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dans sa famille; et la princesse Marie sa fille n'auroit eu à desirer sur la terre qu'une vie plus longue. Que s'il falloit, avec tant d'éclat, la tranquillité et la douceur, elle trouvoit dans un prince, aussi grand d'ailleurs que celui qui honore cette audience, avec les grandes qualités, celles qui pouvoient contenter sa délicatesse; et dans la duchesse sa chere fille, un naturel tel qu'il le falloit à un cœur comme le sien, un esprit qui se fait sentir sans vouloir briller, une vertu qui devoit bientôt forcer l'estime du monde, et, comme une vive lumiere, percer tout-à-coup avec grand éclat un beau, mais sombre nuage. Cette alliance fortunée lui dounoit une perpétuelle et étroite liaison avec le prince qui de tout temps avoit le plus ravi son estime, prince qu'on admire autant dans la paix que dans la guerre, en qui l'univers attentif ne voit plus rien à desirer,et s'étonne de trouver enfin toutes les vertus en un seul homme. Que falloit-il davantage? et que manquoit-il au bonheur de notre princesse ? Dieu qu'elle avoit connu, et tout avec lui. Une fois elle lui avoit rendu son cœur; les douceurs célestes qu'elle avoit goûtées sous les ailes de sainte Fare étoient revenues dans son esprit: retirée à la campagne , séquestrée du monde, elle s'occupa trois ans.cntiers a régler sa conscience et ses affaires. Un million qu'elle retira du duché de Béthelois servit à multiplier ses bonnes œuvres; et la premiere fut d'acquitter ce qu'elle devoit avec une scrupuleuse régularité , sans se permettre ces compositions si adroitement colorées, qui souvent ne sont qu'une injustice couverte d'un nom spécieux. Est-ce donc ici cet heureux retour que je vous promets depuis si long-temps? Non, messieurs; vous ne verrez encore à cette fois qu'un plus déplorable éloignement. Ni les conseils de la Providence, ni l'état de la princesse, ne permettoient qu'elle partageât tant soit peu son cœur; une ame comme la sienne ne souffre point de tels partages, et il falloit on tout-à-faiï rompre, ou se rengager tonr-à-fait avec le monde. Les affaires l'y rappelerent; sa piété s'y dissipa encore une fois: elle éprouva que Jésus-Christ n'a pas dit en vain, Fiunt novissima hominis iilius pej'ora p'ioribus, « L'état de l'homme qui retombe « devient pire que le premier». Tremblez, ames réconciliées, qui renoncez si souvent à la grace de la pénitence; tremblez, puisque chaque chûte creuse sous vos pas de nouveaux abymes; tremblez enfin au terrible exemple de la princesse palatine. A ce coup lcSaint-Esprit irrité se retire, les ténebres s'épaississent, la foi s'éteint. Un saint abbé (i) dont la doctrine et la vie sont un ornement de notre siecle, ravi d'une conversion aussi admirable et aussi parfaite que celle de notre princesse, lui ordonna de l'écrire pour l'édification de l'église. Elle commence ce récit en confessant son erreur. Vous, Seigneur, dont la bonté infinie n'a rien donné aux hommes de plus efficace pour effacer leurs'péchés que la grace de les reconpoître, recevez l'humble confession de votre servante; et en mémoire d'un tel sacrifice, s'il lui reste quelque chose à expier

(i) M. de Rancé, le célebre abbé de la Trappe.

après une si longue pénitence, faites-lui sentir aujourd'hui vos miséricordes. Elle confesse donc, chrétiens, qu'elle avoit tellement perdu les lumieres de la foi, que, lorsqu'on parloit sérieusement des mysteres de la religion, elle avoit peine à retenir ce ris dédaigneux qu'excitent les personnes simples lorsqu'on leur voit croire des choses impossibles: « Et, poursuit-elle, c'eût été pour moi le plus « grand de tous les miracles que de me faire croire s fermement le christianisme». Que n'eût-elle pas donné pour obtenir ce miracle! Mais l'heure marquée par la divine Providence n'étoit pas encore venue; c'étoit le temps où elle devoit être livrée à elle-même, pour mieux sentir dans la suite la merveilleuse victoire de la grace. Ainsi elle gémissoit dans son incrédulité qu'elle n'avoit pas la force de vaincre. Peu s'en faut qu'elle ne s'emporte jusqu'à la dérision, qui est le dernier excès et comme le triomphe de l'orgueil, et qu'elle ne se trouve parmi «ces moqueurs dont le jugement est si proche», selon la parole du sage, Parafa sunt derisoribus judicia (i). Déplorable aveuglement ! Dieu a fait un ouvrage au milieu de nous, qui, détaché de toute autre cause et ne tenant qu'à lui seul, remplit tous les temps et tous les lieux, et porte par toute la terre avec l'impression de sa main le caractere de son autorité: c'est Jésus-Christ et son église. Il a mis dans cette église une autorité seule capable d'abaisser l'orgueil et de relever la simplicité, et

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qui, également propre aux savants et aux ignorants, imprime aux uns et aux autres un même respect. C'est contre cette autorité que les libertins se révoltent avec un air de mépris : mais qu'ont-ils vu, ces rares génies, qu'ont-ils vu plus que les autres? Quelle ignorance est la leur! et qu'il seroit aisé de les confondre, si,foibles et présomptueux, ils ne craignoient d'être instruits! car pensent-ils avoir mieux vu les difficultés à cause qu'ils y succombent, et que les autres qui les ont vues les ont méprisées? Ils n'ont rien vu, ils n'entendent rien; ils n'ont pas même de quoi établir le néant auquel ils esperent après cette vie, et ce misérable partage ne leur est pas assuré. Ils ne savent s'ils trouveront un Dieu propice,ou un Dieu contraire. S'ils le font égal au vice et à la vertu, quelle idole! que s'il ne dédaigne pas de juger ce qu'il a créé, et encore ce qu'il a créé capable d'un bon et d'un mauvais choix, qui leur dira ou ce qui lui plaît, ou ce qui l'offense, ou ce qui l'appaise? Par où ont-ils deviné que tout ce qu'on pense de ce premier être soit indifférent, et que toutes les religions qu'on voit sur la terre lui soient également bonnes? Parcequ'il y en a de fausses, s'ensuit-il qu'il n'y en ait pas une véritable, ou qu'on ne puisse plus connoitre l'ami sincere parcequ'on est environné de trompeurs? Est-ce peut-être que tous ceux qui errent sont de bonne foi?L'homme ne peut-il pas,selon sa coutume,s'en imposer à lui-même? Mais quel supplice ne méritent pas les obstacles qu'iraura mis par ses préventions à des lumieres plus pures! Où a-t-on pris que la peine et la récompense ne soient que pour les jugements humains, et qu'il n'y ait pas en Dieu une justice-dont celle qui reluit en nous ne soit qu'une étincelle? Que s'il est une telle justice, souveraine, et par conséquent inévitable, divine, et par conséquent infinie, qui nous dira qu'elle n'agisse jamais selon sa nature, et qu'une justice infinie ne s'exerce pas à la fin par un supplice infini et éternel? Où en sont donc les impies? et quelle assurance ont-ils contre la vengeance éternelle dont on les menace? au défaut d'un meilleur refuge, iront-ils enfin se plonger dans l'abyme de l'athéisme? et mettront-ils leur repos dans une fureur qui ne trouve presque point de place dans les esprits? Qui leur résoudra ces doutes, puisqu'ils veulent les appeler de ce nom? Leur raison, qu'ils prennent pour guide, ne présente à leur esprit que des conjectures et des embarras; les absurdités où ils tombent en niant la religion deviennent plus insoutenables que les vérités dont la hauteur les étonne; et pour ne vouloir pas croire des mysteres incompréhensibles, ils suivent l'une après l'autre d'incompréhensibles erreurs. Qu'est-ce donc, après tout, messieurs, qu'est-ce que leur malheureuse incrédulité , sinon une erreur sans fin, une témérité qui hasarde tout, un étourdissement volontaire, et en un mot un orgueil qui ne peut souffrir son remede, c'est-à-dire qui ne peut souffrir une autorité légitime? Ne croyez pas que l'homme ne soit emporté que par l'intempérance des sens: l'intempérance de l'esprit n'est pas moins flatteuse; comme l'autre elle se fait des plaisirs cachés, et s'irrite par la défense. Ce superbe croit s'élever au-dessus ds

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