main de Dieu , lorsque sa gloire sembla commencer à vous apparoître. C'est là que je vous verrai plus triomphant qu'à Fribourg et à Rocroy; et, ravi d'un si beau triomphe, je dirai en action de graces ces belles paroles du bien-aimé disciple: Et hæc est vicioria quæ vincit mundum, fides nostra : « La véritable vic«toire, celle qui met sous nos pieds le monde entier, «c'est notre foi ». Jouissez , prince, de cette victoire, jouissez-eu éternellement par l'immortelle vertu de ce sacrifice; agréez ces derniers efforts d'une voix qui vous fut connue : vous mettrez fin à tous ces discours. Aa lieu de déplorer la mort des autres, grand prince, dorénavant je veux apprendre de vous à rendre la mienne sainte; heureux si, averti par ces cheveux blancs du compte que je dois rendre de mon administration, je réserve au troupeau que je dois nourrir de la parole de vie les restes d'une voix qui tombe, et d'une ardear qui s'éteint.

1) Cor mundum crea in me, Deus. PSAL. I, V. (12. 2) 1 JOAN. C. 3, v. 2. - 1 Cor. c. 13, v. 12,

FIN DE 'L'ORAISON FUNEBRE DE LOUIS DE BOURBON.

SERMON POUR LA PROFESSION DE MADAME DE LA VALLIERE,

DUCHESSÉ DE VAUJOUR.

Et dixit qui sedebat in throno : Ecce nova facio omnia.

Er celui qui étoit assis sur le trône a dit : Je renou. velle toutes choses. APOC. c. 21,v 5.

Madame (1),

Ce sera sans doute un grand spectacle quand celui qui est assis sur le trône d'où releve tout l'univers, et à qui il ne coûte pas plus à faire qu'à dire, parcequ'il fait tout ce qu'il lui plaît par sa parole, prononcera du haut de son trône, à la fin des siecles, qu'il va renouveler toutes choses, et qu'en même temps on verra toute la nature changée, et paroître un monde nouveau pour les élus : mais quand, pour nous préparer à ces nouveautés surprenantes du siecle futur, il agit secrètement dans les cæurs par son Saint-Esprit, qui les change, qui les re

(1) A la reine.

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