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assez pooi' être pénétré de crainte jusque dans la moelle des os? Pour celle dont nons parlons, ah! mes freres, toutes les vertus qu'elle a pratiquées se ramassent dans cette derniere parole, dans ce dernier acte de sa vie; la foi, le courage, l'abandon à Dieu, la crainte de ses jugements, et cet amour plein de confiance, qui seul efface tous les péchés. Je ne m'étonne donc pas si le saint pasteur qui l'assista dans sa derniere maladie, et qui recueillit ses derniers soupirs, pénétré de tant de vertus, les porta jusque daus la chaire, et ne put s'empêcher de les célébrer dans l'assemblée des fideles. Siecle vainement subtil, où l'on veut pécher avec raison, où la foiblesse veut s'autoriser par des maximes, où taut d'ames insensées cherchent leur repos dans le naufrage de la foi, et ne font d'effort contre elles-mêmes que pour vaincre, au lieu de leurs passions, les remords de leur conscience; la princesse palatine t'est donnée comme un signe et un prodige: in signum et in portentum (i). Tu la verras au dernier jour, comme je t'en ai menacé, confondre ton impénitence et tes vaines excuses. Tu la verras se joindreii ces saintes filles et à tonte la troupe des saints; et qui pourra soutenir leurs redoutables clameurs? Mais que sera-ce, quand Jésus-Christ paroîtra lui-même à ces malheureux; quand ils verront celui qu'ils auront percé, (a) comme dit le prophete; dont ils auront rouvert

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toutes les plaies, et qu'il leur dira d'une voix terrible: Pourquoi me déchirez-vous par vos blasphèmes, nation impie? me corifipitis, gens tota (i). Ou si vous ne le faisiez pas par vos paroles, pourquoi le faisîcz-vous par vos œuvres? ou pourquoi avez-vous marché dans mes voies d'un pas incertain? comme si mon autorité étoit douteuse! Race infidele, me connoissez-vous à cette fois? suis-je votre roi? suis-je votre juge? suis-je votre Dieu? apprenez-le par votre supplice. Là commencera ce pleur éternel; là ce grincement de dents, qui n'aura jamais de fin (a). Pendant que les orgueilleux seront confondus, vous, fideles, qui tremblez à sa parole (3), en quelque endroit que vous soyez de cet auditoire, peu connus des hommes, et co un us de Dieu, vous commencerez à lever la tête (4). Si, touchés des saints exemples que je vous propose, vous laissez attendrir vos cœurs, si Dieu a béni le travail par lequel je tâche de vous enfanter en Jésus-Christ, et que, trop indigne ministre de ses conseils, je n'y aie pas été moi-même un obstacle , vous bénirez la bonté divine qui vous aura conduits à la pompe funebre de cette pieuse princesse, où

(i) Malach. C. 3, v. 9.

(9.) Ibi erit fietus et stridor dentium. Matt. C. S, v. i9-.

(3) Ad quem autem respiciam, nisi ad pauperculum et contritum spiritu, et trementem sermones meos.... Audite verbum Domini, qui tremitis ad verbum ejus. Isa*, C.66, V. a, 5.

(4) Respicite et leTate capita vestra: quoniam appropinquat redemptio vestra. Lcc. c. ai, v. 1$.

vous aurez peut-être trouvé le commencement de la véritable vie. Et vous, prince, qui l'avez tant honorée pendant qu'elle étoit au monde; qui, favorable interprete de ses moindres desirs, continuez votre protection et vos soins à tout ce qui lui fut cher, et qui lui donnez les dernieres marques de pieté avec tant de magnificence et tant de zele: vous, princesse, qui gémissez en lui rendant ce triste devoir, et qui avez espéré de la voir revivre dans ce discours, que vous dirai-je pour vous consoler? Comment pourrai-je, madame, arrêter ce torrent de larmes que le temps n'a pas épuisé, que tant de justes sujets de joie n'ont pas tari? Recon- noissez ici le monde, reconnoissez ses maux toujours plus réels que ses biens, et ses douleurs par conséquent plus vives et plus pénétrantes que ses joies. 'Vous avez perdu ces heureux moments ou vous jouissiez des tendresses d'une mere qui n'eut jamais son égale; vous avez perdu cette source inépuisable de sages conseils; vons avez perdu ces consolations qui par un charme secret faisoient oublier les maux dont la vie humaine n'est jamais exempte: mais il vous reste ce qu'il y a de plus précieux; l'espérance de la rejoindre dans le jour de l'éternité, et en attendant sur la terre, le souvenir de ses instructions, l'image de ses vertus, et les exemples de sa vie.

ÏIH DE L'ORAISOIT FBNEBRE Diîfjît DE GOXZACH

ORAISON FUNEBRE

DE

MICHEL LE TELLIER,

CHANCELIER DE FRANCE,

Prononcée dans l'église paroissiale de S.-Gervais, où il est inhumé, le a5 janvier I686.

Posside sapientiam, acquire prudentiam; arripc illa m, et exaltabit te : glorificaberis ab eâ, cùm eam l'ueris amplexatus.

Possédez la sagesse, et acquerez la prndence: si Vous la cherchez avec ardeur, elle Vous élevera, et vous remplira de gloire quand vous l'aurez embrassée. Prov. c. 4, V. 7 et 8.

iVltSSEiGM.UIiS (i),

En louant l'homme incomparable dont cette illustre assemblée célebre les funérailles et honore les vertus, je louerai la sagesse même; et la sagesse que je dois louer dans ce discours n'est pas celle

(i) A messeigneurs les évêques qui étoient présents en habit.

qui éleve les hommes et qui agrandit les maisons, ni celle qui gouverne les empires, qui regle la paix et la guerre, et enfin qui dicte les lois et qui dispense les graces: car encore que ce grand ministre, choisi par la divine Providence pour présider aux conseils du plus sage de tous les rois, ait été le digne instrument des desseins les mieux concertés que l'Europe ait jamais vus, encore que la sagesse, après l'avoir gouverné dès son enfance, l'ait porté aux plus grands honneurs et au comble des félicités humaines, sa fin nous a fait paroître que ce n'étoit pas pour ces avantages qu'il en écoutoit les conseils. Ce que nous lui avons vu quitter sans peine n'étoit pas l'objet de son amour. Il a connu la sagesse que le monde ne connoit pas, cette sagesse « qui «vient d'eu-haut, qui descend du Pere des lumie« res » (i), et qui fait marcher les hommes dans les sentiers de la justice. C'est elle dont la prévoyance s'étend aux siecles futurs, et enferme dans ses desseins l'éternité tout entiere. Touché de ses immortels et invisibles attraits, il l'a recherchée avec ardeur, selon le précepte du sage. « La sagesse «vous élevera, dit Salomon, et vous donnera de la « gloire quand vous l'aurez embrassée » (a). Mais ce sera une gloire que le sens humain ne peut comprendre. Comme ce sage et puissant ministre aspiroit à cette gloire, il l'a préférée à celle dont il se

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